Go. 9G. 37. 7G
pensé tout ce que j'avais pendant près de^
quatre mois de voyage.
Nota. Comme on Ta dit précédemment, (voyez le nota de la page /\y ) cette lettre se trouve dans le volume LVf II de la Correspondance générale. On la reproduit ici telle qu'elle a été mise sous les yeux de M. Amelot, ministre des affaires étrangères. Les lecteurs remarqueront peut-être que les nombres ne sont pas régulière-
(\a LETTRES INàJJlTFS
ment plact'S au-dessous (h* syllabes auxquelles ils doivent rorrespoudre. IN'ayaut pas la ciel de ce chiffre, il eut été assez? difficile de rétablir l'ordre avec une précision rigoureuse. On a dii se borner à suivre l'arran Renient même d'un manuscrit qui a tous les caractères de l'authenticité. L'objet des éditeurs est d'ailleurs moins de dévoiler un secret de la diplomatie , que de constater la manière dont cette correspondance était établie. On a vu, dans la lettre xiv, que Voltaire adressait ses lettres à M. de Valori , et qu elles étaient transcrites en chiffres à l'ambassade. A Paris on faisait, pour l'usage du ministre, une opération toute contraire. ITn commis copiait les chiffres dans des lignes doublement espacées , et la personne qui avait la clef de la correspondance écrivait ensuite une traduction interlinéaire, sur laquelle M. Amelot prenait lecture de ces espèces de rapports.
Nota. Les éditeurs possèdent en chiffres la lettre qui, dans la Correspondance générale , se trouve placée , sans date, entre une lettre du i6 et une du 17 août. La véritable date est du 5 octobre 1743. On n'insère point ici cette lettre en chiffres, pour ne point fatiguer les lecteurs, on n'en reproduit pas non plus la traduction, parce que, à deux ou trois mots près, qui peuvent avoir été altérés par une double translation , elle est absolument identique avec celle que les éditeurs de Kehl ont publiée , et qui se trouve dans la présente édition, volume lviii, page 253. Voltaire y réclame une sauve-garde contre ses ennemis , et particulièrement contre l'évêque de Mirepoix, pour les libertés un peu hardies qu'il s'était per
DE.VOLTAIRK. G3
mises sur le clergé dans ses cntrctieus ou dans ^a correspondance avec le roi de Prusse.
Nota. La liasse d'où Ion a extrait la correspondance précédente avec le cardinal de Fleury et M. Amclot de (^haillou contenait une copie faite dans le temps du hillet ci-joint adressé à Voltaire. On le rapporte ici connue note. Son contenu donne lieu de penser que ce l)illet est du ministre des affaires étrangères, ou de quelque personne de la cour initiée au secret de la mission de notre auteur.
Du i6 décembre 1743 , à Versailles,
J'ai reçu, monsieur, votre billet, dont je vous rends mille grâces. Je comprends que c'est ma faute si votre correspondance n'est pas plus nourrie ; mais vous ne devez pas croire que le souffle d'aucun mauvais vent y ait*eu part. Jô ne puis vous en donner de meilleures preuves qu'en vous envoyant le grimoire que vous me demandez. Je l'avais porté avec moi à Paris, dans le dernier voyage que j'y lis , comptant vous le remettre ; mais je n'y demeurai que vingt- quatre heures. Vous me ferez plaisir de m'informer exactement de tout ce qui vous reviendra par la voie que vous
avez déjà mise en usi^ge, et j'aurai j)cut-étre lieu de vous suggérer quelques réflexions, dont vous ne ferez cependant usage que comme de vousmême. Je vous prie d'être toujours persuadé , monsieur,.de la vérité de mes sentiments pour vous.
Nota. Voltaire venait d'arriver de Berlin pour faire connaître le résultat de sa mission. C'est à cette occasion qu'il dit , dans ses Mémoires , ainsi qu on l'a précédemment rapporté ( voyez à la page 48 ) : « Je retournai a vite à la cour de France rendre compte de mon voyage. « Je lui donnai l'espérance qu'on m'avait donnée à Berlin. « Elle ne fut pas trompeuse , etc. »
Puis il ajoute : « Si j'avais conté à quelque bon Part risien mon aventure et le service que j'avais rendu , « il n'eût pas douté que je fusse promu à quelque bon « poste. Voici quelle fut ma récompense :
« La duchesse de Châteauroux fut fâchée que la né- « gociation n'eût point passé immédiatement par elle. «Il lui avait pris envie de chasser M. Amelot, parce ce qu'il était bègue , et que ce petit défaut lui déplaisait j « elle haïssait de plus cet Amelot , parce qu'il était gou- « verné par M. de Maurepas ; il fut renvoyé au bout de (' huit jours, et je fus ei^veloppé dans sa disgrâce. »
( Mémoires tome I page 319. )
DF VOLT AIH 1*.
lettrp: XVII.
