LETTRE XLVIII
' 6 octobre 1759^
Quand on a mal aux yeux , Madame , on li'écrit pas toujours de sa main ; si Je deviens aveugle , je serai bien fâché. Ce n'était pas la peine de me placer dans le plus bel aspect de l'univers. Eh bien, Madame, êtesvous comprise dans tous les impôts ? Vos fiefs d'Alsace sont -ils sujets à cette grcle ? N'ai -je pas bien fait de choisir des terres libres , exemptes de ces tristes influences ? Avez-vous auprès de vous monsieur votre fils? N'a-t-on pas au moins confirmé sa pension qu'il a si bien méritée par sa valeur et par sa conduite dans cette malheureuse, bataille I L'fi^rmée n'a -t- elle pas repris un peu de vigueur ? Nous avops besoin de succès pour parvenir à une paix nécessaire. Je suis 'toujours étonné que le roi de Prusse se soutienne y mais vous m'avouerez qu'il est dans un état pire que le nôtre. Chassé de Dresde
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et de la moitié au moins de ses états, eù-^ touré d'ennemis , battu par les Russes , et ne pouvant remplir son coffre-fort épuiisé , il faudra probablement qu'il vienne faire des vers avec moi aux Délices , ou qu'il se retire en Angleterre , à moins que , par un nouveau miracle , il ne s'avise de battre toutes les armées qui l'environnent ; mais il paraît qu'on veut le miner et non le combattre.
En ce cas , le renard sera pris ; mais nous payons tous les frais de cette grande chasse. Je ne sais aucune nouvelle de Paris ni de Versailles , je né connais presque plus personne dans ce pays-là. J'oublie , et je suis otiblié. Le mot d'oubli , Madame , n'est pas fait pour vous. Je vous serai attaché jusqu'au' dernier moment de ma vie. (*) Le Silhouette qui rôgûe les pensions , en a pris pour lui une assez forte. Bravo.
'(*) De la main de Voltaire : le reste de la lettre est d une main étrangère , qui n'e»t pas celle de Colin i.
bË'vbLTAIÏRÉ. 9^