AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC
MINISTRE DE l'administration DE LA GUERRE (3).
Dresde, 9 juillet 1813.
Je reçois votre lettre du 5 juillet. Le roi d'Espagne a eu tort de prendre un arrêté ; il n'a le droit de prendre en France ni arrêté ni
(!) AFiv 901.
(2) Ibid, — Mémoires du prince Eugène, t. IX, p. 192.
(3) Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance.
LETTRES IXEDITES DE NAPOLEOX I". — 1813. 261
décret. Il pouvait, tout au plus, publier cela en forme d'ordre pour son armée, mais surtout il ne devait se mêler en rien de ce qui concerne la 11* division. Il n'a d'ordre à donner que pour ce qui regarde son armée. S'il avait donné ordre de distribuer les vivres de campagne à son armée, cela aurait été tout simple ; mais, encore une fois, il ne devait pas se mêler de la 11* division. Vous devez donc considérer cet arrêté du roi comme non avenu, et donner ordre que tout ce qui n'appartient pas à l'armée ne reçoive de vivres que comme a l'ordinaire. Qu'ont effectivement de commun avec l'armée du roi les troupes qui sont à Blaye ou à Bordeaux? J'approuve tous les principes qui sont contenus dans votre lettre. Vous ferez également connaître au duc de Dalmatie que, sur le territoire de l'Empire, aucun général ne peut prendre d'arrêté. Il ne doit faire que des ordres d'armée, qui, n'étant point insérés au Bulletin des loiSf n'obligent point les citoyens et ne regardent que les individus faisant partie de l'armée. Comme je n'ai pas le temps d'écrire là-dessus au ministre de la guerre, communiquez-lui cette lettre, afin que cette forme d'ordre d'armée soit aussi celle que le vice-roi adopte pour les dispositions à prendre pour l'armée d'Italie.
Dreide, 9 juillet 1813.
Qu'est-ce qu'un nommé La Feuillade, ci-devant marquis, qui tient des propos à tort et à travers chez une dame d'I^*^^^ qu'on dit sa maîtresse?
Dresde. 9 juillet 1813.
Une députation de Hambourg s'est présentée chez le comte Daru et chez le grand écuyer pour demander à m'étre présentée. J'ai
(1) AFivQOI.
(2) AFiv* 57.
«2 LCnHES LVKDITES DE XAFOL^X K. — 1S13.
refasé de la recevoir, josqa'à ce qoe la contrilMitioD de 48 millions fût eotièrement payée, et je loi ai fait donner ordre de quitter Dresde dans la joomée.
A cette occasion, je dois vous faire connaître mes intentions. Je veox les 48 millions en entier et sans qn*il en soit retnmché an sou. Dans le mémoire qu'apportaient ces messieurs, il parait qu'ils disent qu'ils n'ont pas 40 millions. Voici ma réponse : Tant que les 40 millions qui restent à payer ne seront pas payés, tons les magasins resteront sous le séquestre; car je suppose que vous avez mis et maintenu le séquestre sur les gros magasins et même sur les boutiques. H faudra même étendre cette mesure sur les gros magasins de la 32* division militaire, sur les bâtiments de commerce, et sur les maisons, qui seront louées pour mon compte. Les bâtiments et les maisons m'appartiendront ; les marchandises m'appartiendront de même; on les dirigera sur France ou sur d'autres points d'Allemagne pour être vendues. Or, sûrement, il y a bien pour plus de 48 millions de marchandises à Hambourg. Enfin, il y a le territoire, qui vaut bien plus de 100 millions, et que je ferais, s'il le fallait, adjuger au domaine.
J'ai ordonne au comte Dam de répondre dans ce sens, et c'est dans ce sens que vous-même vous devez parler.
Le crime de rcbellion et de félonie qu'ils ont commis les a dépouillés de toutes leurs propriétés et de tous leurs droits civils. La contribution de guerre en est le rachat. Ils ont payé 10 millions en argent, ils ont payé 10 millions en marchandises; faites-leur signer des bons encore pour 10 millions; il leur restera à payer 18 millions. Ils peuvent très bien faire un emprunt sur eux-mêmes, comme ils Font fait autrefois. Ils ont crédit dans toutes les places; ils peuvent très bien tirer pour 10 millions de lettres de change, lis compléteront ainsi leur payement. .Moyennant ce, je lèverai le séquestre , je leur rendrai leurs droits civils , et chacun rentrera dans sa propriété.
