‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 147 sur 493 · A M. DE CHAMPAGNY · texte numérisé non relu

A M. DE CHAMPAGNY

Mémoire sur la situation actuelle des affaires du continent (3).

Rambouillet, 7 septembre 1807.

La démarche de l'Angleterre contre Copenhague paraît avoir échoué, puisque, au 28 août, douze jours après que ses troupes étaient débarquées, elles n'avaient pas réussi et avaient donné le temps aux garnisons de Copenhague et de Cronenbourg d'armer ces places, et au prince royal de faire ses dispositions pour armer toutes les milices. Mais si l'Angleterre réussissait, la plus grande perte serait les vaisseaux danois qu'elle détruirait.

L'Angleterre paraît avoir mal calculé son opération. Elle a pensé

(1) AFiv 874.

(2) Ibid.

(3) En note : Ces notes n'ont pas été envoyées

avoir Copenhague sans résistance, et même sans être obligée de déclarer la guerre, puisqu'il est constant que, jusqu'au l w septembre, elle a laissé naviguer les bâtiments danois. II est plus probable encore que l'Angleterre n'a osé commettre aucune démarche hostile contre le pavillon russe. Que peut-elle faire à la Russie? Le seul mal qu'elle puisse lui faire, c'est en interceptant son escadre de la Méditerranée. Mais il y a longtemps que j'ai envoyé des ordres à Cadix et à Corfou pour faire connaître à l'amiral qui commande l'escadre russe les nouvelles circonstances des affaires, et lui faire donner de ma part le conseil d'entrer dans mes ports ou dans ceux de l'Espagne, jusqu'à ce que tout ceci soit éclairci. Quand j'apprendrai que l'amiral russe aura suivi mon conseil, j'aurai un grand souci de moins. Je regrette que l'ambassadeur de Russie ne soit pas encore arrivé, parce qu'il aurait pu donner des ordres positifs. Je suis cependant fondé à penser que, lorsqu'on lira ceci, les vaisseaux de l'escadre russe seront en sûreté, ou à Cadix, ou à Toulon.

La garnison de Cattaro est heureusement arrivée à Venise, celle de Corfou est en route. L'empereur Alexandre ne doit avoir aucune sollicitude pour ses troupes, qui seront convenablement traitées.

Aussitôt que j'ai reçu la nouvelle de l'expédition anglaise contre Copenhague, j'ai fait signiGer au Portugal qu'il eût à fermer ses ports à l'Angleterre, et j'ai réuni à Bayonne une armée de 40,000 hommes pour se joindre aux Espagnols, et l'y contraindre, s'il le fallait. Mais une lettre que je viens de recevoir du prince régent me fait présumer que cette dernière mesure ne sera pas nécessaire, que les ports du Portugal seront fermés aux Anglais au moment où ce mémoire sera lu, et que le Portugal aura déclaré la guerre à l'Angleterre.

D'un autre côté, au 1" octobre, ma flottille sera tenue en état, et j'aurai une grosse armée à Boulogne prête à tenter un coup de main sur l'Angleterre.

L'Angleterre ne pourra donc rien faire contre la Russie. Si elle persiste dans ses projets, voici ce qu'il conviendrait de faire contre elle :

Chasser de tout le continent de l'Europe toutes les diplomaties anglaises. La cour de Vienne reste seule; il faut la contraindre i faire cause commune, et, aussitôt que les événements auront porté la Russie à chasser la légation anglaise de Saint-Pétersbourg, il faudra que l'ambassadeur de Russie à Vienne, de concert avec le mien, passe une note pour que la légation anglaise soit chassée de

Vienne, et que Trieste ferme son port aux Anglais. Cette expulsion de tous les ministres anglais hors du continent, sera d'un grand effet à Londres et surtout d'un grand effet pour leur commerce.

L'empereur Alexandre doit essayer, par des négociations, de contraindre la Suède à faire cause commune, et cette puissance ne saurait résister à la Russie, à la France, au Danemark. Il est possible que des négociations suffisent pour entraîner la Suède dans la cause commune. Si elle s'y refusait, on pense que la perspective d'une rupture avec la Russie suffirait pour la décider. La nation suédoise est trop opposée au système anglais pour que le prince, tout inconséquent qu'il soit, voulût s'attirer contre lui des chances aussi fortes.

Rambouillet, 7 septembre 1807.

Sur les dépenses secrètes des relations extérieures, on paye le journal l'Argus. Ce journal augmente toutes les années. Il est convenable d'en fixer définitivement le prix par un marché authentique. Il n'y a pas de raison pour qu'on ne porte pas bientôt cette dépense à 50,000 écus. S'il doit tant coûter, autant le supprimer.

MM. Baudus, Guérin, Pouque ville, Mengaud, etc., sont des agents secrets. Je désire que vous me fassiez connaître où chacun d'eux est employé, et si les services qu'ils rendent sont proportionnés à ce qu'ils coûtent.

J'approuve la pension que reçoit Codrika. Quant à MM. Sensi, La vallée, Guttin, Grandjean et une douzaine d'autres qui touchent des secours et pensions sur les fonds secrets, il faut me faire savoir à quel titre il leur est donné de l'argent.

Les dépenses de gazettes, les achats d'almanachs de commerce et impérial sont des frais de bureau et ne doivent pas être payées sur les dépenses secrètes. Il faut restituer ces dépenses à leur chapitre.

Je ne conçois pas pourquoi on alloue pour la rédaction du Moniteur 15,000 francs à peu près par an, ni à quel titre un M. Saint- Marc, déjà porté pour un voyage à Varsovie, se retrouve à cet article.

(i) AFiv 874.

J'admets ces divers articles pour cette fois ; mais ils ne doivent plus m 1 être présentés dans les comptes suivants. Quant aux comptes de 1807, Tannée n'étant pas encore finie, il n'y a rien à faire pour le moment.

Vous verrez par le décret que je viens de prendre pour les dépenses secrètes de 1806, qu'il reste sur cet exercice une somme disponible de 177,000 francs que je fais reporter sur 1807. Mon intention est que le crédit des dépenses secrètes dans le budget de 1807 soit de 1 million : ce qui portera la totalité de ce crédit à 1,177,000 francs. Comme j'ai lieu de penser, par les dépenses déjà faites, que celles de toute l'année n'iront pas là, je vous autorise à prélever sur ce fonds 200,000 francs, que vous emploierez à organiser votre maison et vos voitures, mon intention étant que le ministre des relations extérieures ait plus de luxe, de livrées, de gens et de représentation que le ministre de l'intérieur. Mon intention est aussi que votre traitement, compris l'entretien de la maison, soit de 400,000 francs par an. Présentez-moi un projet de décret pour fixer sur ces bases votre traitement, en établissant la distinction, pour ce qu'il contient comme frais d'entretien, d'une manière proportionnelle au traitement actuel.

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