‹ Lettres inédites de RéaumurChapitre 8 sur 8 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A Paris, ce 21 novembre 1756.

J'ai, Monsieur, été passer à mon ordinaire mes vacances à plus de cent lieues d'ici, en Poitou et j'en suis de retour ici, aussi à mon ordinaire, la veille de la Toussaint, en très bonne santé. Depuis mon arrivée j'ai fait diverses courses aux environs de Paris pour m'accoutumer par degré à l'air que j'y respirerai pendant tout l'hiver et à la vie plus sédentaire que j'y mènerai. Je continue volontiers une façon de vivre qui me réussit depuis bien des années, mais il en est arrivé celle-ci que j'ai reçu très tard votre lettre du 25 septembre et que depuis que je l'ai reçue, j'ai tardé encore à vous en faire mes remerciements. Il est vrai qu'il y a eu une fatalité singulière dans les deux envois que je vous ai faits de deux différents volumes de l'Académie et dans celui qui vous avait été fait, par M. Morand, d'un autre volume. Mon empressement pour vous faire parvenir le dernier qui a paru au jour, est cause probablement de ce que vous le recevrez si tard. La distribution de ces volumes se fit à notre assemblée de l'Académie du samedi 29 mars. Je partis le lendemain pour aller passer le mois de juin dans ma terre du Maine, mais avant mon

départ le paquet du vôtre fat fait et mis à l'adresse de M. Scœphlin. Je le laissai à mon portier avec ordre de le porter à M. Janel qui était absent de Paris le jour où il fut porté chez lui. Je l'ai vu pendant les jours que j'ai passés à Paris; il m'a promis de faire faire une recherche à la poste qui fera retrouver le paquet qu'il n'avait pas peut-être contresigné. Il ne cloute point qu'il ne se retrouve, et sûrement il ne sera pas perdu pour vous, peut-être est-il déjà parti pour Strasbourg, c'est ce que je saurai dès que M. Janel sera revenu de Versailles où sa charge l'oblige d'aller passer tous les dimanches.

J'ai lu, avec le plaisir que je m'étais promis, votre ouvrage sur le sang et ses mouvements-, qui est plein de recherches extrêmement intéressantes.

Ce n'a pas été sans frémir que j'ai lu le risque que vous aviez couru lorsque vous herborisiez le 22 juillet, et cherchiez des matières minérales sur une partie d'une montagne qui s'éboula le 23 dans une étendue d'un quart de lieue. Les haines les plus redoutables n'exposent pas les guerriers à de plus grands dangers que calui auquel vous avez été exposé'.

La suite, Monsieur, de vos observations sur les développements et les accroissements des parties du poulet, vont répandre un grand jour sur la formation des êtres animés. Vous avez vu beaucoup et bien des choses qu'on n'eût osé espérer de parvenir à voir. Les énigmes qui vous embarrassent actuellement cesseront d'en être, dès que vous vous obstinerez aies deviner.

On a peine à s'accoutumer à regarder comme insensibles des parties auxquelles on avait toujours cru un grand degré de sensibilité, mais le temps et des expériences répétées amèneront au vrai ceux qui étaient le moins disposés à voir ce que vous leur avez mis sous les yeux.

Je ne cesse d'être émerveillé de la quantité de très bons ouvrages que vous avez mis au jour, et que vous vous préparez à y faire paraître, aussi ai-je l'honneur d'être avec la plus grande estime et un très parfait attachement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Réaumur.

A Paris, ce 4 février 1757.

Effectivement, Monsieur, dans le temps où l'on croirait aux sorts, on eût pu croire qu'il y en avait un de jeté sur les Mémoires de l'Académie pour empêcher ceux qui auraient été nouvellement mis au jour de vous arriver. Il n'eut pas paru naturel qu'il y en eût eu trois à quatre volumes de suite qui eussent éprouvé des aventures qui les eussent si longtemps retenus ou fait perdre en route. Mais j'ai pensé avoir trouvé le secret de lever ce sort pour le dernier volume en le partageant en deux et le mettant à la poste à deux fois ; comme j'ai eu nouvelle de son arrivée à Strasbourg, je ne doute pas que vous ne

l'ayez reçu et même lu actuellement. Le secrétaire de M. Schœphlin qui pendant la maladie de ce cher professeur m'a donné avis qu'il lui avait été remis, n'ayant marqué qu'il en chargerait la première voiture publique qui partirait pour Berne. Enfin depuis quelques jours l'exemplaire du môme ouvrage que j'avais fait porter à M. Janel, les derniers jours de mai, a été retrouvé à la poste après y avoir été cherché inutilement pendant plus de deux mois et m'a été rendu.