Quant (\ l'amnistie, vous savez bien que je vous ai donné carte blanche. Je ne fais aucune difficulté à cet égard; j'aime mieux les faire payer, c'est la meilleure manière de les punir. Il faut chercher à atteindre aussi la canaille, et faire peser sur elle une portion de la contribution de guerre, en doublant ou quadruplant la contribution personnelle, celle des portes et fenêtres, en ougmentant l'octroi, en augmentant les droits sur le débit au cabaret, etc. Cela ne produira que 2 ou 3 millions ; mais il est convenable de frapper aussi la canaille et de lui faire voir qu'on ne la craint pas. Il faudra l'at-
teindre aussi en en prenant le plus qu'on pourra pour envoyer en France dans les troupes , et en saisissant tous les boutefeux , qu'on enverra aux galères et dans les maisons de force en France.
ARCHICHANCBLIER DE l'eMPIRE (1).
U'itteoberg. 11 juillet 1813.
Je reçois votre lettre du 7 juillet. Le conseil d'Etat a très bien fait de faire vendre les biens dits de la Société économique de Genève. Non seulement c'est une bonne mesure financière, mais c'est aussi une bonne mesure politique. Cela effacera des traces d'indépendance et d'État à part qui existaient encore dans ce coin de la France.
ARCHICHANCELIER DE l'bMPIRE (2).
Wittenberg, 11 juillet 1813.
J'ai reçu votre lettre du 6 juin.
Je ne connais pas encore la situation, et n'ai aucun détail de mes armées d'Espagne. J'ai ordonné au ministre de la guerre de suspendre le maréchal Jourdan, de l'envoyer dans ses terres et de l'y retenir jusqu'à ce qu'il ait rendu compte de ce qui s'est passé. J'ai chargé le ministre de demander également des comptes à chaque commandant en chef d'armée, au commandant du génie, à celui de l'artillerie et à l'ordonnateur en chef.
J'ai blâmé le ministre de la guerre d'avoir mis des compliments dans sa lettre au roi d'Espagne. Je puis garder le ménagement de ne pas mettre le public dans la confidence de mon extrême mécontentement ; mais il est ridicule et déplacé que ce prince n'apprenne pas clairement que c'est à lui que j'attribue la faute de tout ce qui s'est passé depuis cinq ans en Espagne. Il n'a montré ni talents militaires ni soins administratifs. Je désire donc que vous fassiez
(1) AFiv 901.
(2) Ibid.
264 LETTRES INEDITES DE XAPOLEOX I*'. — 1813.
connaître au ministre qu*il faut que ce prince ne s'aveugle pas sur ma façon de penser à son égard ; il ne savait pas commander, et il a le grand tort à mes yeux de ne pas avoir laissé commander ceux qui le pouvaient.
Insistez auprès de mes ministres de la guerre et de Tadministration de la guerre pour qu*on reprenne un peu d'énergie. Il est bien insensé qu'on ait repassé la Bidassoa.
J'écris au ministre de la guerre, puisque la présence du roi d'Espagne peut avoir des inconvénients à Rayonne, que mon intention serait qu'il vint s'établir à Morfontaine incognito, où il serait censé être jusqu'à de nouveaux ordres de moi. Cela flnirait toutes diflicultés.
Witteaberg. 11 juillet 1813.
Je trouve ridicules les observations du ministre de France en Suisse sur les témoignages de satisfaction que la Confédération veut donner à ceux de ses soldats qui ont fait la campagne de Russie. Il ne devrait pas se mettre en avant sans connaître mes intentions. Qu'il laisse les Suisses faire ce qu'ils veulent. S'ils veulent donner des médailles ou élever un monument qui consacre le souvenir de DOS succès, je ne vois pas pourquoi il s'y opposerait. En général, ce ministre prend trop sur lui; il doit] rendre compte et attendre réponse. En Suisse, le principal, c'est d'accélérer le recrutement; car je n'ai presque plus de Suisses à mon service.
Wittenberg. 11 juillet 1813.
