A LOUIS NAPOLÉON
Fontainebleau. 23 octobre 1807.
Pendant que vous commandiez mon armée en Hollande, vous avez pris dans mes régiments ce qui vous a convenu. Il n'y a pas un an de cela, et vous avez déjà donné congé à une partie de ces hommes. Il eût été convenable de me prévenir de cette mesure avant de l'exécuter et ne pas vous attribuer le droit de donner des congés à mes soldats. Je suis surpris, après ce que je vous ai écrit que la paix n'était pas faite et que mon armée était encore sur la Vistule, que vous ayez licencié votre armée. Ainsi, vous avez donné ordres et contre-ordres et montré de la légèreté dans vos décisions. Qu'en arrivera-t-il? Que d'ici à un mois, vous serez obligé de reformer votre armée et de dépenser beaucoup d'argent. Vous agissez avant de penser. Renforcez vos troupes; vous en aurez besoin pour garder votre pays. Car il ne faut pas supposer que je vous envoie des Français pour défendre la Hollande, quand les Hollandais ne veulent pas se défendre eux-mêmes; et quand, pour ma sûreté, je vous enverrai des Français en Hollande, ce ne sera pas une économie pour la Hollande, qui devra les payer. Vous faites des économies funestes à votre pays. Je le répète : ne faites pas des réformes dans votre armée, et surtout sur des Français. Vous économiseriez avec beaucoup de peine une couple de millions, et vous laisseriez votre pays sans défense. Vos idées sur toutes ces matières sont fort singulières. Votre peuple aura bien gagné quand les Anglais se seront emparés d'Amsterdam, comme ils se sont emparés de Copenhague, ou qu'un général, avec 25,000 Français, viendra commander arbitrairement en Hollande pour la défendre. Quand je renforce mon armée et que je vais lever une nouvelle conscription, vous affaiblissez la vôtre. Il y a de la folie dans cette conduite.
(1) AFiv 874. — Publiée par AI. Rocquain, Napoléon et le roi Louis.