‹ Lettres inédites de Voltaire adressées a Madame la Comtesse de LutzelbourgChapitre 17 sur 60 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

^ A Colmar , va6 mars 1 754-

On me dit, Madame , que vous allez à Andlau, et que ma lettre ne vous trouverait pas à Strasbourg. Je Tadrpsse à M. le baroxr d'Arstad. J'ai bien bonne opinion de son procès. Dupont ni^a lu son plaidoyer; il m'a paru contenir des raisons convaincantes :* îl tourne l'affaire de tous les sens , et il n'y a pas un côté qui ne soit entièrement favorable. J'aurais bien mauvaise Opinion de mon jugement^ ou de celui du conseil d'Alsace, si monsieur votre neveu ne gagnait pas sa, cause tout d'une voix. Je me flatte , Madame , de vous retrouver à Vile Jar/i quand je retournerai à Strasbourg. U y a six mois que je ne suis sorti de ma chambre. Il «st bon de s'accoutumer à se passer des hommes. Vous savez que j'en ai éprouvé les méchancetés

(*) Imprimée dans rédition de Kell.

jusque dans ma solitude. Ce père missionnaire est venu s*excuser chez moi , et j'ai reçu ses excuses, parce qu'il y a des feux qu'il ne faut pas attiser. Le père de Menou a désavoué la lettre qui court sous son nom, et je me contente de son désaveu. Il faut sacrifier au repos, dont on a grand besoin sur la fin de sa vie. Comme je m'occupe à l'histoire, je. voudrais bien savoir s'il est vrai qu'il y ait eu autrefois un parlement à Paris. Le chef du parlement de , cette province m'honore toujours d'une bonté que je vous dois. Il vient me voir quelquefois. Je me sens destiné à être attaché à tout ce qiû vous appartient. Je présente mes respects aux deux kermites de l'île Jard. Je me recommwde à leurs saintes prières.

l'Hermite de Colmar»

aS LETTRES IHÉDITES

LETTRE XIÏ.

Colmàr, sS octobre 1754.

Il faut , Madame , que je vous dise , & propos de notre inscription , une chose que

, f aurais déjà dû vous dire ; c'est que toute inscription doit être courte et simple , et que les grands vers d'imagination et de sen^ liment conviennent peu à ces sortes tfou- •vrages. La brièveté et la précision en font lé principal mérite. Voilà pourquoi on se *sert presque toujours de la langue latine , qui ctii plus de choses et en moins de mots que la nôtre. Je ne vous fais pas , Madame , ces petites observations pédantesques ^ pour vous proposer une inscription en latin , mais seulement pour vous demander si vous serez contente d'une grande simplicité en français. Voici à peu près ce que j'oserais yous

> proposer , en attendant que je sois mieux injspiré.

Il eut un cœur sensible , une àme non commune; n fut par ses bienfaits digne de son bonheur : Ce bonheur disparut ; il braya l'infortune.

Pour l'homme de courage 'il n'est point de malheur*

Je ne vous donne , Madame , ce faible essai que comme une esquisse. Voyez si c'est là ce que vous voulez qu'on dise , et je tâcherai de le dire mieux.

Je vous avoue que je ne m'attendais pas de passer huit heures de suite avec la sœur du roi de Prusse à Colmar. Elle m'a accablé de bontés , et m'a fait un très-beau présent.

Elle a voulu absolument voir ma nièce. Enfin elle n'a été occupée qu*à réparer le mal qu'oJa a fait au nom de son frère. Concluons que les femmes valent mieux que les hommes.

M. de Richelieu fait ce qu'il peut pour que j'aille passer l'hiver en Languedoc, , et madame la margrave de Bareith voulait m'emmener. Mais je doute fort que ma santé me permette le voyage. Si je pouvais quitter Colmar , ce serait pour Tîle Jard j c<5 serdt pour vous , Madame , et poW votre dig^ne amie. Ma nièce se joint à moi pour voiis souhaiter de la santé , et pour vous assurer 4u plus sincère attachement.

5o LÊTTBES lïïÉOÎTES

Page 1