Je suis aussi surpris qu'indigné de n'avoir aucun renseignement sur la situation de mes armées d'Espagne. J'ignore encore pourquoi
(i) AFiv 901.
(2) AFiv* 57.
LETTRES IXEDITES DE XAPOLEON I". — 1813. 265
on ne s'est pas lié avec le général Clausel; j'ignore la perte qu'on a faite en hommes; je n'ai pas reçu le récit de la bataille. Témoignez mon mécontentement au maréchal Jourdan ; suspendez-le de ses fonctions, et donnez-lui ordre de se rendre dans ses terres, ou il restera suspendu et sans traitement jusqu'à ce qu'il m'ait rendu ses comptes de la campagne. Son premier devoir était de vous mettre au fait et de vous faire le récit de la bataille. Demandez aussi ce récit à chaque général en chef. EnGn témoignez au roi mon mécontentement de ce qu'il n'a pas envoyé ce récit, et de ce qu'il ne m'a pas fait part des raisons qui l'ont porté à abandonner le général Clausel.
Répondez au duc de Dalmatie qu'il n'y a pas de traitement attaché au grade de mon lieutenant général; qu'il jouira de son traitement de maréchal et des 10,000 francs par mois de frais de représentation qui ne sont accordés qu'à lui; que la situation actuelle de mes affaires impose la plus grande économie. Dites-lui qu'il est impossible que je prenne aucune mesure : je n'ai aucune idée; j'ignore les pertes faites; j'ignore les circonstances de la bataille. Encore une fois, ordonnez à chaque général en chef, sous les peines les plus sévères, d'envoyer son rapport. Je comprends que le duc de Dalmatie verrait avec peine le roi rester à Bayonne ; je suis d'avis que le meilleur parti est que ce prince se retire sans délai à Morfontaine, dans le plus grand incognito et sans que personne s'en aperçoive.
Je ne suis pas très content de la lettre que vous avez écrite au roi : j'y vois trop de compliments. Lorsqu'on m'a perdu une armée par ineptie, je puis avoir le ménagement de ne pas mettre le public dans ma confidence ; mais du moins ce n'est pas le cas de faire des compliments. Au contraire, la faute de tout ceci est au roi, qui ne sait pas commander, qui n'a rendu aueun compte, et qui n'adonné aucun moyen de s'occuper de l'armée. 11 est convenable que vous fassiez en sorte que cette manière dont j'envisage les choses soit connue du roi et de tous ceux qui l'entourent. La conduite de ce prince n'a cessé de faire le malheur de mon armée depuis cinq ans. Il est temps que cela flnisse.
Il parait qu'on a fait sauter le pont de la Bidassoa. Il y a bien de l'ineptie et de la lâcheté à tout cela. Témoignez mon mécontentement à Reillc; dites-lui que je ne le reconnais plus. En général, ils ne montrent tous que la timidité des femmes.
MIMSTRB DBS RELATIONS BXTÉRIBUBBS (1).
Ilagdebonrg. 12 juillet 1813.
Après avoir été inquiet sur le général Clausel, qui a été si ridiculement abandonné par les autres armées, nous avons appris qu*il 8*était dirigé sur Saragosse, où il était arrivé le 30, sans avoir été inquiété. Je vous écris cela pour votre gouverne.
Il est convenable d'écrire une circulaire à tous mes ministres pour leur faire la langue sur les aiTaires d'Espagne. Vous leur direz que, toutes nos armées d'Espagne s'étant concentrées aCn de devenir disponibles comme réserve, selon que les circonstances Texigeraicnt, Tarmée du Nord s'était portée de Pampelune sur r Aragon, et les autres armées sur les débouchés de la Biscaye et de la Navarre ; que les Anglais, s'étant aperçus de ces mouvements, en avaient proGté pour suivre vivement nos marches, et que, le 21, une afTaire assez chaude avait eu lieu devant Vitoria, dans laquelle il y avait eu une perte égale des deux côtés; que Tannée avait continué son mouvement et était arrivée au point Gxé pour sa réunion; que cependant Tennemi avait pris une centaine de pièces de canon ou voitures qui étaient dételées à Vitoria, reste de Timmense évacuation qui avait été faite de Madrid et de TEspagne ; que c'est la prise de ces bagages que les Anglais voudraient faire passer pour des pièces de canon attelées et enlevées du champ de bataille.