A M. L'ABBK DE VALORI.
Paris, ce a 8 octobre.
Pourquoi à Etampes, monsieur? Pourquoi n'ai-je pas le bonheur de vous dire à Paris combien je vous aime, et à quel point je suis dévoué à M. votre frère? j'ai entonné la trompette de ses louanges avec une voix animée par la reconnaissance et par la justice. Mon voyage, qui m'a mis à portée de connaître son mérite, m'a mis aussi à portée pour un moment d'oser dire combien ce mérite est nécessaire dans le pays où il est, et quelles distinctions il mérite de ce pays -ci. Il est plus à portée que jamais d'obtenir par de nouveaux services ce qu'on doit déjà aux anciens. Pour moi, monsieur, qui ne dois qu'au hasard d'un voyage le bonheur d'avoir vu de près ce qu'il vaut, et celui de pouvoir en rendre compte, j'ai saisi avec ardeur l'occasion qui s'est naturellement offerte. Vous savez que tout voyageur aime à parler; mais on ne peut pas me dire ici, a beau mentir qui vient de loin.
J'ai eu l'honneur de lui écrire ces joursrci. Vous avez en moi l'un et l'autre, monsieur, un serviteur acquis pour la vie. Comptez, je vous en conjure,
()() LFTTRFS IV EDITES
sur la passion respectueuse, avec laquelle je suis dévoué à toute votre aimable famille.
Voltaire.
Nota. La lettre qu'on vient Je rapporter et les deux qui suivent ont été publiées pour la première fois, et ne se trouvent que dans les Mémoires des négociations du marquis de Valori, ambassadeur de France en Prusse, (Firmin Didot, 1820). On les a fait entrer dans ce volume, parce qu'elles jettent quelque jour sur les relations de Voltaire avec le marquis de Valori , dont il a été parlé dans la lettre xiv.
M. l'abbé de Valori , frère de l'ambassadeur , était grand prévôt du chapitre de Lille. Voltaire avait eu plusieurs fois l'occasion de le voir à son passage en Flandre, et il conservait des relations avec lui par l'entremise de madame Denis , qui résidait dans la même ville. La lettre ci-après établit , comme on l'a déjà remarqué à la note de la lettre v, que Voltaire avait conservé beaucoup d'affection pour sa nièce et pour son neveu, malgré une alliance qui n'avait pas été de son choix.
DE VOLTAIRK. 67
LETTRE XVIII
AU MÉMR.
Cirey en Champagne, le 8 mai 1744-
Je vois , monsieur , qu'il faut vs'adresser à clos rois pour que les commissions soient bien fiiitcs. M. votre frère a reçu le paquet que je lui ai adressé très-insolemment par les mains du roi de Prusse , et je vois que vous n'avez pas reçu celui que j'ai eu l'honneur de vous envoyer par le coche d'Étampes. Je croyais devoir être plus fâché contre les rois que contre les coches , et je vois que je me suis trompé. Je n'ai point écrit à M. votre frère , parce que les lettres sont ouvertes en trois ou quatre endroits avant d'arriver ; mais je me flatte qu'il n'en compte pas moins sur mon tendre attachement. Vos bontés, monsieur, adoucissent bien la douleur que m'a causé la mort de mon cher Denis. Vous avez perdu un homme qui vous était dévoué. Et cette pauvre madame Denis n'aura j)lus la consolation de vous voir à Lille. Conservez-moi des bontés qui serviront toujours de baume à toutes les blessures que la nature et la fortune peuvent faire. Je resterai jusqu'au mois d'octobre dans
f)rt LETTRES INl^niTFS
la charmante solitude de Cirey, tandis qu'on s'éjj^orgera en Italie, en Flandre et en Allemagne. Ensuite je; viendrai faire bâiller Tinfanle d'Espagne et son mari ; mais ce que je souhaite k» plus ardemment, c'est de pouvoir vous dire à mon tour avec quel tendre et respectueux attachement je vous suis dévoué, à vous, monsieur, et à toute votre aimable famille , à laquelle je présente mes trèshumbles respects ; votre , etc.
Voltaire.
