‹ Lettres inédites de Napoléon IerChapitre 88 sur 493 · AU PRINCE JOSEPH NAPOLEON · texte numérisé non relu

AU PRINCE JOSEPH NAPOLEON

Schônbrnnn, 24 brumaire an XIV (15 novembre 1805).

Vous avez vu par le bulletin tout ce que j'ai trouvé à Vienne. Je manœuvre aujourd'hui contre l'armée russe, et, dans celte circonstance, j'ai été peu content de Bernadotte; peut-être sa santé en est-elle la cause. Son entrée à Munich et à Salzbourg, et la gloire que je lui ai donnée par ces belles missions, sans qu'il ait tiré un coup de canon, ni fait aucune des corvées de l'armée, ne me mettaient pas dans le cas de m'attendre qu'il manquerait d'activité et de zèle. Il m'a fait perdre un jour, et d'un jour dépend le destin du monde; pas un homme ne m'aurait échappé. J'espère qu'il réparera cela demain, en activant sa marche. Je désire beaucoup voir Junot ; car je me convaincs tous les jours davantage que les hommes que j'ai formés sont, sans comparaison, les meilleurs. Je continue à être fort content de Murât, de Lannes, de Davout, de Soult, de Ney et de Marmont. Quant à Angereau, je n'entends pas parler de sa marche. Masséna s'est conduit très médiocrement; il s'est fait battre à Caldiero par de fausses dispositions. L'armée du prince Charles vient sur moi, et, en ce moment, le pays vénitien doit être évacué. Il ne serait pas mal que, par des amis communs, vous lui fissiez entendre que je suis médiocrement content, non de sa valeur, mais du talent qu'il a montré. Cela aura l'avantage d'exciter son zèle, et peut-être aussi d'empêcher les désordres qui commencent dans cette armée. Je sais qu'on a imposé une contribution de quatre cent mille francs à Vérone autrichienne (2). Mon intention est de

(1) Mémoires du roi Joseph, t. I, p. 32Î.

(2) Cette ville appartenait alors par moitié aux Autrichiens et aux Français.

rendre si riches les généraux et officiers qui m'ont bien servi, que je n'entends pas qu'ils déshonorent par la cupidité le plus noble métier, en s'attirant la déconsidération du soldat.

Le général Dejean a mis pour l'armement de la citadelle d'Ancône une emphase vraiment ridicule ; les raisons qu'il donne sont des pauvretés. Appuyez le connétable. Toutes les raisons que Dejean peut donner ne signifient rien. C'est l'usage des officiers du génie de faire de l'esprit; mais je veux qu'on arme, et cela suffit.

L'empereur d'Allemagne m'écrit les plus belles lettres du monde; mais il m'a laissé occuper sa capitale, et il n'a pas encore secoué l'influence des Russes. 11 doit être à présent avec l'empereur Alexandre; mais, un jour ou l'autre, il faudra bien qu'il se décide.

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