Dresde. 15 juillet 1813.
Je vois, dans un état des gardes d'honneur que m'envoie le ministre de la guerre, un nommé Damas. Je pense que cet individu est de la famille de Damas. Il ne faudrait pas l'y laisser. Faites-moi un rapport là-dessus.
(1) AFiv 901.
(2) Ibid.
LETTRES IXEDITES DE XAPOLEON I-. — 1813. 267
Dresde, lâjoillet 1818.
Je VOUS envoie pour votre gouverne une lettre interceptée. II serait convenable d*en toucher un mot au baron Reînhard; car ces indiscrétions peuvent avoir Tinconvénient de nous brouiller avec la nation suédoise et de faire croire au roi de Suède qu'on veut le détrôner : ce qui, malgré ses torts envers moi, est bien loin de ma pensée. On ferait bien mieux de ne pas se mêler de ma politique. Vous direz que nous savons cela par le bruit que cela fait partout ; que partout on suppose que ce sont des ouvertures que le roi de Westphalie est chargé de faire. Ajoutez que d'ailleurs cet accueil fait à Cassel à un ancien souverain a quelque chose de ridicule, quand les anciens souverains de Brunswick et de Hesse vivent toujours ; qu'il y a dans tout cela une inconséquence qui est vivement sentie par les étrangers.
1051.— AU PRINCE CAMBACÉRES,
ARCHICHANCELIER DE l' EMPIRE (2).
Dresde, 16 juillet 1813.
Cette lettre part le 16, elle vous arrivera le 20. Je désire que le 22, l'impératrice parte, de manière à être le 23 ou le2iàMayence. J'irai l'y trouver.
Elle mènera avec elle la duchesse (3), deux dames du palais, deux Femmes rouges, deux femmes noires, un préfet du palais, deux chambellans, deux écuyers, dont un partira 24 heures d'avance pour aller à Metz et se partager la route; quatre pages, qu'on distribuera sur la route pour ménager ces jeunes gens; son secrétaire des commandements, s'il se porte bien ; son médecin.
Elle mènera de plus avec elle un service de bouche, composé de sorte que sa table puisse être bien servie, vu que je n'amènerai rien avec moi et qu'il est possible que des rois et princes d'Allemagne
(1) AFiv 901.
(2) Ibid.
(3) La duchesse de Montebello, dame d'honneur.
viennent la voir. Il sera pourtant inutile d'apporter le service de vermeil.
Le comte Caffarelli accompagnera Timpératrice pour assurer les escortes.
L'impératrice couchera le premier jour chez le préfet à Chàlons, le second jour chez le préfet a Metz, et le troisième jour à Mayence. Son voyage sera annoncé dans ces trois villes, aGn qu'elle reçoive les honneurs qui lui sont dus.
Le premier service de son voyage se composera de 4 voitures, le second de 4 voitures, le troisième de 4 voitures, en tout 12 voitures.
Autant que cela sera possible, les commandants militaires fourniront les escortes. La gendarmerie de la route sera sous les armes en grande tenue. Tout le cérémonial sera observé conformément aux règlements. Le général commandant la division l'accompagnera sur le territoire de la division.
Le jour de son départ, vous ferez mettre l'article suivant dans le Monileur : a Sa Majesté l'impératrice-reine et régente s'est rendue à Mayence pour y passer huit jours, dans l'espérance d'y voir Sa Majesté l'Empereur. Sa Majesté couchera aujourd'hui 22 à Chàlons, demain 23 à Metz, et le 24 à Mayence. Sa Majesté sera de retour dans les premiers jours d'août. »
Vous me ferez écrire par le télégraphe le jour du départ de l'impératrice, et le jour et l'heure où elle arrivera à Mayence. Je réglerai en conséquence mon départ. Si des ministres avaient quelque chose de pressé à me dire qui leur fît désirer d'en conférer avec moi, ils pourraient proGter de mon séjour à Mayence, où je compte être du 23 au 1" août, pour venir m'y trouver.
Dresde. 16 juillet 1813.