Les nouvelles couvées d'ceufs que vous vous proposez de faire faire au commencement del'été, m'assurent que tout ce qui peut avoir échappé au célèbre Malpighi ou a été mal vu par ce grand homme, nous le devrons à vos nouvelles et attentives observations.

Vous m'avez fait plaisir de m'apprendre qu'on imprime en Italie un nouveau recueil d'expériences sur l'irritabilité ; ce n'est pas que les vôtres me paraissent rien laisser à désirer, mais pour faire recevoir des vérités nouvelles il est bon que des voix s'élèvent de toutes parts pour les établir.

Je n'avais pas imaginé que M. Bousquet dût faire un usage aussi flatteur pour moi de mon portrait qu'il a fait graver, que celui de le mettre à la tète d'un de vos ouvrages. Il ne pouvait le placer plus à mon goût, s'il ne manque pas de se servir de cette occasion pour apprendre au public qu'il y a été déterminé parce qu'il sait qu'il n'y a personne qui soit pénétré pour vous de sentiments d'une plus grande estime, qui vous soit plus tendrement et plus complètement attaché ; j'y ajouterai que tant que je

vivrai, je me ferai gloire d'être, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Réaumur.

Lettre adressée sans doute au contrôleur général des finances qui, depuis juillet 1754, était Moreau de Séchelles.

Monseigneur,

Il m'est bien agréable de penser que j'obéis à vos ordres en vous indiquant des moyens de changer le sort de MUos du Moutier. L'intérêt que vous leur avez donné lieu d'espérer dans les sous-fermes, opérera sans doute ce changement, mais ce ne peut être que dans deux ans, et deux ans sont bien longs à passer quand on est dans la situation où elles se trouvent. On m'a fait entendre, Monseigneur, qu'il ne tiendrait qu'à vous de les rendre plus courts. On m'a assuré que la ferme de la Bretagne allait être adjugée incessamment, et que cette ferme est précisément pour deux années. M. Darras, caissier de M. de Gagni, d'une probité reconnue, très intelligent, très actif et homme d'un grand ordre et dont il sera aisé de vous faire rendre ces témoignages par les personnes qui méritent le plus votre confiance, offre à ces demoiselles son nom, son travail et les fonds nécessaires, si vous voulez bien accorder dans cette ferme un des

sols dont vous pouvez disposer. Ce sol accordé

mettrait dès à présent votre bon cœur à l'aise par rapport à des demoiselles dignes des sentiments que vous avez pour elles. Je ne vous parle point actuellement de M. Ravenot, j'ai envoyé chez lui, il est à la campagne ; peut-être serait-il effrayé de la régie de cette ferme qui a ses difficultés, et j'ai lieu de douter qu'il voulut chercher les fonds qu'elle demanderait. J'ai eu grand regret de ce que mon éloignementne m'a pas permis de me trouver à Montigny dans le temps où j'aurais pu vous y faire ma cour et de ce que, lorsque j'y irai en quelques jours, il n'y aura pas à espérer que vous y veniez ; je me serais trouvé heureux de profiter des moments de liberté que donne la campagne pour vous assurer de vive voix de mon très parfait dévouementet du profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Réaumur.

Lettre adressée par l'abbé Nicolas-Charles-Joseph Trublet, plus tard membre de l'Académie française, à Madame de Verteillac.

Olographe sur papier. Bibl. de la Rochelle. Fonds Bouyer.

Paris, le 26 juillet 1749.

