‹ Lettres inédites de Voltaire adressées a Madame la Comtesse de LutzelbourgChapitre 15 sur 60 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

A Colmar, i3 janyier 1754.

On m^avfifît.dît^ Madame , que vous étiez à Andiau , et on me dit à présent que vous êtes à Tîle Jard. Je regrette toujours ce sejoui*, quoiqu'il soit en plein nord. Il y a bientôt trois mois que je ne suis sorti de ma chambre. J'en sortirais assurément, si j'étais dans votre voisinage. Je préférerais surtout cette petite maison de campagne qui est près de votre île, à Thôtel du maréchal de Coigny. N'y aurait-il pas moyen de conclure cette affaire^ et de louer cette maison meublée ?

Il serait bien doux de venir jouir le soir de votre charmant entretien , et de celui de votre amie , après avoir souffert et travaillé tout le jourj car, de la manière âont ma vie solitaire est arrangée , vivre à l'hôtel du maréchal de Coigny, ce serait être à cent lieues de vous.

(*) Imprimée dans rédilion de Kell.

Cet abrégé de Thistoire universelle dont vous m'avez parle , est un ouvrage ridicule-!^ ment imprimé, oii il y a autant de fautes que de lignes. Le roi de Prusse est bien destiné à me persécuter. Je lui avais donné , il y a plus de treize ans 3 ce manuscrit trèsinforme. Il prétendit Tavoir perdu à la bataille de Sore , lorsque les housards autrichiens pillèrent son bagage. Cependant on lui rendit tout, jusqu'à son chien. Il se trouve aujourd'hui que c'est son libraire qui débite ce manuscrit, tronqué, altéré, méconnaissable. Il prétend, ce libraire, qu'il l'a acheté d'un valét-de-chambre du prince Charles.

Tout ce que je sais , c'est qu'on en a été trèsscandalisé à la cpur , et que j'ai eu beaucoup de peine à apaiser les rumeurs qu^il a causées. Cette affaire particulière m'a beaucoup tourmenté dans le icms que la confusion des affaires générales me fait perdre mon bien. Je n'ai de consolation que dans le travail et dans la retraite; mais il me faudrait une retraite auprès de l'île Jard. Je ne peux jeûner et prier comme le conseille M. de Beaufremont. J'ai pourtant autant de droit au paradis qu'aucun français. Mais vous , Madame , qui aviez tant de droits aux félî-

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cites de ce inonde, comment gouvernezvous votre santé , comment vont les affaires de votre famille? J'ai bien peur que vous ne soyez environnée de choses tristes. Je ne vois que des injustices et des malheurs. Conservez votre santé et votre courage. Vous mandet-on quelque chose de Paris ? Y a-l-îl quelque nouvelle sottise ? Que le milieu du dixhuitième siècle est sot et petit I Je souhaite cependant que vous en puissiez voir la fin.

Adieu, Madame ; je voudrais, être votre courtisan aussi assidu que respectueusement attaché,

Digitizi

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