‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 114 sur 493 · A LOUIS NAPOLÉON · texte numérisé non relu

A LOUIS NAPOLÉON

Berlin, 5 novembre 1806, à deux heures du matin.

Je reçois votre lettre du 1 er novembre de Casscl. Je suis fâché

(1) Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance.

(2) AFiv 871. — Lettre publiée par M. F. Rocquaiw, Napoléon et le rot Louis.

que vous vous soyez rendu de votre personne à Cassel. La nature de cette expédition était telle que je n'avais pas voulu vous en charger.

Je suis surpris que votre royaume ne puisse fournir que 6,000 hommes d'infanterie et quatre escadrons. Cela est ridicule. Vous auriez dû en tirer 12,000 hommes. Je vois avec peine que vous n'avez pas la grande manière. Vous devez sentir que Cassel né demandait pas la présence de 10,000 hommes de plus, mais seulement d'une brigade ou d'une division. La guerre n'est pas en Hollande; elle est en Hanovre et dans le Nord. Vous ne savez donc pas que la Hollande est aussi impénétrable dans cette saison que la Seine est impossible à remonter avec des vaisseaux de ligne? L'idée de retourner à Munster avec mes troupes est tout à fait une folie. Vous ne trouverez pas cela dans vos instructions. Elles portaient que vous vous rendriez à Gœttingue, et que vous attendriez là mes ordres. Vous ne m'avez jamais expédié ni un officier ni un aide de camp, de sorte que, au milieu des grandes occupations que j'ai, je n'ai pu avoir de vos nouvelles qu'en vous en envoyant demander. L'officier d'ordonnance Montesquiou, qui est parti d'ici le 31, vous aura joint, j'espère, assez à temps pour redresser votre marche.

Vous me parlez des Etats de Munster et de quelques Prussiens dispersés : cela est une vétille. J'ai fait une organisation ; il faut y adhérer. J'ai nommé le général Grobert gouverneur d'un arrondissement, le général Loison gouverneur de Munster, le général Lagrange gouverneur de Cassel, le général Bisson gouverneur de Brunswick.

D'abord vous ne vouliez pas d'officiers français; ensuite vous écrivez au ministre pour en demander. Je n'observe ceci que pour vous faire voir qu'il n'y a pas de solidité dans votre marche.

Je désire que, avant de vous en aller, vous ayez l'avantage d'occuper le Hanovre. Après cela, vous pourrez retourner en Hollande. Vous prendrez possession de l'Ost-Frise pour votre compte, et vous laisserez le commandement au maréchal Mortier.

Vous augmenterez votre corps de cavalerie de tous les chevaux que vous avez en Hollande. La saison est trop avancée pour que les Anglais débarquent quelque part. S'ils débarquaient, ce serait au Hanovre ou chez les Suédois. Si vous retournez en Hanovre, renforcez votre corps; il n'est pas juste que la Hollande ne me fournisse que 6,000 hommes. Jamais elle ne m'a été de si peu de secours. Tâchez donc que. indépendamment des 72 e , 65* et 22', vous me fournissiez 10,000 Hollandais, infanterie, cavalerie, artil-

lerie. Cela soulagera vos finances, puisque ces troupes seront nourries en Hanovre. Ne craignez donc pas que les Anglais débarquent chez vous au mois de novembre. En ne tenant à aucun projet, on court risque d'être battu partout.

Vous avez la permission de recruter en Allemagne, dans la Hesse et dans la Westphalie. Vous avez envoyé recruter en France, et, comme de raison, on a cassé les arrêtés des préfets qui autorisaient ces recrutements. Comment êtes-vous assez jeune pour ne pas savoir qu'on ne peut recruter en France, où il y a un système organisé? Il faut une loi ou un décret solennel pour changer un objet aussi important que la législation du recrutement. En général, vous marchez trop avant d'avoir réfléchi.

Si votre santé vous oblige à retourner en Hollande, tâchez de porter le nombre de vos troupes à 18 ou 20,000 hommes, afin que vous soyez en mesure de détendre vos Etats ou de marcher du côté de l'Elbe, au secours du Hanovre, s'il y avait là quelques mouvements, au printemps prochain. Ainsi donc, complétez de suite votre corps hollandais à 10,000 hommes en Hanovre, et d'ici au printemps ayez dix autres mille hommes prêts à renforcer l'armée du Hanovre.

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