A JOSEPH NAPOLÉON
roi d'espagnb (2).
Borde tui, 31 juillet 1808, à onie heures du soir.
J'ai reçu vos lettres des 24, 25 et 26. Le style de votre lettre du 24 ne me plaît point. Il ne s'agit pas de mourir, mais de se battre et d'être victorieux, et vous Têtes et le serez. Je trouverai en Espagne les colonnes d'Hercule, mais non des limites à mon pouvoir. Depuis que je sers, ce que j'ai trouvé de plus lâche, ce sont ces rassemblements et ces troupes espagnoles. Au reste, des troupes et des secours de toute espèce se dirigent de votre coté.
(1) AFiv 877.
(2) Ibid.
LETTRES IXÉDITES DE NAPOLÉON I er . — 1808. «T
Vous avez le tiers pins de forces qu'il ne vous faut, si cela est dirigé avec la précision convenable. Hormis Moncey et sa déshonorante retraite de San-Clemente sur Ocaûa et son lâche conseil de guerre, je suis fort content de mes troupes. Savary est un homme de tête et de cœur qui a erré dans ses dispositions générales, parce qu'il n'a pas l'habitude de commander en chef, mais qui cependant est encore plus fort que ce que vous avez autour de vous. Caulaincourt a fait très bien à Cuenca. La ville a été pillée : c'est le droit de la guerre, puisqu'elle a été prise les armes à la main.
La Russie vous a reconnu ; la lettre en a été envoyée à M. de Strogonoff. A mon arrivée à Paris, j'apprendrai que l'Autriche en a fait de même.
Votre position peut être pénible comme roi ; mais elle est brillante comme général. Il n'y a qu'une chose à craindre : prenez garde de perdre l'esprit de l'armée et de la sacrifier aux Espagnols. Il n'y a point de ménagements à garder avec des brigands qui assassinent mes blessés et qui commettent toutes sortes d'horreurs. Il est fort naturel de les traiter comme on le fait ; je vous l'ai déjà dit et je vous le répète. Depuis la belle victoire de Médina de Rio- Seco, qui a si promptement décidé les affaires d'Espagne, le maréchal Rcssières est le maître absolu du Nord.
J'ai vu avec plaisir que vous n'avez pas envoyé la division Morlot au maréchal Ressières, comme on le proposait. Il faut soutenir Dupont. Soyez sans inquiétude sur l'issue de tout ceci. Je connais bien votre position; rien de ce qui est arrivé ne m'a surpris. Aurais-je sans cela envoyé 150,000 hommes en Espagne, levé deux conscriptions et dépensé 80 millions? J'aurais mieux aimé perdre une bataille que de lire le procès-verbal de Moncey.