Nota. On a déjà remarqué, dans le nota de la lettre vi, que Voltaire n'était point, comme on l'a prétendu dans les Mémoires de Longchamps^ brouillé avec sa nièce parce que celle-ci avait refusé la main d'un gentilhomme que lui proposait son oncle , et qu'elle avait préféré celle de M. Denis , commissaire des guerres. Les regrets qu'il exprime ici de la mort de son neveu prouvent, ainsi que la lettre pressante de recommandation au cardinal de Fleury , qu'il avait conservé le plus tendre intérêt à sa nièce et à celui auquel elle avait uni son sort. Défenseur en toutes choses de la doctrine du libre arbitre, Voltaire aurait eu mauvaise grâce à vouloir imposer un choix quelconque à l'un des membre» de sa famille : il n'a point donné le spectacle d'une contradiction si choquante. Voici une preuve incontestable de son indulgence en cette occasion : il écrit à l'abbé Moussinot , (lettre du 28 décembre ijSj , tom. lviii, page 234).
« Après cette bonne œuvre (don de dix pistoles à une « dame pauvre ) , vous en ferez une autre dTionnêteté ; ce 4i sera de porter à mademoiselle Mignot l'aînée (plus
DE VOLTAIUE. 69
« tard luadame Denis), un sac de niilU* livres, lui dc- <« mandant bien pardon de ma grossièreté, et lui ajouUiiit « que sur ces mille livres il y en a quatre cents pour sa « cadette. Vous direz en particulier à cette aînée que je « suis fâché qu'elle ait refusé le parti que je lui propo- «t sais, qu'elle aurait joui de plus de huit mille livres de « rente , et qu'elle eut épousé un homme de condition «« très-aimable ; mais que j'ai tout rompu dès que j'ai su « qu'elle fesait la moindre difficulté. Assurez-la de ma »« tendre amitié dans les termes les plus forts. Vous me « ferez plaisir de lui faire un peu sentir la différence de « mon caractère avec celui d'Arouet; ma facilité en affaire; « enfin tout ce que vous croirez qui pourra augmenter < sou amitié et sa confiance, h
LETTRE XIX
AU MÊME
Paris , le 3 mai 1745.
Les faveurs des rois et des papes, monsieur, ne valent pas celles de Tamitié. Vous savez si la vôtre m'est chère. J'ai reçu presque le même joiu- votre lettre et celle de monsieur votre frère. Je suis bien glorieux de n'être pas oublié de deux hommes à qui j'ai voué un si tendre attachement ; mais vous m'avouerez, monsieur, que vous devez m'aimcr un peu davantage depuis qtie le saint - père m<«
"^O LKTTRE8 IWKDITKS
donno des bénédictions. Sa sainteté a pensé comme vous sur Maliomet. C'est qu'elle n'a point été séduite par des convulsionnaircs. On éprouve des injustices dans sa patrie; mais les étrangers jugent sans passion, et un pape est au-dessus des passions. Je suis fort joliment avec sa sainUité. C'est à présent aux dévots à me demander ma protection pour ce monde-ci et pour l'autre.
Vous allez voir, monsieur, grande compagnie à Lille. Le roi va délivrer les Hollandais du soin pénible de garder les places de la barrière. On prétend aussi qu'il délivrera l'ancien évéque de Mirepoix de la tentation où il est tous les jours de mal choisir entre les serviteurs de Dieu , et qu'il ira achever l'œuvre de sa sanctification dans son abbaye de Corbie. Il y fera faire pénitence aux moines. C'est un homme fait, à ce qu'on dit, pour le ciel, car il déplaît souverainement au monde.
J'ai répondu un peu plus tard, monsieur, à votre aimable lettre, mais elle m'a été rendue aussi fort tard. Elle a été à Châlons, où j'avais suivi madame du Châtelet, qui a gardé monsieur son fils malade de la petite-vérole. Les préjugés de ce monde, qui ne font jamais que du mal, m'empêchent de voir votre ami M. d'Argenson. Vous aurez probablement à Lille le plaisir que je regrette. Puisse-t-il en revenir bien vite avec le rameau d'olivier. Il n'y a jamais eu de tous les côtés moins de raison de faire la guerre. Tout le monde a besoin de la paix, et cependant on se bat. Je voudrais bien que
l'historiographe pût dire : Les princes furent sages en 1745.
Vous savez que le roi, en m'accordant cette place, m*a daigné pronnettre la première vacante de gentilhomme ordinaire. Je suis comblé de ses bontés. Adieu, monsieur; madame du Chatelet vous fait mille compliments, recevez avec toute votre famille mes plus tendres respects.
YOLTAIRE,
LETTRE XX
A M. LE COMTE D'ARGENSON
A Berlin, le i5 février 175a.
