‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 208 sur 280 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

306 LETTRES LXEDITES DE XAPOLEO.V 1". — 181V.

Renvoyez-moi sur-le-champ cet interrogatoire fait ainsi, et consenez-en le modèle, afin que cela soit toujours fait de même.

Envoyez sur les routes des agents qui fassent des interrogatoires dans le mode que je viens de vous indiquer, .^yez-en aussi aux barrières de Paris et à la poste.

1122. —AL ROI LOIIS (1).

Paris. 4 ou 3 janvier 1814.

J'ai reçu vos deux lettres, et j'ai appris avec peine que vous soyez arrive à Paris sans ma permission. Vous n'êtes plus roi de Hollande, depuis que vous avez renoncé et que j'ai réuni ce pays à la France. Le territoire de l'Empire est envahi, et j'ai toute l'Europe armée contre moi. Voulez-vous venir comme prince français, comme connétable de l'Empire, vous ranger auprès du trône? Je vous recevrai, vous serez mon sujet; en cette qualité, vous y jouirez de mon amitié et ferez ce que vous pourrez pour le bien des affaires . Il faut alors que vous ayez pour moi, pour l'impératrice, pour le roi de Rome, ce que vous devez avoir.

Si, au contraire, vous persistez dans vos idées de roi et de Hollandais, éloignez-vous de 40 lieues de Paris. Je ne veux pas de position mixte, de rôle tiers. Si vous acceptez, écrivez-moi une lettre que je puisse faire imprimer.

Paris, 7 janvier 1814.

J'ai reçu votre lettre (3). Il y a trop d'esprit pour la position où je me trouve. Voici en deux mots la question. La France est envahie, l'Europe tout en armes contre la France, mais surtout contre moi. Vous n'êtes plus roi d'Espagne; je n'ai pas besoin de votre renonciation, parce que je ne veux pas de l'Espagne pour moi, ni je n'en veux pas disposer; mais je ne veux pas non plus

(1) Baron Du Cassb, Supplément à la Correspondance. (î) Ibid,

(3) Joseph, voyant la France près d'être envahie, avait écrit à FËmpereur pour se mettre à sa disposition.

me mêler des affaires de ce pays que pour y vivre en paix et rendre mon armée disponible.

Que voulez-vous faire? Voulez-vous, comme prince français, venir vous ranger auprès du trône? Vous avez mon amitié, votre apanage, et serez mon sujet, en votre qualité de prince du sang. Il faut alors faire comme moi, avouer votre rôle, m'écrire une lettre simple, que je puisse imprimer, recevoir toutes les autorités et vous montrer zélé pour moi et pour le roi de Rome, ami de la régence de Timpératrice.

Cela ne vous est-il pas possible? X*avez-vous pas assez de bon jugement pour cela? Il faut vous retirer à 40 lieues de Paris, dans un château de province, obscurément. Vous y vivrez tranquille, si je vis. Vous y serez tué ou arrêté, si je meurs. Vous serez inutile à moi, à la famille, à vos Olles, à la France; mais vous ne me serez pas nuisible et ne me gênerez pas. Choisissez promptement et prenez votre parti. Tout sentiment de cœur et hostile est inutile et hors de saison (I).

Parif , 13 janvier 1814.

Vous ferez appeler ce matin de bonne heure Tarchitecte qui travaille à Stains. Vous lui demanderez des renseignements sur toutes les espèces de travaux qu'on y fait, et vous lui donnerez Tordre de congédier tous les ouvriers et qu'on n'y fasse plus aucun travail.

Vous enverrez chercher l'homme d'affaires du roi de Westphalie qui est chargé de Stains. Vous lui direz que j'ai ordonné qu'on ftt cesser tous les travaux, qu'on n'y reçût personne, et que la maison fût fermée ; qu'à la moindre contravention le séquestre sera mis sur la terre, aucun prince et roi étranger ne pouvant acquérir en France sans ma permission.

Vous ferez connaître, en outre, à l'homme d'affaires du roi (mais il faudrait que ce fût un Français et non un étranger), qu'il est nécessaire qu'il reste tranquille à Compiègne et ne s'en éloigne

(1) Comme commentaire et ezplicatioD de cette lettre, M. le baron Du Gassi a publié trois lettres du roi Joseph à Napoléon et au roi Louis, qui font coo* naître les circonstances dans lesquelles elle fut écrite.

(2) AFiv 906.

308 LETTRES LXEDITES DE XAPOLEOX l«. — 181*.

pas à â lieues; qu*ii est scandaleux que, dans la situation des aiïaires, on ne voie que ses cuisiniers et sa livrée aller dans tous les sens.

Vous lui ferez dire cela par un Français qui aura sa confiance, et vous chargerez ce Français de lui faire bien comprendre qu*on ne transgresserait pas mon ordre impunément.

1125. — Al COMTE DARl,

MIMSTRK DE i/aD\IIXISTRATIOX DE LA GlERRK (1).

Paris. 18 janf ier 1814.

