AU PRINCE MURAT, GRAND-DUC DE BERG
LIEUTENANT DE i/EMPEREUR EN BSPAGNE (1).
Bayonne, 29 avril 1808, i dix heure» du matin.
Je reçois votre lettre du 25 avril à minuit. Le roi Charles a dû arriver le 27 à Burgos; je ne sais pas s'il y aura séjourné le 28, ou s'il sera venu à Vitoria.
Je n'approuve point que vous disséminiez vos troupes. Je suis instruit que vous avez envoyé de l'Escurial un régiment dans un village. Vous pouvez détacher un régiment pour faire un exemple ; mais il doit rentrer sur-le-champ. Si, à chaque émeute qui aura lieu, vous envoyez un régiment ou un bataillon, je n'aurai plus d'armée. Si vous accoutumez les villages à avoir des garnisons, ils se révolteront dès que vous les retirerez. Vous devez envoyer des colonnes mobiles, qui ne doivent pas être absentes plus de huit jours, et rentrer dès que leur mission est finie.
Écrivez au général Dupont de ménager à Tolède la famille du chanoine Escoïquiz.
Vous devez déclarer à la junte qu'il faut qu'elle cesse d'envoyer des courriers à M. de Cevallos (2), et qu'elle doit correspondre désormais avec Charles IV ; que j'ai donné l'ordre que les courriers qui partiraient de Bayonne soient envoyés à la cour de Charles IV, ne reconnaissant plus le prince des Asturies que comme prince des Asturies, conformément à la notification que j'en ai fait faire
(1) AFiv 876.
(2) Choisi comme ministre d'État par Ferdinand.
188 LETTRES INEDITES DE NAPOLEOX ï". — 1808.
aujourd'hui. Si la crainte de Charles IV ou de la reine portait le peuple à vous pousser, il faut le laisser faire. Nous approchons du dénouement Prenez en main de gré ou de force la direction de la Gazette, et faites-la paraître tous les jours. Faites bien connaître aux grands et aux influents du pays que le destin de l'Espagne dépend de la conduite qu'ils tiendront; que, si l'Espagne est troublée et la sûreté de mes troupes compromise, le pays sera démembré Dites positivement que je ne reconnais plus le prince des Asturies.