AU PRINCE EUGÈNE NAPOLÉON
Bayonne, 18 avril 1808.
Je reçois votre lettre, et celle du général Miollis, du 8. Je suis immensément occupé; c'est pour cela que je désire que les affaires de Rome soient remises au 10 mai. En attendant, faites gouverner temporellement les quatre légations, comme je l'ai ordonné, et conformément à l'intérêt de mon royaume. Il ne faut pas se mettre tout sur les bras à la fois. Veillez sur Florence ; on dit qu'il y a un mauvais esprit, et qu'on y est peu content des changements actuels. Faites-moi connaître ce que vous penserez là-dessus.
J'ai ici l'infant don Carlos; c'est un jeune homme de vingt ans, qui a pris ici la rougeole. Il est accompagné de plusieurs grands d'Espagne. J'attends le prince des Asturies, qui se fait nommer Fer-
(1) AFiv 876. — Mémoires du prince Eugène, t. IV, p. 115.
178 LETTRES INEDITES DE NAPOLEON I er . — 1808.
dinand VII, et le roi Charles IV, dans peu de jours. Il y a beaucoup de mouvements en Espagne. Le grand-duc est à Madrid, Bessières à Burgos et Duhesme à Barcelone. Le roi Charles a protesté contre son abdication et a eu recours à moi. Le temps décidera ce que tout cela deviendra. En attendant, empêchez que l'opinion n'en prenne une idée décisive; mais laissez-en dire assez dans les gazettes pour faire voir qu'il y a incertitude dans les affaires et division dans la famille d'Espagne.