AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D'HUNEBOURG
Schônbrnnn, 18 août 1809.
Je reçois votre lettre du 11. Voilà la plus saine partie de mes troupes sous les ordres de généraux hollandais ! On va faire déserter mes soldats pour les faire entrer dans les corps hollandais. Voilà le ministre de la guerre de Hollande qui dirige les forces de la France ! Cela est glorieux et fort avantageux pour la France. En lisant votre lettre au roi de Hollande, j'y trouve des idées erronées sur notre droit public. Où avez-vous vu que je ne vous ai pas laissé plus d'autorité pendant mon absence que lorsque je suis présent? Je vous ai laissé tous les pouvoirs que j'ai. Toutes les fois qu'une chose à
(2) Ibid.
faire passe les bornes du pouvoir ministériel, j'ai ordonné de requérir un conseil chez M. l'archichancelier, et de vous prévaloir de la décision arrêtée par le conseil comme si elle était faite par moi-même. 11 est cependant nécessaire qu'un ministre connaisse nos constitutions. Votre idée est aussi singulière que la croyance où vous êtes que le connétable commande de droit mes troupes. Ainsi donc j'ai une armée de Brabant et la France fait partie de la Hollande. 11 était tout simple de nommer le prince de Ponte-Corvo, le maréchal Moncey, de laisser même le général Rampon. Tout valait mieux que de mettre l' armée française entre les mains des Hollandais. L'idée d'envoyer le général Rousseau avec quatre mille hommes dans l'île de Walcheren est une folie, qui appartient à l'inexpérience du roi de Hollande. Il y a dans l'Ile de Walcheren plus de troupes qu'il n'en faut. Plus il y aura de monde et plus tôt Flessingue sera pris, puisque plus tôt on y manquera de vivres. Ce n'est pas avec quatre mille gardes nationales de plus qu'on chassera les Anglais de l'île de Walcheren, où ils se sont fortifiés. Le calcul est simple : quatre mille bouches de plus à Flessingue et quatre mille bras de moins dans l'île de Cadzand. Le roi de Hollande ne connaît pas les forces dont vous pouvez disposer : je vois qu'il vous demande de vieux régiments, et cependant, sans connaître cela, il agit à tort et à travers. Encore une fois le général Monnet n'a rien à craindre, puisqu'il peut couper les digues. Le roi parle de reprendre l'offensive avec de mauvaises troupes; c'est ce que désirent les Anglais. Il y a dans tout cela de la folie. A la première apparition d'une chaloupe anglaise sur ses côtes, mes troupes y seront dirigées.