‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 49 sur 280 · A M. DE CHAMPAGNV, DUC DE CADORE · texte numérisé non relu

A M. DE CHAMPAGNV, DUC DE CADORE

Saint-Gload, 29 juin 1810.

Je VOUS renvoie vos lettres de Saint-Pétersbourg qu'a apportées mon ofGcier d'ordonnance Watteville. Je désire que vous expédiez demain un courrier au duc de Vicence. Vous commencerez par entrer dans de fortes digressions sur Tétat prospère de la France et de nos manufactures. Vous ferez sentir la fausseté de l'imputation que nous faisons du commerce avec l'Angleterre, et vous direz que cela n'a pas d'autre fondement que quelques bâtiments chargés de blé que nous avons laissés passer ;

2* Vous ferez connaître que nous n'avons pas écrit à lord Wellesley; que ce lord ne peut donc avoir dit cela; qu'autrement ce serait un mensonge ;

3* Que l'Autriche n'a fait aucune espèce d'ouverture à l'Angleterre, et que le comte de Metternich n'a fait aucune démarche de cette nature ;

4" Qu'il n'a pas été fait plus d'ouverture par la Hollande; que seulement le duc d'Otrante a, de son propre mouvement et sans approbation de l'Empereur, abouché le fournisseur Ouvrard et un nommé Fagan, parent de lord Wellesley, avec ce ministre, moins pour nouer une négociation que pour affaire d'espionnage; que l'Empereur, l'ayant appris, a ôté le portefeuille de la police au duc d'Otrante; que c'est donc faussement que les Anglais se vantent d'avoir reçu des ouvertures ; que les pourparlers pour l'échange des prisonniers continuent toujours ; que les Anglais sont dans une très mauvaise situation, et qu'ils ne sont pas si éloignés d'écouter des propositions de paix qu'ils s'en vantent; qu'il y a du désordre et de la confusion chez eux, et que la sottise qu'ils font de pousser la guerre en Portugal, où ils n'ont pas 30,000 hommes, leur attirera quelque catastrophe; que les affaires d'Espagne vont bien.

Vous ferez connaître également au duc de Vicence que je me suis expliqué avec le prince Kourakine sur la convention ; que nous ne savons ce que M. de RomanzofT veut dire par notre éloignement et par notre retour ensuite à eux ; que nous avons toujours marché droit et sans hésitation; que nous n'avons aucun lien avec l'An-

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triche ; qu'il faut qu'on se pénètre bien que rien au monde ne peut me faire souscrire à un acte déshonorant; qu'ainsi signer ces mots : tt La Pologne ne sera pas rétablie » , c'est plus que d'en avouer le partage ; que ce serait flétrir mon caractère ; que je suis prêt a changer la convention.

Il faut que vous parliez longuement et dans le même sens au prince Kourakine.

1* Vous lui certifierez n'avoir jamais écrit à lord Wellesley, qu'il n'y a eu aucune négociation avouée, et vous lui montrerez combien cela est absurde.

2* Vous lui direz que je vois avec peine que M. de RomanzofT ajoute foi aux nouvelles répandues par les gazettes anglaises; qu'elles ne parlent pas d'un revers qu'il n'y croie, d'une négociation qu'il n'y croie ; que l'Autriche n'a fait aucune ouverture, ni aucun envoi en Angleterre.

Vous lui ferez comprendre qu'il est convenable qu'il écrive dans ce sens à sa cour, et que, lorsqu'il aura des doutes, il s'adresse à vous ; que c'est le moyen de tenir sa cour en garde contre les mauvais bruits dont on l'inonde.

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