‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 209 sur 280 · TRÉSORIER GÉNÉRAL DE \A COURONNE · texte numérisé non relu

TRÉSORIER GÉNÉRAL DE \A COURONNE

Paris, 24 janvier 1814.

A compter du 1" janvier, vous ferez payer à l'impératrice la cassette de 10,000 francs par mois qu'il est d'usage de lui payer pendant que je suis absent.

(1) AFiv 906.

LETTRES INEDITES DE XAPOLEOM I". — 1814. 311

[Brienne, 31 janvier 1814.

Le sénateur Pontécoulant rêve des chimères. Aux maux réels se mêlent toujours des maux imaginaires, et c'est un grand malheur que la manie de se mêler des affaires militaires quand on n'y entend rien. Blûcher, au lieu de s'amuser sur la Meuse, est ici, comme vous l'avez vu par ma relation.

Brienne, 1*^ février 1814.

Je ne sais pas comment les princes d'Kspagne ont quitté leur position sans un passeport signé de moi. Donnez-moi une explication là-dessus. Est-ce qu'il y a eu un passeport autorisé par la régente?

Troyes, 3 fërrier 1814.

11 est impossible de rédiger les journaux avec plus de maladresse qu'on ne fait. Si c'est pour rendre la France ridicule, on y réussit parfaitement. Après des phrases pompeuses, on dit qu'on est armé de fusils de chasse, on dit qu'on a de bons fusils, qu'on vient d'avoir 100 hommes, etc. Tout cela est pitoyable et fait un mal affreux. Lorsqu'on n'a à nombrer que 100 hommes, pourquoi s'aviser de nombrer? Pourquoi dire qu'on a des fusils, quand personne n'en doute? Qu'on a des fusils de chasse, quand il n'en est pas question ? Pourquoi apprendre qu'on attache de l'importance à

(1) .^Fiv 906.

(2) Ibid

(3) Ibid.

ces fusils? Il faut vous occuper un peu de cette partie si importante de votre ministère. L*extrait de la correspondance ou bulletin ne peut pas être imprime. Il faudrait avoir quelqu'un qui comprit bien l'importance de ce qu'il faut dire ou ne pas dire.

ARCHICIIANCELIER DE l'eMPIRE (1).

Troyes. 6 février 181 4.

J'ai reçu votre lettre du i. Monge a perdu la tète depuis le commencement jusques à la fin de sa mission. C'est un homme qui a la tête trop chaude pour être chargé de quelques affaires.

113i. —AU ROI JOSEPH,

LIELTEXAXT GÉNÉRAL DE l'eMPëREL'R A PARIS (2).

Xogent-sur-Seine. 7 février 1814.

Je ne vous donne pas d'ordre pour La Bouillerie ; je ne crois pas que cela soit nécessaire. Toutefois, il faut, en six heures de temps, charger tout ce qu'il y a sur quinze voitures et avec des chevaux que fourniront mes écuries, pour le transporter d'abord à Rambouillet. Mais je ne pense pas que les choses en soient encore là. Je ne crains point l'ennemi ; je suis plein d'espérance dans l'événement. Tenez ferme aux barrières de Paris; faites placer deux pièces de canon aux diflcrentes barrières ; que la garde nationale, qui a des fusils de chasse, y ait des postes ; surtout faites en sorte que le ministre de la guerre envoie des fusils a Montereau et a Meaux.

Il doit y avoir à chaque barrière 50 hommes armés de fusils d'ordonnance, 100 armés de fusils de chasse et 100 armés de piques : ce qui fait 250 hommes à chaque barrière. Vous devez former tous les jours une réserve de 4 à 500 hommes armés de fusils d'ordonnance, du double de fusils de chasse et d'un tiers de piques : ce qui fera une réserve de 2,000 hommes, pour se porter partout où il serait nécessaire, avec des batteries attelées de la garde ou de l'École polytechnique.

(1) AFiv 906.

