LETTRE XXX
Aux Délicéf I 7 mai 1757.
Îl faut que vous me pardonniez , Madame j j'écris très-peu , parce que je n'ai pas unmc ment à moi ; je me défais tous lés j^ours de mes correspondances de Paris ^ je ne voudrais conserver que la vôtre ; je ne connais plus que vous et la rétraite; je m'intéresse plus à la pension de monsieur votre fils qu'à la guerre et aux finances ; je veux que vous sojez heu-^ reuse de toutes les façons et de tous les côtés ; on aurait beau , d'ailleurs , tout bouleverser , je n'en prendrai point d'alarmes ; j'ai su faite à peu près comme vous. J'ai des terres libres , je veux y vivre et y mourir. Il est vrai que je m'y prends un peu tard pour bâtir et pour planter , mais la vraie jouissance est dans le ^avail i la culture est un aussi grand plaisir que la récolte. Le docteur Pangloss est un
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{*) Écrite de la main de Colini , excepté à la fia.
grand nigaud avec son tout est bien ; je crois * que les choses ne vont bien que pour ceux qui restent chez eux , ou pour M. de Zeutmandel et pour sa grasse et riche chanoinesse , qui épouse un trës-aimable mari. Tout sera bien long-tems pour vous , Madame , puisque vous ayez le courage de conserver votre régime j ce n'est pas une petite vertu , et votre vertu sera rëtompensée. Je ne vous mande aucune nouvelle , je n'en sais que des siècles passés ; si vous en savez dii siècle présent , ne m'oubliez pas ; mais songez toujours que celles qui vous regardent me sont le plus chères (*) , et que je vous suis attaché avec le plus tendre respect.
(*) De la main de Yoluire^
BE TOLT'AIRSt 65
LETTRE XXXL
^Aux Délices 9 4 j^^ i pr^> ^^ Getièiiei
Qu B Dieu protège Marie et qu'il vous rende sœur Broumath! Ne soyez pas surprise^ Ma* dame , que Frédéric ait eu tant d'avantage sur rirlandais Brown et sur le prince Charles. Le conseil des rats est détruit par le chat Rominagrobis. Si le maréchal d'Ëstrées ne prévient pas le duc de Cumberland ^ soyez sûre que le Rominagrobis enverra vingt mille de ces grands coquins qui tirent sept coups par mi-* nute , et qui étant plus grands, plus robustes, mieux exercés que nos petits soldats , et de plus ayant des fiisils d'une plus grande longueur , auront autant d'avantage avec la baïonnette qu'avec la tiraillerie.
Que faire à tout cela , Madame ? Cultiver son champ et sa vigne , se promener sous les berceaux qu'on a plantés , être bien logé »
bien meublé , bien voiture , faire très-bonne
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chère y lire de bons livres , vivre avec d'honnêtes gens au jour la jcrumée » ne penser ' ni à la mort ni aux méchancetés des vivans. Mille tendres respects.
DX YOLTAIRX. ^ 67