AU COMTE DEFERMOX
Parif. 31 janiier 1810.
Je vous ai nommé intendant général de mon domaine extraordinaire. Pour vous rendre plus facile la connaissance que vous allez prendre de votre nouveau travail, j'ai dicté les notes suivantes :
I. — Mon domaine extraordinaire se compose des caisses de la troisième, de la quatrième et de la cinquième coalition, et de la caisse d'Espagne : ce qui forme quatre titres de recette.
Mon intention est que le capital ne soit jamais confondu avec les intérêts, et que les intérêts forment toujours une recette à part; enfin, que toute dépense pour frais d'administration, d'escompte, de transport d'espèces, etc., soit toujours prise sur le revenu des intérêts et non sur le capital.
II. — Ces fonds sont grevés de plusieurs obligations, telles que le canal du Loing, le prêt à la ville de Paris, le prêt à la ville de Bordeaux, le prêt aux propriétaires de vignobles, etc. Cette année, par une disposition de finances, j'ai ordoiuié que 45 millions seraient donnés au Trésor, qui remettra en échange 15 millions de rcscriptions de décomptes d'acquéreurs de domaines nationaux, 750,000 francs de rentes sur le Monte-Napoleone, et 750,000 fr. en inscriptions sur le grand livre de France.
Ces fonds sont, en outre, grevés des frais de construction du Temple de la Gloire, qui ne sont pas évalués à moins de 10 millions. Il est donc convenable que les fonds nécessaires, tant pour
(1) AFïv 883.
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ces divers objets que pour le rachat des canaux du Centre et de Saint-Quentin, dont ces fonds sont également grevés, soient mis en réserve, de manière à pouvoir toujours satisfaire à ces dépenses.
m. Comptahilité. — Plusieurs sommes sont sorties ou doivent sortir avec des affectations spéciales. Il a été ainsi disposé d'une forte somme pour Tachèvement du Louvre, d'une forte somme pour Versailles, et probablement ces décrets pour des travaux particuliers se renouvelleront souvent.
Il est convenable que les trésoriers, chez lesquels vous verserez des fonds qui auront cette disposition, vous fassent repasser ensuite les pièces justificatives des travaux qui auront été faits sur ces fonds. Ainsi, par exemple, Tare de triomphe du Carrousel a été fait avec les fonds de la U'oisième coalition. Il faut que les pièces comptables de cette construction vous soient remises. Il en doit être de même des pièces relatives aux autres travaux, afin de pouvoir toujours justifier l'emploi des fonds.
IV. — J'ai affecté des fonds pour payer toutes les acquisitions de domaines que j'ai faites, telles que le château de Laeken près Bruxelles, le château de Marracq près Bayonne. Ces terres appartiennent, dès lors, au domaine extraordinaire, et toutes les pièces de l'acquisition doivent y être remises en règle, jusqu'à ce que je fasse passer ces biens au domaine de la couronne.
V. — Mon domaine extraordinaire d'Espagne se compose des biens de douze maisons d'Espagne qui ont été déclarées traîtres. Les biens que ces maisons possédaient en France, en Italie, à Naples, sont autant d'articles de recette. Mon domaine se compose, en outre, de 150 à 200 millions de biens-fonds en Espagne, appartenant également à ces douze familles.
VI. — En Allemagne, mon domaine extraordinaire se compose : 1* de tous les biens que j'ai donnés pour former des majorats et qui doivent se monter à plusieurs centaines de millions ; il est convenable que vous ayez un état exact de tout cela; 2'' des biens de la noblesse immédiate dont j'ai ordonné la confiscation et dont je me suis réservé la moitié; S"" des dettes de l'ancien électeur de Hesse-Cassel.
Beaucoup d'autres objets font encore partie du domaine extraordinaire. Ce ne sera qu'au fur et à mesure et lorsque vous m'aurez présenté un rapport général qui sera le résumé de vos renseignements sur tout cela, que je pourrai voir s'il y a quelque chose d'oublié.
VII. — Vos fonctions sont : P la surveillance de la caisse et des
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fonds ; 2* les sollicitudes et démarches qu*exîge le pouvoir que je vous donne de faire valoir mes droits et de poursuivre mes différentes prétentions ; 3° de tenir un état exact de tous les Gefs donnés avec clause de réversibilité, et de me remettre tous les mois Tétat des domaines ainsi rentrés, afin que j'en dispose.
VIII. — Il faut organiser vos bureaux et votre correspondance conformément à ces occupations.
Vous aurez souvent besoin du ministre des relations extérieures.
11 faut vous entendre avec lui et recueillir sur-le-champ tous les différents renseignements, faire toutes les démarches convenables, pour ne pas laisser s'éteindre et se perdre mes différents droits.
MINISTRK DR LA GUKRRR (1).
Parif. 10 février 1810.
Il est convenable que vous fassiez connaître au roi d'Espagne, en chiffres, et par quadruplicata, que je vois avec la plus grande peine qu'il ait perdu deux mois aussi importants que décembre et janvier, où les Anglais étaient dans l'impuissance de rien faire, et qu'il n'ait point profité de cette circonstance pour paciGcr la Navarre, la Biscaye et l'Aragon; qu'il demande sans cesse de l'argent ; que l'argent est là, et qu'il laisse sans raison dévaster ces belles provinces par Mina ; que je lui ai donné plusieurs fois l'ordre de se rendre à Valladolid ; mais que la nonchalance de la direction des affaires en Espagne est inconcevable.
Comment, en effet, n'a-t-il pas maintenu ses communications, et comment, après avoir eu connaissance du 29* bulletin, n'a-t-il pas senti la nécessité d'être promptement en communication avec la France? Il n'y a pas un moment à perdre. Que le roi se rende à Valladolid, en faisant occuper Madrid et Valence par son extrémité gauche. Ecrivez-lui que le temps perdu est irrémédiable; que les affaires tourneront mal, si, promptement, il ne met plus d'activité et de mouvement dans la direction des affaires; qu'il est nécessaire d'occuper Valladolid, Salamanque, et de menacer le Portugal; que les Anglais paraissent se renforcer en Portugal, et qu'ils semblent avoir le double projet, ou de pousser en Espagne, ou de partir du
(i) Baron Du Gassb. Supplément à la Correspondance.
port de Lisbonne pour faire une expédition de 25,000 hommes, partie Anglais, partie Espagnols, sur un point quelconque des côtes de France, pendant le temps que la lutte sera engagée dans le Nord ; que, pour empêcher l'exécution de ce projet, il est nécessaire que Tarmée d'Espagne soit toujours prête à prendre roflensivc et à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal, si les Anglais affaiblissaient leur armée en Espagne. II faut donc que le roi occupe Valladolid et Salamanque et qu'il remplisse le triple but de tenir en échec Tarmce anglaise, d'avoir ses communications aussi promptes que faciles avec la France, afin de savoir tout ce qui s'y passe, et qu'il emploie le temps où les Anglais ne feraient rien à pacifier la Biscaye et la Navarre ; que cette instruction doit être considérée comme instruction générale pour toute la campagne; qu'enfin, si la force des armées françaises restait oisive en Espagne et laissait les Anglais maîtres de faire des expéditions sur nos côtes, la tranquillité de la France serait compromise. Il faut, je le répète, que le roi ait ses communications très rapides et très sûres, et qu'il soit toujours en mesure de prendre l'offensive.