AU GENERAL CAULAINCOURT
Paris, C février 1808.
Je vous ai écrit par le sieur d'Arberg le 2 février. Le 5, ayant été chasser à Saint-Germain, j'ai fait inviter M de Tolstoï et j'ai causé fort longtemps avec lui. Il m'a parlé des notes du Moniteur, de la crainte que nous n'évacuions pas la Prusse, et m'a laissé voir des choses ridicules. M. de Dreyer, ministre de Danemark, qui cause fréquemment avec lui, a écrit dans ce sens à sa cour. Cet homme a des idées déréglées de la puissance anglaise ; il prétend qu'on ne peut rien faire en Finlande, rien faire en Scanie : quand cela serait, pourquoi le dire? J'ai trouvé dans sa conversation de la loyauté, mais peu de vues, et une seule pensée : la peur
(1) Lettre publiée par M. Vandtl, comme la précédente.
de la France. Je lui ai observé que tous les propos de sa légation avaient pour résultat de décréditer l'empereur Alexandre et d'alarmer le pays; que, pour l'évacuation de la Prusse, nous n'en étions pas avec l'empereur à nous faire des conditions sine quâ non; qu'il fallait marcher avec le temps; que les affaires d'Autriche n'étaient terminées que depuis quinze jours par l'évacuation de Braunau ; que le traité de Tilsitt ne fixait pas l'époque où serait évacuée la Prusse, pas plus que l'époque de l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie; que mon premier but était de marcher avec la Russie ; qu'il ne fallait pas paraître frappé par la peur de la France, ni se méfier de ses intentions.