‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 136 sur 493 · AU LANDAMMAN DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

AU LANDAMMAN DE LA SUISSE

Finkenstein, 18 mai 1807.

Je reçois votre lettre du 24 avril. Je ne puis que vous remercier du soin que vous prenez de m'instruire du zèle que mettent les différents cantons dans le recrutement des régiments suisses. J'espère qu'incessamment les quatre régiments seront complets et que les Suisses de nos jours, comme leurs pères, paraîtront avec gloire sur le champ d'honneur. Je fais cas de la bravoure, de la Gdélité et de la loyauté des Suisses; c'est ce sentiment qui m'a porté à décider que tous les régiments seraient composés de citoyens du pays, sans aucun mélange de déserteurs ou d'autres hommes étrangers. Car ce n'est pas le nombre des soldats qui fait la force des armées, mais leur Gdélité et leurs bonnes dispositions. L'acte de médiation sera constamment pour moi une loi sacrée; j'en remplirai tous les devoirs scrupuleusement, et je ne puis que me confirmer tous les jours davantage dans ces idées, puisqu'il me parait que cet ouvrage, auquel vous avez concouru, a rencontré la sanction du temps et considérablement amélioré la situation de votre patrie.

Si j'avais un désir à former, désir que je regrette de ne pas avoir proposé dans l'acte de médiation, ce serait que les Suisses ne permissent le recrutement dans leur pays à aucune puissance étran-

(1) AFiv 873

(2) Ibid.

gère, hormis à l'Espagne, à la Hollande et aux États dont le système est lié au mien. Je désirerais d'autant plus que cette prohibition passât en loi, que tons les hommes éclairés ne peuvent voir qu'avec douleur le frère combattre contre le frère. Les personnes qui ont légèrement et à tort blâmé les Suisses de passer au service étranger, ont appuyé sur cet inconvénient, qui est grave et blesse le caractère de tout homme bien né. Si vous soumettez cette pensée à la prochaine diète, une décision sur cet objet me serait agréable, parce qu'elle sera conforme à la dignité et à l'honneur des Suisses.

Je me souviens avec grand plaisir des lumières et du caractère que vous avez montrés dans la circonstance où je vous ai connu. Ne doutez jamais de mon estime ni de mon désir de vous être agréable, et assurez les cantons de mon amitié et de ma protection constante.

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