‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 27 sur 74 · M. DE TAULES A M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

M. DE TAULES A M. DE VOLTAIRE

Le I mai 1766.

Ce qui se passa hier ici, monsieur, fut cxécutr à l'insu (les médiateurs, qui n'y ont eu aucune pari; leur dessein n'est ^oint de se mêler de ce qui concerne la police intérieure de la république: cette inspection appartient uniquenient au conseil. Il serait très-difficile d'arrêter la procédure commencée contre le sieur d'Auzières. Tout ce que Jes médiateurs peuvent faire, c'est de parler en sa faveur. Le conseil, de son coté, parait dans l'intention d'user d'une douceur vraiment paternelle envers lui.

M. Tambassadeur , à qui j'ai lu votre lettre, s'y mtéressera; mais je ne dois pas vous cacher que Son Excellence est très-affligée d'entendre souvent parler de vous à cette occasion; votre repos lui est aussi précieux que votre gloire. Elle voudrait que vous vous bornassiez à jouir tranquillement de Tadmiration que le monde a pour vous. Votre seul nom, monsieur, donne toujours un mouvement trop violent aux affaires, et il serait à craindre

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c|u'eji voulant trop fortement le l)onheur de» hommes, vous ne contribuassiez au contraire qu'à les r(;nclre encore plus malheureux.

J'ai l'honneur de vous salucT.

Nota. M. de Taules, à la lin de sa lettre, cherche à dissuader Voltaire de continuer à prendre parti dans les troubles de Genève; M. Hennin lui donne quatre jours après le même conseil dans des termes plus explicites encore. Il lui écrit au sujet du mémoire à consulter '.

«Il est inutile maintenant de vous dire, monsieur, quel sentiment produisit cet ouvrage dans le temps. Je fis en sorte qu'il n'en fut plus parle ni en France, ni à Genève. Je soutins que vous n«viez fait au plus qu'y corriger quelques mots. L'arrivée de la médiation a mis cette affaire en oubli, comme bien d'autres.

«lEn voilà trop, monsieur, pour vous rassurer sur l'idée que je puis avoir du mémoire à consulter. Si j'avais cru que cet ouvrage fût de l'auteur de la Henriade, je me serais dit : Un peuple qui crie à l'oppression est sûr d'intéresser, et les coeurs sensibles au bonheur de l'humanité sont facilement disposés à le plaindre. De là à le secourir il n'y a qu'un pas, puis on se passionne, on fait son affaire de celle de ce peuple, on devient partie, on se donne des peines , on s'en prépare.

« Les mêmes motifs ont simplifié à vos yeux ce dont on se plaint dans l'affaire des natifs. Je n'ose vous dire, monsieur, combien je suis fâché de l'impression qui en reste même dans l'esprit des médiateurs. Si j'ai mérité votre confiance , si vous me croyez sincèrement occupé de

* Correspondance inédile avec M. Hennin.

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votre bonheur et de votre gloire, permettez - ntoi de vous répéter que vous ne pouvez trop tôt ni trop complètement renoncer aux tracasseries de Genève.

LETTRE XLV

A MADAME LA DUCHESSE DE GRAMMONT

A Ferney, près de Genève, 5 mai lyfifi.

Votre département dans le ministère est toujours de faire du bien. Je ne puis vous séparer de M. le duc, votre frère.

Souffrez donc que je vous supplie, madame , de lire cette lettre , qui n'est point une lettre du bureau des affaires étrangères , mais du bureau des bienfaits. J'ose vous prier de la lui faire lire, quand il ne travaille point , supposé qu'il y ait de tels moments.

Soyez toujours ma protectrice auprès de mon protecteur.

Nous sommes à vos pieds , Marie Corneille et moi , son vieux père adoptif.

Agréez, madame, le profond respect et la re-

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