Je VOUS ai autorisé par ma lettre d'aujourd'hui (2) à traiter de la contribution avec les négociants de Hambourg, de manière à avoir 10 millions argent comptant et 20 millions en traites payables
(1) AFiv 901.
(2) Nous Dc donnons pas cette lettre, que la présente reproduit avec plus de détails.
LETTRES IXEDITES DE XAPOLEOX I". — 1813. 26»
en 10 mois à dater d'octobre 1813 jusqu'au 1*' août 1814, chaque traite de 100,000 francs et pouvant être considérée comme assignée sur la Banque, si on veut; le jour du payement y sera indiqué. Ces 200 traites seraient versées au Trésor avant la fin d'août.
Parce moyen, 30 millions seraient payés. Les 18 autres millions seraient acquittés : 15 en marchandises nécessaires à Tarmée, et 3 millions en réquisitions dans la 32' division.
J'approuve que vous nommiez une commission pour revevoir les marchandises. J'approuve que la valeur des maisons soit comprise dans les 15 millions payables en marchandises. J'approuve qu'on ne prenne rien de confectionné; il faut, comme le remarque le comte Chaban, de l'argent pour confectionner, et la ville ne peut être tenue à donner que les marchandises brutes, telles qu'elles sont en magasin. Je crois avoir ainsi répondu à la note du comte Chaban. Faites donc les changements convenables aux réquisitions que j'ai ordonnées. Supprimez : V tout ce qui serait ouvrages confectionnés ; 2* tout ce que la ville ne posséderait pas. Envoyez-moi une nouvelle composition de la réquisition des 15 millions.
Après les blés, les vins, les riz, les eaux-de-vîe, le vinaigre, la viande salée, les bœufs, les vaches, les fromages, les poissons salés, tous objets nécessaires à la nourriture de l'armée et^à l'approvisionnement de siège, soit de la ville, soit de Magdcbourg, viennent les objets nécessaires pour l'habillement et équipement, les draps, les casimirs, les toiles; les cuirs pour bottes, souliers, selles, harnais; les feutres pour shakos ; viennent encore les chevaux de selle et de trait, les médicaments, les bois et fers pour l'artillerie et les équipages militaires; les toiles, les chanvres, les bois, les mdts, les mâtereaux pour la marine. Bien entendu que vous n'y comprendrez pas ce qui appartient aux Russes et aux Prussiens.
A tous ces articles d'une utilité immédiate pour l'armée, joignez la valeur des maisons à démolir, celle des maisons à acquérir pour la marine et la guerre. Il faudrait avoir soin toutefois d'en ôter les maisons des absents ou des hommes qui ne sont pas dans le pays, et vous rappeler la loi que ces maisons ne dépassent pas une somme de 3 ou -4 millions. Vous pourrez ainsi, par un traité avec le comte Chaban et les négociants, terminer cette affaire des contributions.
Quant au projet de décret pour l'amnistie, je vous ai autorisé à l'accorder; faites-la publier.
Je ne trouve pas Convenable que vous soyez de la commission
270 LETTRES IXEDITES DE XAPOLEOX f. — 1813.
a^ec vos subordonnés; mais ordonnez-en la formation telle qae Tarticle 2 Tindique. Cette commission vous soumettra ses décisions, et vous prononcerez. Tous les autres articles sont bien; vous êtes autorisé à les arrêter. Finissez cette affaire. Le principal est de prendre promptement un parti.
Dresde. 17 juillet 1813.
Écrivez à M. le comte de Mercy qu'il serait convenable que le roi de Bavière envoyât deux ofGciers blessés intelligents aux eaux de Carlsbad et de Tôplitz, sous prétexte de se guérir, mais en effet pour y observer tout ce qui se fait. •
Dresde. 19 jnillet 1813.
Je vous prie de désigner quatre offlciers blessés très intelligents et parlant allemand. On en enverrait deux aux eaux de Tôplitz, et deux à celles de Carlsbad. Ils auraient un traitement extraordinaire ; ils resteraient là pour espionner et faire le rapport de tout ce qui se passe. Ils seraient censés prendre les eaux pour leur plaisir.
ARCIIICIIANCELIER DE l'emPIRE (3).
Dresde. 20 juillet 1813.
