‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 203 sur 493 · AU PRINCE EUGÈNE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

AU PRINCE EUGÈNE NAPOLÉON

VICE-ROI d'italib (3).

Paris, 18 février 1808.

Je vous ai écrit hier que mon intention était que les Etats du Pape fussent partages en deux gouvernements. Le général Lemarois continuera à être gouverneur général des pays situés entre les Apennins et l'Adriatique, qu'il commande aujourd'hui, et le général Miollis sera gouverneur de Rome et des provinces entre les Apennins et la Méditerranée, y compris Civita-Vecchia. Le général Lemarois centralisera les caisses d'Ancône, retiendra ce qui lui est nécessaire pour l'entretien de ses troupes et les travaux d'excavation du port d'Ancône, et versera le surplus directement dans la

(1) AFiv 875. — L. di Brotonnk, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).

(2) Ibid. — Mémoires du duc de Raguse, t. III, p. 161.

(3) Ibid. — Mémoires du prince Eugène, t. IV, p. 72.

caisse du général Miollis. Le général Miollis, de son côté, si le Pape ne fait pas solder, nourrir et entretenir ses troupes, centralisera les revenus des provinces sons son commandement, entre les Apennins et la Méditerranée. Mais il fant que les deux généraux ne prennent que ce qui est nécessaire pour leurs troupes, et que le reste soit remis au Pape. Vous ferez connaître au général Miollis qu'il doit jouir, à Rome, d'an traitement de 15,000 francs par mois ; qu'il a à sa disposition mes palais d'Italie, de Toscane et de Naples; qu'il faut qu'il tienne maison; que vous lui faites payer deux mois d'avance de son traitement et celui de janvier, ce qui lui fera trois mois, et qu'il est convenable qu'il ait un grand train et qu'il invite les officiers et les dames romaines

ROI DE HOLLAVDB (1).

Paris. 18 féfrier 1808.

le reçois votre lettre du 14 février, et j'y réponds par courrier extraordinaire; car les circonstances deviennent urgentes. Faites passer sur-le-champ une frégate et vos 2 corvettes à Flessingue; car, avant six semaines, mon escadre de Flessingue sera armée. Je vous laisse le maître de les faire passer par le dehors ou le dedans ; mais je préfère qu'elles passent par le dedans, parce qu'elles seront sûres d'arriver, au lieu que par le dehors elles ne le sont pas; cependant, cela dépend de la situation des croisières anglaises. Si vous pouvez faire passer à Flessingue les 2 vaisseaux, les 3 frégates et les 2 bricks que vous faites armer dans la Meuse, cela sera un grand bien ; ces bâtiments se joindront à mon escadre ; répondez-moi là-dessus. Je ne pense pas qu'ils puissent passer par l'intérieur ; ils n'ont que la chance de passer par le dehors ; vos marins pensent-ils que cela soit possible? Les 3 vaisseaux, les frégates et les \ bricks que vous allez avoir au Texel sont-ils prêts? Mettez-les promptement en état de partir et donnez-leur cinq ou six mois de vivres. Mais, qu'est-ce que 5 vaisseaux, tandis que, par votre état de situation, je vois que vous pouvez en avoir 7 au Texel et 2 dans la Meuse? Il est indispensable que vous fassiez armer et radouber les vaisseaux du Texel qui étaient en rade à votre avènement au

(1) AFiv 875. — Publiée par M. Rocquai*, Napoléon et le roi Louis.

Irène. Est-il de votre honneur que, sons votre règne, la Hollande me serve moins que sons Schimmelpenninck? Alors, elle avait 7 vaisseaux an Texel, 2 dans la Meuse et nn grand convoi de vaisseaux marchands an Texel.

Vous devez faire achever sans délai les 6 vaisseaux et les 4 frégates que vous avea en construction. Car enfin, si l'Angleterre ne veut pas adhérer à des conditions de paix, il faudra entreprendre quelque chose. Pour cela, vous me demandez deux choses : 1* que je vous renvoie votre flottille. J'ai déjà donné Tordre qne la moitié se rendit à Flessingue; nne partie de cette flottille est toujours nécessaire pour des opérations subséquentes. Quant à l'antre moitié, faites-moi connaître si vous voulez retirer le matériel qui est dans mes ports et me laisser le personnel. J'y consentirai, quoique je voie avec peine désorganiser ma flottille, qui est un de mes pins grands moyens contre l'Angleterre; mais, an moins, le personnel me restera.