(2) Baron Du Gassb, Supplément à la Correspondance,

LETTRES INEDITES DE XAPOLÉON I*'. — 1814. 313

LIEUTENANT CÉXÉRAL DE l'eMPERBUR A PARIS (1).

Nogent-sur-Seine, 1 fërrier 1814, à cinq heures dn soir.

Faites mettre dans le Moniteur de demain que, le 5, le duc de Vicence a donné à dîner au lord Castlereagh, ministre des affaires étrangères d'Angleterre, au lord Cathcart, au lord Aberdeen, pléni^ potentiaires au congrès pour l'Angleterre, au comte de Stadion, plénipotentiaire pour T Autriche, au comte Rasumovsky, plénipotentiaire pour la Russie, et au baron de Humboldt, plénipotentiaire pour la Prusse, et que les négociations paraissent marcher avec activité. Cet article ne sera pas mis au Moniteur pour Tarticle de Paris, mais sous la rubrique de Cbâtillon-sur-Seine.

lieltenant général de l'empereur a paris (2).

\ogent-sur-Seine, 8 fërrier 1814, i trois heures après midi.

J'ai envoyé à Timpératrice une notice pour le Moniteur. Si vous recevez cette lettre avant cinq heures du matin et que Tinsertion de cet article puisse être retardée, je désirerais qu'elle le fût de quarante-huit heures, parce queTennemi apprendrait trop tôt, par cette notice, ma position et mes projets, ce qui est toujours un inconvénient.

lieutenant général de l'empereur a paris (3).

Guines, 17 février 18 14. i quatre heures du matin.

Je VOUS envoie un rapport du ministre de la guerre adressé à La Bouillerie; vous y verrez que je mets 2 millions à la disposition

(i) Mémoires du roi Joseph, t. X, p. 56. — Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance,

(2) AFiv 906. — Baron Du Gassi, Supplément à la Correspondance.

(3) Ibid. — Baron Du Gassi, Supplément à la Correspondance.

314 LETTRES IXEDITF:S DE XAPOLEOX I '. — 1814.

du ministre de Tadministration de la guerre pour les remontes de Versailles, et que, sur ces 2 millions, 500,000 francs ont été payés avant mon départ. Cependant, on se plaint de manquer de fonds. Il parait que le dépôt des remontes ne va pas. Faites-vous rendre compte des achats de chevaux qui ont été faits, tant par les marchés qu'autrement. .Mon intention est d'employer ces 2 millions en remontes, mais c'est de la cavalerie que je veux avoir promptement. Il parait qu'on a acheté, jusqu'à présent, bien peu de chevaux.

LIRLTEX.^NT GENERAL DE l' EMPEREUR A PARIS (1).

No<{eiil-sur-Seine, 21 février 1814.

Voici mes intentions sur le roi de Westphalie. Je l'autorise à prendre l'hahit de «grenadier de ma garde, autorisation que je donne à tous les princes français. (Vous le ferez connaître au roi Louis ; il est ridicule qu'il porte encore un uniforme hollandais.) Le roi donnera des congés à toute sa maison westphalienne ; ils seront libres de retourner chez eux ou de rester en France. Le roi présentera sur-le-champ à ma nomination trois ou quatre aides de camp, un ou deux écuyers et un ou deux chambellans, tous Français, et pour la reine deux ou trois dames françaises pour l'accompagner. Elle se réservera de nommer dans d'autres temps sa dame d'honneur. Tous les pages de Westphalie seront mis dans les lycées et porteront l'uniforme des lycées. Ils y seront à mes frais. Un tiers sera mis au lycée de Versailles , un tiers au lycée de Rouen , et l'autre tiers au lycée de Paris.

Immédiatement après, le roi et la reine seront présentés à l'impératrice, et j'autoriserai le roi à habiter la maison du cardinal Fesch, puisqu'il paraît qu'elle lui appartient, et à y établir sa maison. Le roi et la reine continueront à porter le titre de roi et de reine de Westphalie ; mais ils n'auront aucun Westphalien à leur suite.