Vous perdez votre temps en discussions pour les marchés, et cela sans rien conclure, de sorte que mes hommes de cavalerie sont à pied. II est évident que ces fournisseurs veulent de l'argent sans rien fournir, afin de se trouver ainsi payes de l'arriéré; et c'est tous les jours de nouvelles prétentions.

Formez un conseil d'administration au dépôt de Versailles, et mettez des fonds à la disposition de ce conseil, qui enverra des officiers en remonte dans toutes les directions pour acheter des chevaux, en y mettant la limite. Ces chevaux seront reçus ensuite par le général commandant du dépôt. C'est le moyen le plus simple, puisqu'on ne peut rien tirer des fournisseurs.

1I2G. — Al GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GlERRE (â).

Paris. 18 janvier 1814.

Je vois dans votre correspondance une lettre du général Maison du 15. Il est fâcheux que, après une victoire et après avoir fait échouer l'ennemi dans ses dispositions, ce général s'obstine encore à reculer et suppose à l'ennemi des projets contraires à tous les principes et â toutes les idées. Réitérez-lui l'ordre d'appuyer sur Anvers en tenant des troupes sur sa droite. Si Bulow se jetait dans la Campine, le général Maison marcherait à lui. Mais le grand but des alliés est

(1) AFiv 906.

(î) Ibid» — Mauduit, Derniers jours delà Grande Armée, t. I, p. 56.

LETTRES IXEDITES DE XAPOLEOX I". — 1814. 309

de couvrir la Hollande et le siège de Gorcum. N'ayant en Hollande que 25,000 hommes et en ayant tout au plus 12,000 du côté d'Anvers, ils ne peuvent rien. Si le général Maison avait réuni toutes ses forces et marché droit à lui, il l'aurait repoussé et aurait délivré Gorcum. Ce général n'a pas encore l'habitude du commandement.

1127. —A M. DE CAULAIXCOURT, DUC DE VICEXCE,

Paris, 19 janvier 1814.

M. La Besnardière a dû vous faire connaître mes intentions relativement à un armistice.

Je reçois votre lettre du 17. Quelle que soit l'importance des circonstances qui me retiendraient à Paris, je vais partir pour me rendre à Chàlons. Je pense que si, le 20, vous n'aviez pas encore reçu la lettre de M. de Metternich, c'est-à-dire douze jours après l'arrivée de sa réponse, et probablement huit jours après l'arrivée de lord Castlereagh, il y a bien peu de choses à espérer; vous serez alors le maître de venir me rejoindre.

La conduite du duc de Bellune est affreuse. J'y envoie le prince de Xeuchàtel. Le duc de Bellune pouvait, sans aucune difficulté, tenir sur la Meurthe.

Il parait que le roi de Xaples a à peu près conclu son traité. C'est le général autrichien Xeipperg qui en a été le négociateur, ainsi qu'un colonel anglais avec qui le roi a traité sans qu'il eût de pouvoir et même sans qu'il l'eût reconnu comme roi. Ces messieurs, comme il arrive en pareilles circonstances, voyant l'élan de joie et l'influence que leur présence occasionnait dans l'opinion de Xaples, feraient au roi des conditions très hautes, contre lesquelles il paraissait encore se débattre.

Je crois que la clause qui pourrait intéresser l'Autriche pour les conditions de l'armistice, serait la cession de Palmanova et de Venise, puisqu'il parait que son projet est de garder l'.^dige.

(1) AFiv 906.

310 LETTRES INEDITES DE XAPOLEO.V I-'. — 181^.

MIX'ISTBB DB LA POUCE GBXÉBALB (I).

Pans. 21 jaatier 18U.

Faites partir cette nuit (du 21 au 22), et avant cinq heures do matin, le Pape, pour se rendre à Savone. Il aura dans sa voiture révéque d^Édesse. L*adjudant du palais le mènera à Savone. Une autre voiture transportera les domestiques, en ayant soin de la tenir à une distance suffisante pour que le voyage soit déguisé. Les voitures passeront le Rhône au Pont-Saint-Ksprit et se dirigeront sur Savone par Xice, sous prétexte d'éviter les montagnes. L'adjudant du palais dira qu'il le mène à Rome, où il a ordre de le faire arriver comme une bombe. Arrivé à Savone, le Pape y sera traité comme précédemment.

Concertez-vous avec le ministre des cultes aujourd'hui, pour me faire connaître l'état des cardinaux et où il est nécessaire de placer chacun d'eux. Je suppose qu'ils pourraient être envoyés dans la Provence, dans la rivière de Gènes et du côté de Montpellier et de Nîmes. Aussitôt que j'aurai arrêté la liste, vous prendrez des mesures pour qu'ils partent dans la nuit du 22 au 23, tous accompagnes d'officiers de gendarmerie, de manière que Fontainebleau et les environs de Paris soient libres de tous ces ecclésiastiques. Il sera bon que l'un ne sache pas où se rend l'autre, et que vous les fassiez passer par des routes différentes.

1129. —AU BAROxV DE LA BOUILLERÏE,

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