‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 3)Chapitre 89 sur 280 · AU COMTE BIGOT DE PRÉAMEXEU · texte numérisé non relu

AU COMTE BIGOT DE PRÉAMEXEU

Paris. 31 décembre 1810.

Il faut garder la lettre du Pape au grand vicaire de Paris très secrète, comme si elle n'existait pas. Ainsi vous devez la regarder comme non avenue, sauf à la conserver pour en faire usage en temps et lieu. Faites-moi un rapport sur ce grand vicaire, qui, à ce qu'on m'assure, est mauvais.

Ecrivez au préfet de Montenotte, pour lui faire connaître ce qui se passe, aGn d'éclairer ce fonctionnaire sur la mauvaise foi du Pape, qui, avec son air de sainte-nitouche, suscite en secret la division et le trouble. Donnez-lui des ordres pour qu'aucun courrier ne soit reçu ni expédié avec des lettres adressées au Pape ou écrites par lui, et pour qu'aucune lettre ne soit mise à la poste. Il faudra pour cela qu'il s'assure du directeur de la poste. Vous lui ferez connaître que je fais venir l'évéque de Savone à Paris afin d'ôter au Pape un canal de communication. Vous donnerez effectivement l'ordre à ce prélat de se rendre à Paris, où je désire le voir.

Vous prescrirez au sieur Chabrol d'avoir, dans sa conversation, un ton plus fort, de représenter au Pape qu'il fait du tort à la religion, qu'il sème partout le trouble et la discorde; que, en négligeant la douceur et les bonnes manières qui auraient pu réussir près de moi, il n'obtiendra rien par les moyens qu'il emploie, et que l'Eglise

(1) AFiv 887. — Comte d*Haussonvillb, V Eglise romaine et te premier empire, t. III, p. 520.

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Gnira par perdre le reste de son temporel ; que ceux qui seront assez fous et assez ignorants de leurs devoirs pour écouter ses mauvais conseils perdront leur place, et que ce sera par sa faute. Il faut que cela soit dit avec vigueur. Il doit voir également ceux qui entourent le Pape, et les éclaircir sur les fâcheuses conséquences que tout cela aura pour eux.

Il est effectivement inutile que le Pape écrive. Moins il fera de besogne, et mieux cela vaudra. Il est nécessaire : 1" que le préfet envoie Tétat des individus qui sont auprès du Pape ; qu'il désigne les plus grands travailleurs, aGn que je les renvoie, pour ôter au Pape des moyens de nuire et de répandre ses poisons; 2" que vous donniez ordre au préfet de ne plus expédier de lettres du Pape pour le royaume d'Italie, le royaume de Naples, la Toscane, le Piémont, la France, et de ne lui remettre aucune lettre, mais de les envoyer toutes ici. Vous en ferez le triage, et Ton ne donnera cours qu'aux lettres insigniGantes et sans danger. Faites-vous en conséquence envoyer toutes celles que le Pape écrivait et celles qui lui seraient adressées. En général, moins ce qu'il écrit parviendra, et mieux cela vaudra.

Vous ferez connaître au préfet et au prince Borghèse que mon intention est que l'extérieur du Pape se ressente du mécontentement que j'ai de sa conduite; que les voitures qui avaient été mises à sa disposition à Savone pour lui et sa maison, soient renvoyées à Turin, et que l'état de sa maison soit réglé de manière à ne pas dépenser plus de 12 ou 15,000 francs par an.

Recommandez au sieur Chabrol de ne plus rien dire dans ses discours qui tende à faire croire au Pape que je désire un accommodement. Mais sa conversation doit être que, après son excommunication et sa conduite à Rome, qu'il continue aujourd'hui à Savone, je dois m'attendre à tout de lui; que je m'en embarrasse fort peu; que nous sommes trop éclairés aujourd'hui pour ne pas distinguer la doctrine de Jésus-Christ de celle de Grégoire VII.

Ecrivez à la grande-duchesse de Toscane, pour lui faire connaître ce que j'ai fait pour le chapitre d'Asti, et pour lui recommander d'agir fermement et de ne se permettre aucune faiblesse. Faites bien connaître aux chanoines du chapitre de Florence que, à la moindre faute, ils perdront leur temporel pour toujours.

EnGn, je désire que vous me proposiez un évoque qui soit dans de bons principes, et qu'on pût nommer à l'archevêché d'Aix, aGn de l'envoyer proniptement là-bas.

LETTRES INEDITES DE XAPOLEON I*'. — 1811. 95

UliNISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE (1).

Paris. 31 décembre 1810.

Envoyez par Testafctte de ce soir Tordre au directeur de la police à Turin de prendre des mesures convenables pour faire arrêter le vicaire général Dani et les trois chanoines Curione, Cavalleri et Barberi, et les conduire en poste à Fénestrelle, avant que personne s'en doute à Asti. Vous ferez mettre le scellé sur leurs papiers. Donnez Tinstruction d'arrêter non seulement les individus désignés dans mon décret, mais encore ceux qui se comporteraient mal et qui seraient connus pour les plus mauvais. Vous ordonnerez qu'ils soient interrogés, et tenus à Fénestrelle au secret. Le directeur de la police informera contre ces individus comme coupables de menées contre la sûreté de F Empire. Vous me remettrez les interrogatoires et un rapport sur la procédure. En attendant, donnez des ordres sévères pour qu'ils n'aient aucune communication. Vous écrirez à l'Enregistrement de s'emparer des biens des canonicats supprimés.

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