AU PRINCE MURAT, GRAND-DUC DE BERG
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Bayonue, 28 avril 1808, à cinq heures du loir.
Je vous envoie 1,000 exemplaires du Journal de Bayonne. Vous pouvez les répandre sans affectation et sans les afficher. Il serait convenable que la junte fit à ce sujet une proclamation, par laquelle elle fît connaître que le roi Charles a protesté et que, avant de partir de l'Escurial, il a renouvelé sa protestation à la régence; que le roi Charles doit être arrivé à Bayonne ; que les deux souverains s'en sont entièrement remis à l'Empereur pour le jugement de cette grande querelle ; qne l'intérêt des Kspagnes est de rester unies d'intérêts à la France; que déjà S. M. l'Empereur a autorisé la junte à faire connaître que l'intégrité et l'indépendance de l'Espagne seraient garanties, ainsi que la conservation de tous les privilèges; que, si les Espagnols jugent nécessaires quelques changements dans leur constitution, ils ne seront faits que de leur gré, et d'après leurs lumières et leur opinion. Si la junte se refuse à faire cette proclamation, faites-la vous-même en français et en espagnol.
J'envoie 100 exemplaires du même journal à Bessières, et je lui prescris de faire faire une proclamation dans le même sens par le capitaine général de la Vieille-Castille.
Envoyez un officier aux généraux Solano et Caraffa (2), pour leur faire connaître la proclamation de la junte, ou celle que vous auriez faite, et pour les engager à avoir confiance dans l'Empereur et a aider de tous leurs moyens à la consolidation du bon ordre et de la tranquillité en Espagne.
J'ai reçu votre lettre du 23. Je vois avec plaisir ce que vous m'y dites.
J'attends le roi Charles demain ou après ; je n'ai pas de nouvelles de son arrivée à Burgos, Bessières ne m'ayant pas écrit.
(1) AFiv 876.
(2) Qui commandaient les divisions espagnoles de la Galice et de l'Estrcmariurc.
Vous ne manquerez pas d'engager les archevêques de Madrid et de Tolède à faire des mandements pour exhorter à avoir confiance en moi ; et vous ferez entendre aux meneurs du clergé et de la noblesse que la conservation de leurs privilèges dépendra de la conduite qu'ils tiendront envers moi. Écrivez aussi aux chefs des ordres religieux qui doivent se trouver à Madrid. Enfin faites faire des articles de gazette dans le même sens, pour que le public sache bien que le roi Charles a protesté ; que c'est une querelle entre le père et le fils ; qu'on attende avec confiance l'issue des événements; que je rendrai un jugement d'arbitrage, où je déciderai tout pour le changement de couronne.