LETTRE XLVI
Par Genève , au Château de Touniay, pays de Gex , i4ao&t 1759.
Ma douleur , Madame , est encore plus forte que ma maladie. Il faut que mon état me permette au moins de dicter mes sentimens , si je ne peux les écrire moi-même.
Je partage toute votre inquiétude j vous avez sans doute dépéché un exprès pour vous informer du sort de monsieur votre fils. J'ai été saisi à la nouvelle de cette abominable journée : s'il est vrai que M. de Contades ait exposé son armée à une batterie de quatre-vingts canons /comme on le dit , cela ne peut ni se comprendre , ni être assez déploré; une faute de jugement fait donc le deuil et la ruine de la France ! Vos chagrins dans ce moment occupent toute mon âme ; si vous avez un moment à vous , je vous demande en grâce d'envoyer chercher Colinî ^ et de m'instruire par lui de l'état de votre fils et du vôtre.
93 LETTRES XNEDITl&S
Adieu, Madame , ceux qui disent que tout est bien , sont des fanatiques bien haïssables. Ce que je souffre de corps et d'esprit m'empêche de vous enr dire davantage , mais je n'en suis pas moins sensible à tout ce qui vous touche , et personne ne vous est attaché , Madame , avec un plus tendre respect que moi.
(*) LTïermitè des Délices.
(*) De la main de Voltaire.
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DE TOLTAIRE. q5