‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 47 sur 493 · AU CITOYEN LUCIEN BONAPARTE · texte numérisé non relu

AU CITOYEN LUCIEN BONAPARTE

Paris, 10 frimaire an X (1 er décembre 1801).

Je ne. comprends plus rien à la conduite du cabinet de Madrid. Je vous charge spécialement de faire toutes les démarches nécessaires pour dessiller les yeux de ce cabinet, et lui faire prendre une marche régulière et convenable. Le sujet me paraît tellement important que j'ai cru devoir vous en écrire moi-même.

La plus intime union régnait entre la France et l'Espagne, lorsqu Sa Majesté Catholique jugea à propos de ratifier le traité deBadajc M. le prince de la Paix passa alors à notre ambassadeur une n> dont j'ordonne qu'on vous envoie copie. Cette note était trop pi d'injures grossières pour que je dusse y faire attention. Peu de j< après, le prince de la Paix remit à notre ambassadeur une sec note dans laquelle il déclarait que Sa Majesté Catholique allai' sa poix particulière avec l'Angleterre. J'ordonne également vous en envoie copie. Je sentis alors combien peu je pouvais sur les efforts d'une puissance dont le ministre s'exprimait peu d'égards, et montrait un tel dérèglement dans sa condui naissant pleinement la volonté du roi, je lui aurais fait directement la mauvaise conduite de son ministre, si la r Sa Majesté ne fût survenue sur ces entrefaites.

J'ai fait prévenir plusieurs fois la cour d'Espagne qi

(1) AFiv 862. — Bouliv de la Mkurthk, Documents sur la t Concordat, t. III, p. 48G.

(2) Dépôt des affaires éiranyèrcs, vol. France 1773.

d'exécuter la convention de Madrid, c'est-à-dire d'occuper le quart du territoire portugais, entraînerait la perte de la Trinité ; elle n'a tenu aucun compte de ces observations.

Dans les négociations qui ont eu lieu à Londres, la France a discuté les intérêts de l'Espagne comme les siens propres; mais enfin Sa Majesté Britannique n'a jamais voulu se désister de la Trinité, et je n'ai pas pu m'y opposer; d'autant moins que, l'Espagne menaçant la France par une note officielle d'une négociation particulière, nous ne pouvions plus compter sur son secours pour la continuation de la guerre.

Le congrès d'Amiens est réuni, et la paix définitive sera promptement signée. Cependant Sa Majesté Catholique n'a point encore fait publier les préliminaires, ni fait connaître de quelle manière elle voulait traiter avec l'Angleterre. Il serait cependant bien essentiel, pour sa considération en Europe et pour les intérêts de sa couronne, qu'elle prenne promptement un parti, sans quoi la paix définitive sera signée sans sa participation.

On m'a dit que l'on voulait à Madrid revenir sur la cession de la Louisiane. La France n'a manqué à aucun traité fait avec elle, et elle ne souffrira pas qu'aucune puissance lui manque à ce point. Le roi de Toscane est sur son trône et en possession de ses États, et Sa Majesté Catholique connaît trop la foi qu'elle doit à ses engagements pour refuser plus longtemps de nous mettre en possession de la Louisiane.

Je désire que vous fassiez connaître à Leurs Majestés mon extrême mécontentement de In conduite injuste et inconséquente du princfe de la Paix. Dans ces six derniers mois, ce ministre n'a épargné ni notes insultantes, ni démarches hasardées; tout ce qu'il a pu faire contre la France, il l'a fait. Si l'on continue dans ce système, dites hardiment à la reine et au prince de la Paix que cela finira par un coup de tonnerre.

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