J'ai eu l'honneur, Madame, de vous écrire mercredi 23, il faut commencer par vous dire des nou-

velles de la tragédie de Madame du Boccage que je vis représenter le lendemain. Le parterre fut très galant, et ne donna aucune de ces marques d'improbation qui sont quelquefois si humiliantes pour les auteurs. Cependant on peut regarder la pièce comme tombée, et on ne croit pas qu'elle ait plus de cinq ou six représentations, encore ne les aura-t-elle que parce que tout le monde sera curieux de voir l'ouvrage d'une dame. S'il était d'un Monsieur, ou que le parterre eût été composé de femmes, il serait mort subitement. Son principal défaut, et le plus grand que puisse avoir une pièce de théâtre, c'est d'être froid; il n'y a de chaleur que dans le 4e acte. Ce n'est aussi que dans cet acte, qu'il y en a dans les acteurs, ou plutôt dans la seule Mc"e Dumenil qui a joué divinement, et tout le reste pitoyablement, même MUc Gaussin. On dit que ce mauvais jeu vient principalement de M110 Clairon, qui n'étant pas contente de son rôle, a fait au milieu de ses camarades mille plaisanteries sur la pièce qui les ont absolument déconcertées. Au reste il n'y a rien d'absolument mauvais ni de ridicule dans cette tragédie. L'avoir faite ne fait point de tort à Mme du Boccage, l'avoir donnée, c'est le tort de ses entours. Vous croyez bien que l'auteur, n'étant pas présent, ignore comme les choses se sont passées, et qu'on ne lui en a dit que de flatteuses, mais le petit nombre des représentations la détrompera. Peut-être néanmoins l'attribuera-t-elle plutôt au chaud de la saison qu'au froid de la pièce.

C'est le prince Constantin de Rohan, dit-on, qui sera de l'Académie, et l'on ajoute que c'est l'abbé

d'Olivet qui l'a invité à la demander pour écarter l'évêque de Troyes.

D'autres prétendent que Mme de Pompadour l'engagera à se désister en faveur de l'abbé Le Blanc, et quelqu'un qui doit le savoir, m'a dit que l'abbé se croyait sûr de près des deux tiers des voix. Je crois pourtant que je suivrai ma pointe, et que je me présenterai en présentant son livre. Comme je ne ferai cette démarche que dans quelques jours, je tournerai mon compliment selon ce que j'aurai appris de l'état' actuel des choses. Mm0 la marquise de Gréqui ayant bien voulu écrire en ma faveur à l'abbé Alari qui est à son prieuré, en a reçu une réponse très obligeante pour moi; mais il ajoute que ne devant revenir à Paris qu'en septembre, il ne sera point du nombre des électeurs. (1)

On a arrêté diverses personnes et jusqu'à des écoliers du collège d'Harcourt, et un professeur de philosophie du collège du Plessis, accusés d'avoir distribué des copies de quelques-uns des vers faits contre le Roy .

Ce professeur s'appelle Sigorgne, il est très estimé et il fait quelques livres sur et pour le système de Newton. On a aussi arrêté Diderot et conduit à Vincennes. On lui attribue les Pe?isées philosophiques qui parurent il y a quelques années, les Bijoux et en dernier lieu La Lettre sur les Aveuglés. C'est cette dernière goutte d'eau qui a fait répandre le vase, et cela, dit- on, sur les plaintes portées par M. de

(1) L'abbé Trubet n'entra qu'en 1761 à l'Académie française où il succéda au maréchal de Belle-Isle.

Réaiïmur.- Vous savez qu'il n'y est pas: bien traité dans les premières pages. L'homme a fait venger Dieu. Enfin on a arrêté Fauteur des Sonnettes. Je crois vous avoir parlé de ces mauvais petits romans.

Il paraît deux consultations signées d'un grand nombre d'avocats au sujet du refus des sacrements fait à M. Coffîn et à quelques autres personnes dans le diocèse de Paris et même dans celui de Lyon.

Voilà mon sac vidé, et vous n'aurez plus que dé nouvelles assurances de mon tendre respect pour vous, et pour les seigneurs et dames du château.

Trublet. -

La dernière pièce que nous publierons clans cette première série de documents relatifs à Réaumur, est le procès-verbal d'apposition des scellés sur les meubles qui garnissaient les châteaux de Réaumur et de l'Angle, et les domaines qui en dépendaient.

