LETTRE XXIII
A Lausanne où je serai tout Thiver , 5 janvier.
Eh bien , Madame , monsieur rotre fils n'a donc perdu qu'un cheval, et a gagné de la gloiref Je lui en fais comme à vous, Madame, mon très-tendre compliment. Je me flatte qu'il n'a pas été moins heureux dans la bataille qu'on dit que M. le maréchal de Richelieu a gagnée le a6 décembre contre M. le prince de Brunswick.* J'ai gagné à Postdam plus de cinquante louis à ce prince aipc échecs , mais il vaut mieux gagner au beau jeu que M. de Richelieu joue. Je n'ai aucun détail de cette grande journée qui venge l'honneur de nos armes , et qui lave dans lé sang hanpvrien la per6d}e dont on lesaccuse y et la honte de l'armée de Soubise.
Vous abandonnez donc Marie - Thérèse , depuis que le roi de Prusse bat ses troupes , reprend Breslau , et a quarante mille prisonniers. Ah ! Madame , ne changez pas avec la
DE YOLTAIRE. 5l
fortune. Je vous ai vue si bonne autrichienne ! Mais surtout ayez soin de votre safaté. Faites comme moi. Mon appartement est si chaud que j'y suis incommodé des mouches en voyant quarante lieues de neige. Je me suis arrangé une maison à Lausanne qu'on appela lerait palais en Italie ; quinze croisées de face en cintre donnent sur le lac à droite , à gauche et par devant. Cent jardins sont audessous de mon jardin. Le grand miroir du lac les baigne. 'Je vois toute la Savoie audelà de cette petite mer , et , par-delà la Savoie , les Alpes qui s'élèvent en amphithéâtre, et sur lesquelles les rayons du soleil forment mille accidens de lumière. M. Desalleurs n'avait pas une plus belle vue à Constanûnople. Dans cette douce retraite , on ne regrette point Postdam.
Avez-vous toujours madame de Broumath dans votre île ? Vivez-y long^tems heureuse avec elle. Je ne laisse pas de déirhiflFrer votr^ écriture , et j'attends vos lettres avec impa-« pence à Lausanne.
Le Suisse V.
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