AU GENERAL CLARKE, COMTE D'HUNEBOURG
Schônbrnnn, 16 août 1809.
Je reçois vos lettres des 9 et 10. Ce que j'avais prévu est arrivé . le roi de Hollande porte son quartier général à Berg-op-Zoom, et
(1) Comte Vandal, Napoléon et Alexandre, t. f Tf.
(2) AFiv881.
34o LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON !• — 1809.
nie de Cadzand et mes provinces sont sans général. Ce qui excite mon plus vif mécontentement, c'est qne le roi prend le commandement de mes troupes, sans ordres, mais comme connétable. Il fandrait être dans une grande ignorance de nos constitutions pour croire que la dignité de connétable donne le commandement de mes armées. II y a là un anachronisme de cinq cents ans. Finissez cette ridicule comédie, et envoyez là un maréchal, puisque le général Sainte-Suzanne, qui est très capable de diriger tout cela, ne le peut pas par raison de santé. Cette mesure remédie à tout. Le roi de Hollande ne peut commander nos troupes. Le fait est qu'il n'en a pas le droit, et puis il n'en a pas l'expérience. Où l'aurait-il prise? II n'a pas commandé à la guerre même un régiment. Comment pouvez-vous croire que, en France, un homme quelconque peut prendre le commandement de mes troupes sans ordres? Que vous ayez donné de ma part le commandement au roi de Hollande, fort bien; mais le laisser prendre, cela a peine à se concevoir. Le prince de Ponte-Corvo, les maréchaux Moncey et Bessières sont très bons pour cette besogne, meilleurs que le roi de Hollande et que tous les Hollandais possibles. Le général Rampon même était préférable.
Qu'est-ce que le général Garnier, que vous envoyez pour commander une division? Est-ce celui qui était à Toulon et depuis a fait une carte? Si c'est celui-là, rappelez-le sur-le-champ ; il n'est pas capable de commander une compagnie. Le général Colaud doit être rendu à Anvers. Vous avez à Metz, à Strasbourg, dans la 12* division militaire, et partout, des généraux qui valent mieux que le général Garnier. Mon ordre positif est que ce général quitte tout commandement. N'empestez pas mes troupes de pareilles gens. En passant la revue de mes corps, je suis obligé de chasser plusieurs ofûciers de cette espèce que vous avez remis en activité.
Le roi de Hollande a d'ailleurs assez d'occupation chez lui. Qu'il lève sa garde nationale et les 30,000 hommes qu'il devrait avoir. Si quelques milliers d'Anglais débarquent au Texel ou dans l'île de Gorce, le roi marchera pour défendre Amsterdam, et vous aurez attiré sur vous une terrible responsabilité. Au fait, j'aurais plus de confiance au général Rampon qu'au roi, et, si j'avais voulu donner au roi le commandement de mes troupes, j'aurais nommé un général pour le diriger. J'espère que vous aurez reçu ma lettre du 6, que vous aurez fait partir sur-le-champ un ou plusieurs maréchaux et que vous m'aurez évité le plus grand danger que je pouvais courir, en laissant le commandement entre les mains des Hollandais.
Quant à mon escadre, c'est au ministre de la marine à donner des ordres pour ce qui la regarde. Je ne comprends rien à cette confusion.