Nous avons fait de nombreuses coupures dans le texte de ce document ; nous n'avons pas cru devoir conserver dans leur entier, les accumulations de formules du procureur, mais seulement celles qui sont nécessaires à l'intelligence du document ; nous avons également retranché la description des cheptels et des produits agricoles.

Nous avons pensé en effet que l'intérêt résidait surtout dans la description des appartements où vivait Réaumur et des meubles dont il se servait.

Ce document ainsi que tous les précédents appartient à la Bibliothèque de la ville de la Rochelle et lui provient du legs de M. Adolphe Bouyer.

« Aujourd'hui vingt-sept octobre mil sept cent cinquante-sept, à onze heures du matin, en notre hostel à la Chateigneraye, par devant nous, Jean-François- Jozef Moreau, écuier, seigneur de la Grange, conseiller du Roy, bailly et lieutenant général civil et criminel, commissaire enquesteur et examinateur au baillage et siège royal de Vouvant, séant à la Chateigneraye, ayant avec nous Me François Mornay, notre commisgreffier ordinaire, a comparu le procureur du Roy du siège, par M. Jozef-Emery Moreau, lequel nous a dit qu'il vient d'estre informé du déceds de René- Anthoine Ferchaud de Réaumur, de l'Académie Royalle clés sciences, intendant de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, arrivé le dix-sept du mois dans sa terre de la Bermondière au pays du Maine, que ledit feu seigneur de Réaumur a laissé plusieurs héritiers tant paternels que maternels, la plus part éloignés et absents de cette province, qu'icelluy, dit feu seigneur de Réaumur a plusieurs effets, soit meubles, bestiaux ou autrement dans sa. terre de Réaumur (1), où il avoit coutume de venir passer quelque temps chaque année, et que pour la conservation desdits meubles et effets, et affm que rien n'en soit diverty. il est du devoir de sa charge de prendre les précautions nécessaires, en pareil cas ; et

(]) Réaumur. commune, arrondissement de Fontenay-le- Gomte, canton de Pouzauges (Vendée).

à cet effet il a requis notre transport avecq notre dit commis-greffier au dit Réaumur, pour, en sa présence, appozer les scellés sur les meubles et effets délaissés par ledit feu seigneur de Réaumur, et susceptibles d'iceux, et faire description de ceux non y sujets, dont il a requis acte et a signé : Moreau, Procureur du Roy.

Sur quoy nous avons donné acte audit procureur du Roy de sa remontrance et, ayant égard, sommes à l'instant monté à cheval et parti dudit lieu de la Châteigneraye avecq notre dit commis-greffier et en présence dudit procureur du Roy, et nous sommes transportés au bourg de Réaumur, où nous sommes arrivés sur les deux heures de relevé et avons mis pied à terre, à l'auberge où pend pour enseigne le Lion d'Or, chez la veuve André ; après avoir pris notre repas, est arrivé dans ladite auberge, Monsieur maître Jean-Baptiste-Nicollas Savary, conseiller du Roy, lieutenant en la maîtrise particulière des eaux et forêts de Fontenay-le-Comte et y demeurant, au nom et comme chargé de procuration de la dame Daras de Nantia (1), héritière dudit feu seigneur de Réaumur, suivant sa lettre du 22 du présent mois, controllée au bureau dudit lieu de la Châteigneraye, ce jourd'huy, laquelle il vous a représenté, lequel dit sieur Savary, au nom, a dit qu'il requiert que nous ayons à nous transporter tout présentement au château dudit lieu de Ptéaumur, pour en sa présence et celle dudit procureur du Roy, apposer les scellés

(1) Elle est désignée dans le cours de la pièce par le nom de t^arae Darras, veuve de Nantia.

sur les meubles et effets délaissés par ledit feu seigneur de Réaumur, susceptibles d'iceux et faire description exacte et régulière de ceux non sujets, mesme de nous transporter dans tous les endroits où ledit feu seigneur de Réaumur a laissé quelques effets, le tout pour la conservation des droits et intérêts de ladite dame de Nantia, sans être vu toutefois par luy, audit nom, rien approuver qui puisse nuire ni préjudiciel1 à la dame en façon quelconque et sous touttes les protestations de droit à faire en pareil cas, se réservant de conclure et requérir pour ladite dame dans le cours de ladite apposition et ailleurs et partout où besoin sera, tout ce qui sera utile et nécessaire de tout quoy il a requis acte et a signé : Savary.

