LETTRE XXII
Aux Délices , 97 décembre i^56.
Je ne conçois rien , Madame , à l'aventure de la lettre du 5 novembre dont vous me faites l'honneur demeparler. Mais aussi je n'entends , pas davantage toutes les aventures de ce bas monde. Evoques, Parlemeus, Saxons, Prussiens, Autrichiens, Russes, tout cela me confond. La famine menace la Saxe et la Bohême.
Laissons les hommes faire leurs communs malheurs , et jouissons de notre heureuse tranquillité , vous à l'ile JarH , et moi aux Délices. Je ne me plains que d'être trop loin de vous. Ne croyons rien de tout ce qu'on nous dit. 11 est vrai qu'un misérable s'est avisé de faire une édition iufâme d'une Pucelle ; mais il n'est pas vrai que je dusse retourner eu. France. Dieu mç préserve de quitter la retraite charmante que je me suis faite, et qui mérite son nom des Délices ! Quand on s'est fait à notre âge , Madame , une demeure
DE VOLTAIRE. ijg
agréal)Ie , il faut en jouir. C'est le parti sage que vous avez pris et dans lequel il faut per^ sister.
Permellez-mol de présenter mes respects à monsieur le premier président d'Alsace et à madame de Klinglin, et sur-tout à monsieur votre fils. Attendons patiemment l'issue des troubles d'Allemagne. Laissons les gens oisifs écrire au nom du cardinal de Richelieu. Ce monde est un orage j sauve qui peut.
Madame Denis vous souhaite des années de santé et de tranquillité en nombre. Nous en faisons autant pour madame de Broumath.
Nous n'oublions pas Marie ; mais nous craignons que les Prussiens ne troublent la maison archiducale. Adieu , Madame j conservez vos bontés au bon Suisse.
Bo LJSTTRES iNÉDITtS