DU 4 PRAIRIAL AN X
C'est une chose convenable à la dignité du gouvernement de ' France et utile à la discipline de l'Église que d'accorder un bref sécularisation au citoyen Talleyrand.
Ce ministre a rendu des services à l'Église et à l'État. Il a pu quement et irrévocablement renoncé aux fonctions et aux digr de la cléricature. Il désire que cette renonciation soit consacré un aveu formel du chef de la religion; il mérite d'obtenu faveur spéciale.
Sous le rapport de la politique, lorsque la France redev: nation catholique, il ne convient pas qu'un ministre qui a : principale dans la confiance du gouvernement soit un obje' titude et de controverse relativement à son ancien état.
Sous le rapport des efforts qu'il a faits pour rallier l' T gouvernement, il faut qu'il puisse recueillir, par l'expr
(1) AFiv 863. — Publiée eo partie par le P. Thkinkr, H concordats, t. I, p. 444.
de la gratitude de tous les amis de la religion, le prix du zèle qu'il a montré pour son rétablissement.
D'aussi grandes considérations atteindront aussitôt la bienveillance et la justice du Saint-Père.
On ne parlera pas des formes requises pour un tel acte ; Sa Sainteté choisira la plus convenable et la plus complète. Quant aux exemples du passé, le Saint-Père en trouvera de fréquents dans l'histoire.
Au dix-septième siècle, sous Innocent X, Camille PanGli, cardinal et neveu du Souverain Pontife, fut sécularisé et mourut laïque.
Au quinzième siècle, César Borgia, archevêque de Valence, devint duc de Valentinois, épousa une princesse de la maison d'Albret, et mourut laïque.
Ferdinand de Gonzague, d'abord ecclésiastique et ensuite duc de Mantoue, Maurice de Savoie qui se maria en 1642, après avoir été ordonné, les deux cardinaux de Bourbon, oncle et neveu, l'un et l'autre archevêques de Lyon, après avoir abdiqué, du consentement du Saint-Siège, les dignités ecclésiastiques, moururent laïques.
Deux Casimir, rois de Pologne, l'un par succession au onzième siècle, l'autre par élection au dix-septième, furent affranchis, non seulement des liens de l'état clérical, mais encore des serments monastiques; le premier avait été Bénédictin, le second Jésuite, et celui-ci, outre le laïcat, obtint des licences pour épouser sa bellesœur.
Henri de Portugal, archevêque de Lisbonne et successeur à la couronne de Sébastien en 1588, mourut roi et laïque.
François de Lorraine, cessionnaire des États de son frère Charles IV en 1634, et ensuite père de Léopold, passa de l'état de sacerdoce au laïcat, et resta fidèle à l'Eglise.
Tous ces exemples sont pris des temps où le Saint-Siège jouissait de la plénitude de son autorité. L'usage que les prédécesseurs du pape Pie VU en firent alors, leur fut indiqué par des motifs d'utilité pour le bien de l'Église. Ces motifs existent aujourd'hui, et on doute qu'à aucune de ces époques, la même demande ait été fondée sur d'aussi fortes considérations.
38 LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON f. — AN X|.