Sur quoy nous avons audit sieur Savary, au dit nom , donné acte de sa comparution personnelle, dire, réquisition, protestation et réserves cy-dessus, et en y clefférant, sans préjudice touttefois de tous et chacuns les droits de qui il appartiendra, nous nous sommes à l'instant transportés, avecq notre dit commis-greffier, en la présence dudit procureur du Roy et dudit sieur Savary, au château dudit lieu de Réaumur, appartenant audit seigneur de Réaumur; et estant entrés dans un salon, est comparue dame Marie-Catherine Faucher (1), demeurant audit château de Réaumur, habile à se dire et porter héritière dudit feu seigneur de Réaumur, laquelle après que nous lui avons lu et déclaré le motif de notre transport, a

(1) Désignée ailleurs sous le nom de dame veuve Perreau.

dit quelle ne s*oppoze point à ce que nous fassions ladite apposition de scellés... sous les protestations de droit. . . et a signé.

Sur quoy nous avons donné acte à ladite dame Faucher de sa comparution... avons proceddé à ladite apposition de scellés et descriptions, ainsi qu'il suit, à l'effet de quoi nous nous sommes fait représenter par le sieur Germon, régisseur de ladite terre de Réaumur, les meubles et effets dépendant de ladite succession, ainsi qu'il suit :

Premièrement, dans ledit salon, il s'est trouvé, une tenture de tapisserie de toile imprimée à grand ramage, composée de sept pièces tant grandes que petites.

Plus une table de jeu de bois de noyer garnie d'un tapis vert, demy uzé.

Plus un petit buffet de bois de chesne fermant à deux battans dont un avecq deux serrures et une clef.

Plus une autre petite table carrée, de bois de chesne.

Plus quatorze chezes de bois de fresne foncées de jon et quatre fauteuil de mesme bois foncés de jon.

Plus un petit mirouer dont la glace peut avoir de hauteur environ seize poulces sur un pied de largeur.

Plus deux petits chenetz de fer avec une pelle et une pincette de fer, quy est tout ce qui s'est trouvé dans ledit salon.

De là sommes passés dans une chambre sur la main droitte où se tenait ledit feu seigneur de Réaumur, où il s'est trouvé :

Premièrement, une tapisserie de toille, appellée

communément damas de Caux, composée de cinq morceaux tant grands que petits.

Plus un lit à la duchesse garni de mesme étoffe que la tapisserie, compozé de deux mattelas, un lit de plume, un traversin, une mauvais catalane de laine blanche, paillasse, courte-pointe, comme la garniture, et le chaslit de chesne.

Plus un petit lit de repos de bois de noyer, compozé d'un petit sommier, deux petits mattelas, deux mauvaises couvertures de laine blanche et une petite mauvaise courte-pointe et un petit traversin de velours de gueux.

Plus un petit cabinet fort bas et fort ancien, ayant un tiroir sans serrure ; lequel cabinet fermé à clef qu'on nous a dit estre à Paris, et sur lequel nous avons appozé un scellé sur un quarré de papier timbré, en la forme et manière qui suit :

« Scellé appozé par nous Jean-François-Jozef Moreau, écuyer, seigneur de la Grange, conseiller du Roy, bailly et lieutenant général civil et criminel, commissaire enquesteur et examinateur au baillage et siège royal de Vouvant, séant à la Châteigneraye, à la requeste du procureur du Roy et de la dame de Nantia Daras, ce jourd"huy 27 octobre 1757. »

Plus onze chezes et deux fauteuils de bois de chesne foncés de jon.

Plus un autre petit mauvais fauteuil dontledossier et coessin sont très mauvais.

Plus deux petits chenets garnis en cuivre dont la garniture est très mauvaise.

Une pelle, une pincette et une petite fourchette de fer.

