‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 74 sur 263 · A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE · texte numérisé non relu

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE

Fonteineblean, 9 novembre 1810.

Répondez à la lettre du 31 octobre de mon ministre à Cassel que les protestations du roi et des ministres se renouvellent toujours, et que toujours ils font ce qu'il veulent; que j'ai répété souvent au roi qu'il ne devait pas avoir de régiments de cuirassiers, parce que cette arme était trop dispendieuse et que les chevaux du pays n*y étaient pas propres ; que d'ailleurs il m'était plus convenable d'avoir des lanciers et de la cavalerie légère, dont le service me serait plus utile ; qu'en un mot il y avait à cela une économie immense ; que le

(1) AFiv 887. — L. Di BaoTONNE, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).

(2) AFvi 887.

roi de Westphalie n'a pas tenu compte de ces conseils ; qu'il joue au noilitaire, pour avoir des régiments de toutes les armes; que, quant au recrutement du corps qui est en Catalogne, je ne veux plus y envoyer de Westphaliens pour recruter les bandes ennemies ; que, de tontes les parties de l'Allemagne, ce sont les soldats sur lesquels on peut le moins compter; que ce sont ceux qui se sont battus contre nous avec le plus de plaisir, par l'eflet d'une ancienne haine, ces troupes ayant toujours servi avec les Anglais; que, si j'ai envoyé 18,000 hommes en Westphalie, mon but a été en partie de dispenser le roi d'avoir un trop grand nombre de troupes et des officiers qui tourneraient contre moi ; que la Bavière, la Saxe, la Hesse-Darmstadt, étant de vieux pays, sont sûres de la fidélité de leurs troupes, et qu'encore ces princes ne s'amusent point à créer de nouveaux corps, mais laissent tranquillement reposer leurs troupes; que je ne veux pas de cuirassiers ; que c'est un grand acte de folie d'augmenter des troupes qu'on ne peut pas nourrir et sur lesquelles on ne peut pas se fier; que, au reste, je ne prends aucun autre intérêt à cela, pourvu que l'on tienne les engagements pris avec moi et que la solde soit payée à mes troupes, tant le présent que l'arriéré.

Faites connaître par une note i M. de Wintzingerode que l'inspection de mes troupes n'appartient à qui que ce soit ; que les états de récapitulation des troupes doivent être suffisants, lorsqu'elles ne dépassent pas le nombre fixé par le traité; que la Westphalie ne fait que de mauvaises chicanes; que c'est ainsi qu'on gâte les affaires; qu'il n'est pas dit d'ailleurs dans le traité que les 18,000 hommes seraient payés, s'ils étaient présents; que j'aurais dû alors exiger qu'ils le fussent du jour où ils devaient entrer en Westphalie ; que personne n'a de commandement sur mes troupes dans l'armée westphalienne, et que j'ai blâmé les généraux qui ont laissé passer l'inspection de mes troupes sans mon ordre. Vous écrirez au prince d'Eckmùhl, pour lui faire connaître mes intentions.

Fontainebleau, 9 novembre ISIO.

Blâmez M. Caillard de ce qu'il a laissé lire votre dépêche à (1) AFiv 887.

M. de Goltz, et écrivez à tous mes ministres qu^ils ne doivent ni laisser lire vos dépêches ni les montrer. Je ne vois pas la nécessité qu'avait M. Gaillard de dire qu'il avait ordre de quitter Berlin, puisque la Prusse avait tout accordé. Il me semble que mes affaires sont en mauvaise main à Berlin. Si M. de Saint-Marsan ne doit pas y retourner, il faut y nommer quelqu'un. Faites mettre dans les journaux la dernière ordonnance du roi de Prusse.

Page 1