Je reçois votre lettre. Je vous ai fait connaître, de Wittenberg, que mon intention était que le roi se rendit à Morfontaine et qu'il y gardât le plus grand incognito. Mon intention est que vous
(2) Ibid.
(3) AFiv* 57.
ne le voyiez pas. S'il demandait à vous voir, vous répondriez quMl y a défense de ma part. Mon intention est qu'il ne voie aucun de mes ministres; s'il demandait à les voir, on lui ferait la même réponse. Le président du Sénat, les ministres d'Etat, les présidents de section ne le verront pas. Vous ferez connaître de la manière la plus positive au roi que, jusqu'à mon retour, mon intention est qu'il ne voie personne.
Il vient de m'écrire une lettre où il accuse le ministre de la guerre et tout le monde. La faute de tout est à lui. La relation des Anglais montre assez avec quelle ineptie cette armée a été conduite ; il n'y en a pas d'exemple dans le monde. Sans doute le roi n'est pas militaire; mais il est responsable de son immoralité, et la plus grande immoralité, c'est de faire un métier qu'on ne sait pas. S'il manquait à l'armée un homme, c'était un général, et s'il y avait un homme de trop, c'était le roi. Je n'entends donc pas de raillerie làdessus. Si vous mettiez ici de la faiblesse et ne fassiez pas connaître clairement mes intentions, le roi recevrait du monde, deviendrait un centre d'intrigues, et cela me mettrait dans la nécessité de le faire arrêter; car ma patience est à bout. J'ai blâmé la lettre que lui a écrite le ministre de la guerre, parce que le roi aura pris facilement le change. Il faut qu'il connaisse mes vrais sentiments, et qu'il sache que, s'il ne s'y conforme pas, le ministre de la police a ordre de l'arrêter. Il n'y a absolument que cela qui puisse le contraindre.
Je suis surpris, après ce que je vous ai écrit, que vous ayez eu encore quelque doute sur la conduite à tenir envers le roi. Tout ceci ne doit être que provisoire; il est donc tout simple qu'il reste à se reposer à la campagne en attendant que je puisse lui demander compte de sa mauvaise conduite. Je ne sais ce que vous avez chargé Rœderer de lui dire; mais, si vous ne lui avez pas parlé clair et fait voir mes lettres, vous aurez manqué votre but. 11 paraît que Rœderer va venir auprès de moi ; j'en suis bien aise ; je pourrai lui dire toute ma façon de penser, et que je ne veux plus exposer mes affaires par ménagement pour des imbéciles qui ne sont ni militaires, ni politiques, ni administrateurs.
tît LETTRfô IXKDITES DE XAPOLEOX I«. — 1813.
Dresde. 20 joillet 1813.
Je crois vous avoir fait connaître que mon intention positive est que le roi d'Espagne ne vienne pas à Paris et ne s'en approche même pas. II doit rester à Morfontaine. S'il venait à Paris ou à Saint-CIoud, vous feriez en sorte de le faire arrêter, et il faut qu'il ne l'ignore pas. Mon intention est qu'aucune personne de ma maison, aucun grand dignitaire, aucun de mes ministres, aucun président des sections du conseil d'État ou du Sénat ne le voie; qu^enBn il garde le plus parfait incognito jusqu'à mon arrivée. Seulement il pourra recevoir sa femme. Madame, sa famille, quelques Espagnols de son intimité, Rœderer, sans que cela puisse être remarqué. Les malheurs d'Espagne, comme vous l'aurez vu par les journaux anglais, sont d'autant plus grands qu'ils sont ridicules; c'est ainsi que les Anglais en pensent eux-mêmes. Mais cela ne déshonore pas l'armée. Il manquait à l'armée d'Espagne un général, et il y avait de trop le roi. En dernière analyse, je ne me dissimule pas que c'est ma faute. Si, comme j'en ai eu l'idée au moment de mon départ de Paris, j'avais renvoyé le duc de Dalmatie à ValladoHd pour y prendre le commandement, cela ne serait pas arrivé. Sans doute qu'il ne faut pas permettre qu'on imprime rien sur ce prince ; mais cependant il est nécessaire qu'il sache que c'est mon opinion, et qu'il ne puisse pas prendre le change là-dessus.