AU PRINCE GAMBACÉRÈ
AttCHICItAIfCELtfeR »E L'Expiât (2).
Baronne, 17 juillet 1808.
Je vous envoie le bulletin dé police (3). Je Vous prié de le tire avec attention et de le comparer aux pièces. J'ai fcrti longtemps qtté c'était la rivalité contre le préfet de police qui portait M. Fottfché À.
(1) AFiv 877. — Mémoires du roi Joseph, t. IV, p. 357.
(2) AFiv 877.
(3) Ce bulletin du 13 juillet, envoyé à Cambacérès, manque en effet dans la collection des bulletins de police.
se conduire ainsi. Je commence à craindre que Fouché, qui a la tête gâtée, ne favorise les brouillons dont il espère se servir, et ne veuille point décourager des gens qui prévoient des circonstances de mort ou des événements extraordinaires, puisqu'il songe luimême tant à l'avenir, témoin ses démarches pour un divorce. Dans cette situation des choses, je vous prie d'assembler le conseil de police et de vérifier les assertions suivantes, savoir : 1° qu'il n'y a eu entre les accusés qu'une entrevue, tandis qu'il est constant par les interrogatoires qu'il y en a eu un grand nombre; 2° qu'elle a eu lieu par hasard, tandis qu'il est prouvé qu'elles ont été indiquées; 3° qu'il n'y a eu aucune proposition de faite de la part ou au nom de sénateurs, tandis que Servan et Jacquemont se disaient chargés de faire des propositions, sans que les sénateurs en sussent rien, comme c'est l'usage de la part des chefs de complot ; 4° qu'ils n'ont adopté aucune espèce de résolution, tandis qu'ils ne pensaient qu'à cela et que le jour d'une émeute était déjà fixé, et que l'idée de la présence de la garde impériale à Paris les a seule arrêtés court; 5° qu'ils ne se soient donné aucun rendez-vous, tandis qu'ils se voyaient tous les jours.
Ces conclusions sont trop absurdes. Je n'y vois pas que Malet, Florent-Guyot, même Jacquemont soient compromis ; c'est le préfet de police qui seul a conspiré. M. Fouché me prend pour trop imbécile.
Il vient, à la suite de cet article du bulletin, une note plus importante de la main même du ministre. Je désire que vous envoyiez chercher M. Regnaud pour lui demander s'il a tenu ce propos. S'il le nie, vous demanderez au ministre pourquoi il invente cela. Vous ferez également venir le préfet de police, et vous éclaircirez tout ce tripotage. D'une affaire de rien, qui montre quelques malveillants à punir et à réprimer, le bavardage de M. Fouché lui donne une immense importance. Il y a dans toute cette affaire un esprit et une conduite que je ne comprends pas. Pourquoi M. Fouché, au lieu de m'envoyer le travail du conseil de police, m'envoie-t-il cette analyse ? Où en serait-on si on ne réprimait les malveillants que lorsqu'ils ont une armée, et si, dans un Etat bien organisé, on n'arrêtait pas des essais qui ont pour but d'inquiéter et d'altérer la tranquillité publique?