‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 476 sur 493 · A M. DE CHAMPAf.VY, DUC DE CADORE · texte numérisé non relu

A M. DE CHAMPAf.VY, DUC DE CADORE

Novembre 1809.

Je désire que vous renvoyiez au sieur La Rochefoucauld son courrier. Vous ferez connaître à ce ministre que je ne réponds pas à la lettre du roi, parce qne j'attends une réponse à une longue lettre que je lui ai écrite il y a peu de jours, où j'abordais toutes les questions. Vous trouverez ci-joint une copie de la lettre du roi, que vous enverrez au sieur La Rochefoucauld, avec Tordre précis de ne témoigner en rien qu'il ait connaissance de cette lettre. Vous chargerez le sieur La Rochefoucauld de voir le roi et de lui faire comprendre que la Hollande ne peut plus exister dans la situation ° où elle se trouve, puisqu'elle n'a ni vaisseaux de guerre, ni flottille, qu'elle n'a que quelques mauvais régiments, qu'elle n'a et ne peut avoir aucun système de finances ; que la Hollande est le débouché de la Meuse, de l'Escaut et du Rhin, c'est-à-dire des grandes artères de l'Empire; que la paix avec l'Angleterre n'est pas prochaine; qu'on ne peut forcer l'Angleterre à la paix que par un blocus rigoureux ; qu'il faut que la police soit faite sur les côtes de Hollande, comme elle se fait sur les côtes de Normandie; que, lorsqu'il fut question de mettre le roi sur le trône, j'avais espéré que la paix se ferait promptement, et que la Hollande recouvrerait ses colonies et son existence, que son état de guerre, de marine, l'état de ses finances, au lieu d'être anéantis, seraient augmentés et triplés, mais que ces espérances ont été déjouées; que d'ailleurs j'étais engage vis-à-vis de la Prusse, alors l'une des premières puissances de l'Europe, à conserver l'indépendance de la Hollande, et que, si je n'avais donné un roi à cet État, il fallait faire la guerre avec la Prusse; qu'aujourd'hui la Prusse n'existe plus, et que je suis dégagé de tous ces liens ; que le bien de la France, comme celui de la Hollande, fait une nécessité de la réunion de cette dernière à la France; que la Hollande est le complément de l'Empire; qu'elle est le débouché de mes rivières; que sa marine, ses ports, son commerce, ses finances ne peuvent prospérer que mêlée (sic) avec la France; que sans doute alors elle sera plus éloignée de l'Angle-

(1) AFu 882. — Publiée par M. Rocquaim, Napoléon et le roi Louis. — D'après une noie portée sur la minute, cette lettre n'a pas dû être envoyée.

LETTRES I\ÉD!TES DE XAPOLtiOX K — 1*09. 3T5

terre, mais que la France, l'Italie, l'Allemagne lui seront ouvertes, et qu'elle aura une indemnité convenable; que, si le roi abdique, mon intention, dans aucun cas, n'est pas de le remplacer par le prince royal; qu'après la tournure qu'ont prise les affaires du continent, il est de toute impossibilité que la Hollande conserve son indépendance de la manière que le roi le désire. Vous prescrirez au sieur La Rochefoucauld de tenir ces indications secrètes; il les fera connaître au roi seul, et il ajoutera que le roi ne peut espérer aucun bonheur dans sa position ; qu'il doit attendre haine de la France, dont il contrarie les projets, et haine de son peuple, qui, placé entre la France et l'Angleterre, sera le plus malheureux peuple de la terre; que la dernière expédition a prouvé l'impossibilité que la Hollande conserve son indépendance : d'abord les lies de U'alchercn et de Sud et Xord-Beveland ne peuvent lui rester, et je ne puis désormais me fier à personne pour la défense de l'Escaut; qu'il faut que Breda, Berg-op-Zoom, les lies de Walcheren et de Beveland soient réunies à la France, pour que l'Escaut soit tout entier à moi; que le roi personnellement peut trouver, dans les douceurs de la vie privée assez accommodée à ses goûts, ou dans une souveraineté sous un climat plus favorable à sa santé, une indemnité suffisante; et que le pays, éclairé, se trouvera heureux de ce nouvel état de choses. Le sieur La Rochefoucauld parlera de ces trois fait qu'il avouera : 1° de l'impossibilité de rendre les îles de l'Escaut; 2° de la volonté où je suis d'établir un cordon entre la Hollande, la France et l'Allemagne, pour isoler la Hollande et empêcher la contrebande sur le continent, situation qui achèvera le malheur de ce pays ; 3* de la volonté où je suis d'exiger un contingent en troupes de terre et de mer proportionné à l'état de guerre actuel.

La Hollande, ne pouvant satisfaire à ces trois points, ne peut plus exister. Le trône du roi a été détruit par l'expédition anglaise, qui a démontré la nullité de ses moyens et la nécessité de sa réunion à la France. Vous recommanderez au sieur La Rochefoucauld de ne rien écrire et de ne parler de tout cela a personne qu'au roi. Il doit même en causer avec ce prince, comme étant instruit des circonstances des deux pays. Vous lui demanderez son opinion sur l'effet que ce changement fera sur le peuple et sur le roi. Enfin vous lui ferez bien connaître que je ne tiens pas à un mois plus tôt ou plus tard, mais que mon intention irrévocable est de réunir la Hollande à la France. Vous lui manderez que tout ce que vous lui communiquez peut être susceptible d'être modifié, mais qu'il doit regarder

l'objet de cette dépêche comme un projet fixe et un secret d'Etat. Vous chiffrerez la partie de votre lettre où vous lui exprimerez cette volonté, et vous l'autoriserez à diriger les choses dans ce sens, sans cependant en rien laisser pénétrer.

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