‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 207 sur 280 · AU DUC CHARLES DE PLAISAXCE · texte numérisé non relu

AU DUC CHARLES DE PLAISAXCE

GOUVERNEUR d'aNVERS (2).

Paris, 16 décembre 1813.

J'ai fait rappeler le général Decaen; il parait qu'il a tout à fait perdu la tête. Son évacuation de Willemstadt est une chose inouïe. La seule garnison de la flottille était suffisante pour garder cette place, qui est défendue parles inondations. Il parait que ce général n'a aucune connaissance des localités, et qu*il donne ses ordres sans consulter les officiers du génie. Vous le remplacerez. J'ai donné ordre qu'il fût traduit à un conseil d'enquête pour avoir évacué sans ordres une place forte, armée et bien approvisionnée. Je regarde l'évacuation de cette place comme le plus grand malheur qui nous soit arrivé. Aussitôt que le général Roguet sera en mesure, il faut tâcher de reprendre Breda et de rétablir les communications avec Gorcum. Breda n'était ni armé, ni considéré comme une place de guerre ; je n'attache pas la même culpabilité à l'avoir évacué ; mais il n'en est pas moins honteux de l'avoir fait. On y a laissé

(1) AFiv 905.

(2) Ibid.

30* LETTRES IXEDITES DE XAPOLEOX l''. — 1813.

400 fusils et 700 malades ; il faut, en vérité, qu'on ait perdu la tétc. Le général Molitorest près de Bois-le-Duc, et ie duc deTarente est en communication. Je n'espère plus que nous puissions reprendre Willemstadt, qui est une place presque imprenable en coupant les inondations. Cette place servira de point d'appui à l'ennemi pour toutes ses opérations. Songez actuellement très sérieusement à Berg-op-Zoom ; faites-y entrer des vivres de toutes les manières et formez-en la garnison ; des troupes doivent vous arriver à chaque instant. On dit que le général qui s'y trouve est un homme de quelque mérite; ordonnez-lui de défendre sa place jusqu'à l'extrémité. Il parait que les gardes nationales du Pas-de-Calais se rendent à Flessingue, et que déjà plus des trois quarts sont arrivés. Donnez ordre au général Gilly de les armer et de les habiller. Il peut faire ce qu'il veut; qu'il prenne, en donnant des bons, tout ce qui lui sera nécessaire ; qu'il fasse entrer à Flessingue des approvisionnements pour un an, en prenant ce qui est dans l'ile. Pressez les approvisionnements d'Anvers; mais ne perdez pas la tète comme le général Decaen. Anvers est imprenable; et, avant le 15 janvier, plus de 100,000 hommes seront sur cette partie de notre frontière. Faites armer et approvisionner Bois-le-Duc. Si vous pouvez rentrer à Breda, faites armer cette place en prenant des canons à Anvers. Puisque nous avons perdu Willemstadt, il nous importe d'avoir Breda. Faites brûler le premier village à votre portée qui prendra la cocarde orange, et, par un ordre du jour, annoncez que le premier individu qu'on trouvera avec cette cocarde sera fusillé.

1119. — AU COMTE DErERMOX,

Paris. 17 décembre 1813.

Vous recevrez deux copies de décrets que vous remettra le grand maréchal, relatifs à la succession du duc d'Istrie. Vous y verrez que le château de Grignon est évalué à un million. 600,000 francs ont déjà été avancés par le domaine extraordinaire ; il ne reste donc plus que 400,000 francs, que vous solderez en bons de la caisse d*amortissement. Vous autoriserez ce qui est nécessaire pour la parfaite liquidation dudit bien.

(1) AFiv 905.

LETTRES INEDITES DE XAPOLEOX I*. — 1813. 305

Parif. 20 décembre 1813.

II est bien nécessaire de parler le moins possible du prince de Suède dans les journaux. 11 est ridicule qu'on parle d'une terre qu'on lui a prise en Westphalie. En général, les journaux sont rédigés avec bien peu d'esprit. En annonçant que tant de troupes marchent en Italie, ce qui n'est pas vrai, on met l'alarme dans notre armée d'Italie.

Paris, 26 décembre 1813.

Le rapport que vous m'avez apporté d'un voyageur venant d'Héricourt n'a pas de sens. L'ennemi n'a pu être le 22 à Montbéliard. Ayant des nouvelles de Belfort du 24, il ne pouvait pas non plus y être à cette époque. Par la même raison, il n'a pu en partir le jour indiqué. De pareils rapports sont plus nuisibles qu'utiles. Faites venir l'individu qui vous a fait ce rapport, et interrogez-le d'après le mode ci-après :

Comment vous appelez-vous?

De quel pays êtes-vous?

Que faites-vous, et quelle est votre profession?

D'où venez-vous ?

Quel jour et à quelle heure êtes-vous parti ?

Vous venez d'Héricourt; quel jour et à quelle heure êtes-vous parti d'Héricourt?

Comment avez-vous voyagé?

Qui était avec vous?

A quelle heure êtes-vous passé à Belfort?

Qu'avez-vous vu de vos yeux à votre passage à Belfort?

Qu'avez-vous entendu dire à Belfort et en route?

(i) AFiv 905.

(2) Ibid.

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