A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER D'AGUESSEAU
Cirey , ce 1 1 février 1739.
Monseigneur,
Je commence par vous demander très-hiiml)lement j^ardon de vous avoir envoyé un si gros mémoire ; mais je crois avoir rempli le devoir d'un citoyen, en m'adressant au chef de la justice et des belles-lettres , pour obtenir réparation des calomnies de l'abbé Desfontaines. Je ne dois parler ici que de celles dont j'ose vous présenter les réfutations authentiques que voici :
Madame de Champbonin, ma cousine, a les originaux entre ses mains; elle aura l'honneur de les présenter à monseigneur :
i"La copie d'une partie de la lettre de Tabbé Desfontaines, signée de lui, par laquelle il convient de mes services, et par laquelle il est démontié que M. le lieutenant de police, loin de lui deman* der pardon de l'avoir enfermé à Ricétre, exécuta Tordre mitigé du roi, par lequel il fut exilé, etc.;
■^" La lettre de madame de Bernières,qui prouve
2/|^l lettufs inédites
(|iie tout ce que Desfontaiiies avance sur feu M. de Bernières et sur mes services est calomnieux ;
3° Extraits des lettres du sieur Thiriot, qui confirment que l'abhé Desfontaines fit, au sortir de Bicètre, un libelle intitulé: Apologie de V. ;
4° Une lettre de Prault fils, libraire, qui prouve que, loin d'être coupable des rapines dont l'abbé Desfontaines m'accuse, j'ai toujours eu une conduite opposée;
5** L'attestation du sieur Dumoidin, négociant, dont les registres prouvent que, loin de mériter les reproches de Desfontaines, j'ai fait au moins le bien qui a dépendu de moi;
G' L'attestation d'un jeune homme de lettres qui, ayant été du nombre de ceux que ma petite fortune m'a permis d'aider, s'est empressé de donner ce témoignage public, que jamais je ne produirais si je n'y étais forcé.
Enfin , monseigneur, je suis traité, dans le libelle de Desfontaines, d'athée, de voleur, de calomniateur. Tout ce qiie je demande, c'est un désaveu authentique de sa part, désaveu qu'il ne péiit refuser aux preu^'es ci-jointes.
Je n'implore point vos bontés, monseigneur, pour son châtiment, mais pour ma justification.
Je vous supplie, monseigneur, de considérer que je ne suis point l'auteur du Présen^ati/) qu'il a été fait en partie sur une de mes lettres qui courut manuscrite en 1 726, et que l'abbé d'Olivet montra à Desfontaines, pour l'engager à être sage. Je n'ai
DE VOLTAIRK. 24^
jamais fait de libelle; je cultive les lettres sans autre vue que de mériter votre suffrage et votre protection.
Pour l'abbé Desfontaines , il n'est connu que |)ar le service que je lui rendis , et j)ar ses satires. jM. d'Argental a encore entre les mains l'original d'une lettre qui prouve que l'abbé Desfontaines fit un libelle contre moi dans le temps même qu'il était condamné à la cliambre de l'arsenal pour la distribution d'une feuille scandaleuse en 1736.
Vous savez, monseigneur, qu'il s'est joint en dernier lieu au sieur Rousseau, et qu'il a rempli son libelle de nouveaux vers satiriques de cet homme; vous savez à quel point ces vers sont méprisables de toutes façons.
Il ne m'appartient pas de vous en dire davantage; je soumets mes ressentiments a votre équité et à vos ordres.
. Je suis , avec un profond respect ,
Monseigneur, etc.
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LETTRE IV