Plus un crucifix en velours uzé, ayant un cadre doré assez ancien et un petit mirouer de balle, qui est tout ce qui s'est trouvé dans ladite chambre.

De là sommes passés dans un petit cabinet à côté où il s'est trouvé :

Premièrement une tenture de tapisserie de mesme qualité que celle du salon, mais de différents desseins et couleur.

Plus une petite couchette de bois de chesne, compozée de paillasse, mattelas, lit de plume, traversin, et de trois couvertures de laine blanche.

Plus cinq petits tableaux, dont quatre à cadre doré, dont un représente une sainte Madeleine, un autre une sainte Germaine, peint sur cuivre; les trois autres, papier brodé en soye, représentant l'un, un buste de la sainte Vierge, l'autre un pot de fleurs, et le troisième un chiffre.

Plus une petite mauvaise tablette, deux chezes foncées de jon et deux fauteuils foncés de mesme avecq chacun un mauvais coussin.

Plus une table pliante par le milieu à tenir douze couverts.

Plus cinq petits chandeliers de fer.

Qui est tout ce qui s*est trouvé dans ledit cabinet.

Et attendu qu'il est six heures du soir, etc.

Et advenant ce jourd'huy 28 octobre 1757, à dix heures du matin,... avons proceddé à la continuation d'apposition de scellés et description ainsy qu'il suit :

Sommes entrés dans la salle dans laquelle il s'est trouvée une tenture de tapisserie de toille imprimée à grand ramage, au nombre de six pièces uzées.

Plus une grande table de buffet de bois de chesne.

à pieds tournés, une autre table auvalle aussi à pieds tournés, une grande table pliante à charnières de fer, avecq le pied aussi à charnières.

Plus vingt-deux chezes foncées de jon et deux grands chenets de fer.

Plus une armoire à deux battans de différents bois.

Et ouverture faite, etc. (description du linge).

Plus une armoire de bois de chesne à an battan.. .

De là sommes passé par le vestibule et ensuite entrés dans la boulangerie dans laquelle s'est trouvée une grande huche d'un tron d'arbre. . .

Plus une grande cage pour mettre de la volaille.

Plus un autre coffre fort uzé fermant à clef; et, ouverture faitte d'icelluy, il ne s'y est trouvé que quelques linges que la ditte demoiselle Foucher nous a déclaré appartenir aux pauvres de la paroisse dont elle est dépositaire.

De là sommes entrés dans un petit office sous le degré de la maison danslequel il s'est trouvé soixantedeux bouteilles de verre vides, un petit moulin à caffé...

De là sommes descendus dans la cave dans laquelle il ne s'est rien trouvé.

De là sommes allés dans la cuisine, etc. etc.

De là sommes montés au donjon où il y a une petite chambre meublée. . . (mise sous les scellés).

De là sommes allés au célier où il s'est trouvé dixsept barriques de vin nouvellement enfuttées, plus deux grands martaux ou baillots ; plus une paire de basse et une petite baillotte.

Dans cet endroit, ladite damoiselle Faucher a dit

et déclaré qu'elle a, par devers elle, deux barriques de vin nouveau, du cru, qu elle a retenu pour sa provision, comme elle avait coutume de faire, du consentement dudit feu seigneur de Réaumur qui luy donnait, chaque année, une petite provision pour sa subsistance, laquelle déclaration elle fait, afin que rien ne luy soit imputé aux offres qu'elle fait d'en tenir compte à la succession. . .

Nous a aussi déclaré qu'il y a chez le sieur prieur curé dudit lieu, un lit de plume, deuxmatelats, deux traversins, une couverture de laine blanche, qui étoient dans cette maison, et qui ont été emportés par le sieur Bodin pour le sieur Lambin, prieur dudit lieu, et dont le sieur Bodin a donné sa reconnaissance qu'elle représentera. »

Suit l'inventaire clés bestiaux donnés à cheptel, dans les métairies appartenant à Réaumur et dont la « souche » appartenait au de cujus , c'est-à-dire dans les métairies des Ouzinières (1) , paroisse de Réaumur ; la borderie de l'Airaudière (2), paroisse de Saint-Pierre-du-Chemin ; l'Epronnière de Maurepas (3) ; la haute et basse Bergerie (4J, paroisse de Réaumur; la métairie de Monic (5), paroisse de Saint-Germain-l'Eguillier.

