AU GÉNÉRAL CAULAINCOURT
SaintrClond, 23 août 1808.
Je reçois votre lettre du l" août. J'ai reçu hier les beaux présents de l'empereur. J'ai fait commander de très beaux meubles pour les faire ressortir; ils sont vraiment beaux. Montesquiou vous porte deux bustes de l'empereur, faits à Sèvres sur le modèle de celui qu'il m'a envoyé. Je crois qu'il y en a déjà une cinquantaine de faits : ainsi vous pouvez en faire venir tant que vous voudrez. J'ai vu à Sèvres le beau service de porcelaine égyptienne qui pourra être envoyé à l'empereur le 1" septembre. J'espère qu'il en sera content.
L'ineptie et la lâcheté qu'ont montrées Dupont, Marescot et quelques autres est inconcevable ; ils n'ont fait que des sottises et des bêtises. Cela a compromis mes affaires d'Espagne et m'oblige à lever des conscrits pour réparer mes pertes et me tenir toujours en mesure. Le 1" et le 6* corps et trois divisions de dragons sont partis de la grande armée pour Mayence. Je fais partir des bords du Rhin une quantité de forces à peu près égale à celle que je retire, pour renforcer les trois corps des maréchaux Davout, Soult et prince de Ponte-Corvo. Je laisse en Allemagne mes 60 escadrons de cuirassiers, trois divisions de dragons et une vingtaine de régiments de cavalerie légère. J'ai d'ailleurs mis sur pied toutes les troupes de la Confédération du Rhin, de sorte que je puis marcher contre l'Autriche avec 200,000 hommes. Cependant je désirerais fort que l'empereur fit parler à l'Autriche , avec laquelle je n'ai du reste aucun sujet de discussion. J'ai conclu ma convention avec la Prusse, et si, comme je le crois, je n'ai rien à démêler avec l'Autriche, la Silésie et Berlin seront dans les mains de la Prusse avant l'hiver, ce qui sera un grand sujet de tranquillité pour l'Autriche et même pour la Russie. Il faut que le prince Kourakine ait carte blanche en Autriche, et qu'il soit autorisé à dire que la Russie joindra 100,000 hommes à mes troupes, si les Autrichiens font le moindre mouvement intempestif. Faites-moi connaître quelles sont là-dessus les intentions de l'empereur. Il est de son intérêt que je fasse finir promptement les affaires d'Espagne. 30,000 hommes
(i) Comte Vandal, Napoléon et Alexandre, t. III.
de plus peuvent accélérer la prise de certain port et nuire beaucoup aux Anglais. Jusqu'à présent, je n'ai retiré de l'Allemagne qu'un nombre de troupes à peu près pareil à celui que j'y envoie; mais, étant assuré que la Russie fera cause commune avec moi, si T Autriche chicane, je pourrai en retirer un plus grand nombre, ce qui serait très avantageux. La levée des troupes de la Confédération coûte beaucoup d'argent à ses princes. Parlei de cela à l'empereur : s'il fait faire sa déclaration à la cour de Vienne, et s'il fait marcher 100,000 hommes, si l'Autriche m'attaque, je renverrai les troupes des princes de la Confédération chez eux, ce qui sera un grand bienfait pour toute l'Allemagne. Il n'y a rien de nouveau sur le Portugal; jusqu'à cette heure on n'en entend rien. Votre lettre est arrivée deux jours avant celles de Constantinople que Champagny vous envoie. Vous y verrez que, le 28 juillet, Sélim a été tué, Mustapha précipité du trône et un nouveau sultan mis à sa place. Ne croyez aucune mauvaise nouvelle. L'Espagne sera soumise après les chaleurs, qui font que ce pays est un désert sans eau et insupportable pour nos troupes.