AU CITOYEN TALLEYHAND
Paris, 16 ventAse an X (7 mars 1802)
Je vous prie de mander chez vous à l'instant même l'ambassadeur d'Espagne et de lui remettre la note suivante :
(1) Dépôt des affaires étrangères, vol. France 1773.
a L'amiral Bruix vient d'instruire le gouvernement qu'il n'est bloqué dans le port de Brest que par vingt-un vaisseaux anglais; qu'il a dix-sept vaisseaux français dans le meilleur état et parfaite ment armés; que M. Gravina en a quinze espagnols prêts à lever l'ancre ; que le Premier Consul trouve humiliant et honteux pour les deux nations que leurs flottes soient bloquées par des forces aussi inférieures; qu'il donne Tordre par le télégraphe à l'amiral Bruix de sortir sur-le-champ du port pour donner la chasse aux vingt-un vaisseaux anglais; que l'intention de Sa Majesté Catholique, en tenant à Brest quinze vaisseaux, n'a pas été de les rendre inutiles à l'avantage et à la gloire des deux puissances ; que le Premier Consul désire que l'ordre soit donné par le télégraphe au général Gravina de seconder la flotte française dans cette sortie. »
Vous lui ferez sentir que, dans la position actuelle politique et militaire de l'Europe, la sortie de ces deux flottes, n'eût-elle pour objet que de donner la chasse pendant vingt-quatre heures à l'escadre anglaise, aurait pour les deux nations un résultat extrêmement avantageux.