Votre très-ancien courtisan a été bien souvent lente d'écrire à son ancien protecteur; mais quand je songeais cpie vous receviez par jour cent lettres, quelquefois importunes , que vous donniez autant d'audiences, qu'un travail assidu emportait tous vos autres moments, je n'osais me hasarder dans la foule. Il faut pourtant être un peu hardi: et j'ai tant de romercîments à vous faire de la part des Musulmans et des anciens Romains que vous protégez; j'aurais même tant de choses flatteuses à vous dire de la part de Louis XIV, qu'il faut bien
({lie VOUS me pardonniez de vous importuner. Je sais bien que Mahomet et Catilina 3ont peu de chose , mais Louis XIV est un objet important et digne de vos regards. Je mourrais content, si je pouvais me flatter d'avoir laissé à ma patrie un monument de sa gloire qui ne hii fut pas désagréable, et qui méritât votre suffrage et vos bontés. Mon premier soin a été de vous en soumettre un exemplaire, quoique la dernière main n'y fut pas mise. J'ai pris depuis tous les soins possibles pour que cet ouvrage pût porter tous les caractères de la vérité et de Tamour de la patrie. Personne ne contribue plus que vous à me rendre cette patrie chère et respectable, et je me flatte que vous me continuerez des bontés sur lesquelles j'ai toujours compté. Vous ne doutez pas du tendre et respectueux attachement que je vous conserverai toute ma vie. Permettriez-vous que M. de Paulmy trouvât ici l'assurance de mes respects ?
Voltaire.
P. S. Je me flatte que votre régime vous a délivré de la goutte. Je vous souhaite une santé durable et meilleure que la mienne; car, par parenthèse , je me meurs. Milord Tirconnel , que vous avez vu si gros, si gras, si frais, si robuste, est dans un état encore pire que le mien ; et si on pariait à qui fera plus tôt le grand voyage , ceux qui parieraient pour lui auraient beau jeu. C'est dommage ; mais qui peut s'assurer d'un jour de vie ?
DE VOLTAIUh. 7^:)
Nous ne sonimes que dus ombres d'un nionieiit, el cependant on se donne des pernes , on fait des piojets, comme si on était immortel.
Adieu , monseigneur ; daignez m'aimer encore uif peu , pour le moment où nous avons à végéter sur ce petit tas de boue, où vous ne laissez pas de faire de grandes choses.
Nota. Le long séjour de Voltaire à la cour de Prusse avait relâché , sinon rompu entièrement, ses liaisons avec ses anciens protecteurs à la cour de France. C'est au moment de ses querelles avec Frédéric, et lorsqu'il avait déjà formé le dessein de revenir daps sa patrie , qu'on retrouve des lettres de lui à M. le comte d'Argenson , avec lequel, à une autre époque, il avait été en correspondance si intime et si suivie. Sept ou huit mois auparavant il avait déjà cherché à renouer ses an ciennes relations avec ce ministre, par l'entremise de Montcrif. Voici ce qu'il écrivait à ce dernier le i y juin i^Si. (Voyez le recueil des Lettres inédites publiées par Renouard, 1822.)
« Je vous demande en grâce, mon cher confrère, d'ex- •' poser mes sentiments à M. le comte d'Argenson. Je set rais au désespoir qu'il hlaniàt ma conduite. Je lui suis «t attaché dès ma plus tendre jeunesse, et il est l'homme « du royaume dont j'ambitionne le plus les suffrages et « les bontés. J'avoue encore que je ne me consolerais pas i^i madame de Pompadour, à qui je dois une éternelle « reconnaissance, pouvait me soupçonner de la moindre « ombre d'ingratitude. Je vous conjure donc de faire va- «loir auprès de l'un et l'autre mes raisons, mes regrets « el mon attachement. >•
74 LETTRES IN^DITKS
LETTRE XXI
AU MÊME
A Potsdam, 3 octobre 17 5 1.
Monsieur Le Bailly,mon camarade chez le Hoi, et non chez le roi de Prusse, vous remettra , monseigneur, le tribut que je vous dois.
L'histoire de la dernière guerre vous appartient. T^a plus grande partie a été faite dans vos bureaux et par vos ordres ^ C'est votre bien que je vous rends ; j'y ai ajouté des lettres du roi de Prusse au cardinal de Fleury, qui peut-être vous sont inconnues, et qui pourront vous faire plaisir. Vous vous doutez bien que j'ai été d'ailleurs à portée d'apprendre des singularités. J'en ai fait usage avec la sobriété convenable, et la fidélité d'un historien qui n'est plus historiographe.
Si vous avez des moments de loisir , vous poui^ rez vous faire lire quelques morceaux de cet ouvrage. J'ai mis en marge les titres des événements principaux, afin que vous puissiez choisir. Vous honorerez ce manuscrit d'une place dans votre bibliothèque, et je me flatte que vous le regarderez
* La relation de la campagne de 1744; ^oi se trouve comprise dans l'Histoire dv la guerre de i"]^!.