Et cela fait, le roi se rendra à mon quartier général, d'où mon intention est de l'envoyer à Lyon prendre le commandement de la

(1) Mémoires du roi Joseph, t. X, p. 150. — Baron Du Gassb, Supplément à la Correspondance.

ville, du département et de T armée, si toutefois il veut me promettre d'être toujours aux avant-postes, de n'avoir aucun train royal, de n*avoîr aucun luxe, pas plus de quinze chevaux, de bivouaquer avec sa troupe, et qu'on ne tire pas un coup de fusil qu'il n'y soit le premier exposé.

J'écris au ministre de la guerre, et je lui ferai donner des ordres. Il pourrait, pour ne pas perdre de temps, faire partir pour Lyon sa maison, c'est-à-dire, une légère voiture pour lui, une voiture de cuisine, quatre mulets de cantine et deux brigades de six chevaux de selle ; un seul cuisinier, un seul valet de chambre, avec deux ou trois domestiques, et tout cela composé uniquement de Français. Il faut qu'il fasse de bons choix d'aides de camp ; que ce soient des ofBciers qui aient fait la guerre, qui puissent commander des troupes, et non des hommes sans expérience, comme les Verdun, les Brugnères et autres de cette espèce. Il faut aussi qu'il les ait tout de suite dans la main. Enfin, il faudrait voir le ministre de la guerre et se consulter pour lui choisir son état-major.

Nogent-sur-Seine, 22 février 1814.

J'ai reçu votre lettre. Je ne saurais admettre votre justification. Ce n'est pas là le langage d'un ministre. Quand j'ai nommé ce comité, je l'ai placé sous vos ordres. C'est donc vous qui en êtes responsable. Tout est difficulté dans vos mains, et tout doit être facile, au contraire, à un ministre de la police.

lUC— AU GENERAL SAVARY, DUC DE ROVIGO,

Jontrre, 2 mars 181-4.

J'ai reçu votre lettre. J'ai vu avec surprise que Mme de Montesquiou se soit oubliée au point d'avoir une scène avec l'impératrice.

(1) AFiv 906.

(2) Ibid. — L. DB Brotonnb, dans la XouoeUe Revue, t. LXXWI (1894).

316 LETTRES IXEDITES DE XAPOLEOX I-. — 1814.

Je suis plus surpris encore que, en homme de bon sens, vous n'ayez pas fait comprendre à Mme de Montesquiou combien cela est inconvenant. Quoi que dise et fasse Timpératrice, elle n'en est comptable envers qui que ce soit^ et en cela je n'ai point reconnu l'attention de Mme de Montesquiou à ne rien dire devant l'impératrice qui pût lui déplaire. Si elle avait à se plaindre de la duchesse, elle n'avait qa'à la prendre aux cheveux. Mais le respect dû à l'impératrice est tel qu'on ne doit, devant elle, témoigner rien de son mécontentement. Vous devez par vos conseils intervenir de manière qu'on laisse l'impératrice tranquille, et qu'on ne lui donne aucune espèce de chagrin. Certes c'est avoir eu peu le soin de me plaire, et bien peu le sentiment des convenances.

La duchesse de Padoue a eu tort de quitter Paris : étant dame du palais, elle devait rester auprès de l'impératrice. Je ne conçois pas comment on a pu oublier les sentiments d'honneur à ce point. Quant à Mme Anatole, elle était fort maîtresse de s'en aller. Mais si le public s'est amusé a faire des plaisanteries sur de jeunes et jolies femmes, il n'était permis à qui que ce soit d'en parler, qu'autant qu'on eût relevé un propos en présence de l'impératrice. Encore la bonne éducation et le sentiment des convenances veulentils qu'on montre son mécontentement par son chagrin et non par des reparties.

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