Les scellés sont aussi apposés dans un château que Réaumur possédait au bourg d'Angle (6).

(4) Les Ouzinières, paroisse de Réaumur.

(2) L'Airaudière, paroisse de Saint-Pierre-du-Chemin.

(3) L'Epronnière de Maurepas, paroisse de Réaumur.

(4) La Haute et Basse Bergerie, paroisse de Réaumur.

(5) La métairie du Monic, paroisse de Saint-Germain-l'Eguillier.— Cassini : Monicq, paroisse de Saint-Germain-de-1'Eguille.

(6) Angle, canton de Moutiers-les-Maufaits (Vendée).

Le 1er novembre 1757, le procureur Moreau va coucher à l'Hermenault ; le lendemain « après y avoir entendu la messe ». il se rend à Lucon « à la distance de quatre grandes lieues de Poitou , où nous sommes arrivés sur les trois heures après midy et avons mis pied à terre à l'auberge où pend pour enseigne: La Coupe. » — Ils arrivent à Angle le lendemain à midi. « Et après avoir mis pied à terre chez le nommé Joulain, aubergiste, nous nous sommes transportés dans la maison appartenant audit feu seigneur de Réaumur, où estant entrés, avons parlé à la dame Buor (femme du sieur Buor) », que nous avons trouvé dans ladite maison, et à laquelle nous avons déclaré que nous nous sommes transportés pour apposer les scellés sur les meubles et effets susceptibles d'iceux ... à quoy ladite dame Buor a dit n'avoir aucun moyen de s'y opposer et au contraire a dit estre preste à nous les indiquer. . .

Premièrement estant dans une chambre basse qui a son aspect sur la cour, nous avons remarqué un petit cabinet en marqueterie, plassé sur un pied tourné fermant à douze tirouers, sur lesquels nous avons appozé les scellés sur des carrés de papiers sur lesquels on lit (voir ci-dessus).

Plus s'est trouvé dans la chambre un lit... rideaux de cadi vert, le tout fort vieux et fort uzé.

Plus un mirouer à cadre de bois, dont la glace est tachée et fendue de part en part, deux paires de vieux chenets de fer, une pelle et un garde-feu, une table auvalle avec son plian, et une table quarrée à pieds tournés en tors , deux vieilles chezes à l'entique ,

garnies en tripe de velours, tout uzées, deux chezes foncées de jon. . .

Un pot à faire eau-de-vie, de cuivre, avec la serpantine. . .

. . . Sommes montés dans un petit cabinet au donjon où il ne s'est rien trouvé.

De là sommes descendus et allés dans le celier où il s'est trouvé le nombre de trente barriques pleines de vin du cru, nouvellement fait et bouillant encore,

... Et attendu qu'il n'y a audit lieu d'Angle qu'un mauvais cabaret dans lequel il n'y a aucun lit pour nous coucher, nous sommes partis dudit lieu pour nous transporter à la Tranche (1) pour y coucher, à une lieue et demie de distance de ce dit lieu d'Angle et sommes arrivés au lieu de la Tranche, à l'auberge sur la côte, à cinq ou six heures du soir. »

Le lendemain, — scellés à une métairie au village de la Ville-d' Angle, paroisse d'Angle (2).

Comparution de « M. Jean-Elie Buor, chevalier, seigneur de Villeneuve, lequel veilloit aux intérêts dudit feu seigneur de Réaumur. »

Déclare, M. Buor, que Réaumur possédait trois métairies à la Forêt (3), paroisse du Gros-Breuil, à la distance de quatre grandes lieues.

Le document se termine par le procès-verbal de la levée des scellés qui eût lieu du 19 au 25 octobre 1758.

(1) La Tranche, canton de Mouliers-Ies-Mauxfaits.

(2) Ville-d'Angle, village, paroisse d'Angle.

(3) La Forêt , paroisse du Gros-Breuil, arrondissement des Sables, canton deïalrnont (Vendée).

Printed in Fran^

University of Connecticut

Libraries

Page 1