La seconde demande que vons me faites, est celle d'un emprunt de 12 à 15 millions. Si j'avais de l'argent, je vous les prêterais volontiers; mais je n'en ai point. Par les comptes de mes finances qui vont être pnbliés, vons verrez qne l'immensité de mes armées, trois levées de conscription dans nne année, l'achat de 60,000 chevaux, les dépenses de mes armées d'Espagne et de Dalmatie absorbent tout. Je vons dirai en confidence qne je vais avoir 900,000 hommes sur pied, qui avec le matériel et les attirails nécessaires me coûteraient 500 millions, si je les avais en France, et qui absorberont les 300 millions qne, par l'organisation de mes finances, je puis donner à la guerre. Toutes mes escadres sont en mer. Voulez-vous ne m'aider en rien? 12 vaisseaux de guerre sont partis de Toulon pour détruire les croisières anglaises ; j'attends nn heureux résultat de ces entreprises. Le roi de Xaples me coûte aussi beaucoup d'argent. Je ne puis vons rien donner; mais je suis prêt à vous appuyer de ma garantie et de ma signature dans le parti qu'il vous paraîtra le plus convenable de prendre. Ainsi voulez-vons faire un emprunt de 15 millions, qui sera payé avec une partie des intérêts de la dette, qui portera intérêt à 5 pour 100 et qui sera hypothéqué sur les revenus des colonies de Surinam, Demcrari, etc.? Je consens À vous signer la garantie que vos colonies vous seront restituées, et, dans le caa ou des événements qu'on ne peut prévoir en ordonneraient autrement, je prends sur moi le remboursement de cet emprunt. En conséquence, vous pourriez déclarer que vous ne payerez que la moitié même de l'intérêt de la dette, que j'estime être de

50 à 60 millions, et l'autre moitié serait converti en un emprunt hypothéqué sur les colonies de Surinam, etc., pour lequel j'offre ma garantie et qui serait remboursable par loterie dans les cinq premières années de la paix, ou que je prends à ma charge, si on ne vous rend pas vos colonies. Par ce moyen, vous gagnerez d'un trait de plume 30 millions, vous aurez des flottes, et vous ferez que la nation hollandaise s'enorgueillisse et proGte des moyens qu'elle a.

A votre place, il n'y a nul doute que j'aurais depuis longtemps réduit au tiers l'intérêt de votre dette; que j'aurais constitué les deux autres tiers de l'intérêt, c'est-à-dire les 40 autres millions, en annuités remboursables dans les cinq premières années de la paix. Quelque mesure de cette espèce vous est nécessaire; je vous offre ma garantie et ma signature. Vous pourrez employer ces 30 millions; vous ferez du bien à votre pays, vous vous attacherez les militaires et vous flatterez l'orgueil national. La Hollande est humiliée de n'être rien, et, s'il faut que je vous parle clair, vous devez vous attendre que, si vous ne m'offrez pas sur-le-champ les 9 vaisseaux qui étaient il y a deux ans en rade, pour se combiner avec mon escadre de Flessingue, il arrivera nécessairement que vos colonies ne vous seront pas rendues, et vous aurez fait le plus grand tort à votre nation. Croyez-en mon expérience et l'intérêt que je porte à vos peuples.

Au total, il vous faut de l'argent : vous demandez 15 millions d'extraordinaire. Vous pouvez les avoir par le moyen que je vous indique. Quelque parti que vous preniez, ce qui est hypothéqué sur le revenu de la Guyane, je le garantirai, et vous le rembourserai, si ces colonies ne vous sont pas rendues. En attendant, ne perdez pas un moment. Ordonnez des armements; annoncez des expéditions en Irlande et de grandes opérations combinées. Voulez-vous indisposer les puissances du continent, vous ruiner entièrement dans l'opinion de votre nation? ne faites rien; et par-dessus tout, l'état de langueur où vous êtes n'aura point de terme. Les Anglais sont obligés d'avoir un grand nombre de vaisseaux à la suite des escadres que j'envoie dans les différentes parties du monde; s'ils sont obligés d'en avoir au Texel, à Boulogne, etc., cela les constituera dans de grandes dépenses et amènera tant de chances d'événements que cela accélérera leurs dispositions paciGques. Votre honneur et celui de votre nation, le succès de la cause commune sont attachés aux efforts que vous ferez. Il ne faut point de si ni de mais; il faut réussir. Levez tous les obstacles, et prenez des mesures pour que les vaisseaux qui sont en construc-

tion soient promptement mis à l'eau et que ceux qui sont désarmés soient réparés et mis en rade.

VICK-ROI D'ITALIE (1).

Paris. 28 fétrier 1808.

Voici la disposition que j'ai faite des 2 millions provenant de la vente des marchandises anglaises saisies en Toscane : 1,500,000 fr. seront versés à la caisse d'amortissement, à Paris; 160,000 francs seront employés à payer les deux sommes portées dans votre lettre ; 90,000 francs seront donnés au général Miollis, et les 250,000 fr. restant seront donnés en gratification aux troupes formant la garnison de Rome, à raison d'un mois aux soldats et de deux mois aux généraux et officiers. Il sera bien que vous commenciez par faire payer ces gratifications aux troupes de Rome, qui peuvent avoir des besoins, et au général Miollis, ce qui lui donnera de nouveaux moyens de représenter à Rome.

Page 1