‹ Lettres inédites de Voltaire (volume 2)Chapitre 61 sur 74 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

KII SOM CONSEIL.

Châtelaine, 7 juillet 176a.

«Donat Calas, fils de Jean Calas, négociant de Toulouse , et d'Anne - Rose Cabibel , rej3résente humblement :

(( Que le i3 octobre 1761, son frère aîné, Marc- Antoine Calas, se trouva mort dans la maison de son père, vers les dix heures du soir, après souper ;

« Que la populace, animée par quelques ennemis de la famille, cria que le mort avait été étranglé par sa famille même , en haine de la religion catholique;

« Que le père , la mère et un des frères de l'exposant , le fils d'un avocat nommé Gobert Lavaisse , âgé de vingt ans , furent mis aux fers ;

(c Qu'il fut ]) rou vé que tous les accusés ne s'étaien t

' Cette requête, et la lettre qui précède, ne tardèrent pas à produire leur effet : Voltaire en informe M. d'Argental dans une lettre du 1 4 juillet , tom. lxii , pag. 348.

« Vous savez sans doute, lui dit-il , que M. de Saint-Florentin a ■ écrit à Toulouse, et est trôs-l)ien disposé. M. le chancelier est déjà « instruit par M. de Nicolai et M. d'Auriac. S'il y a autant de fer- • ineté que de bienveillance, tout ira bien. •

pas quittés un seul instant pendant que Ton supposait qu'ils avaient commis ce meurtre;

« Que Jean Calas , père du plaignant, a été condamné à expirer sur la roue et qu'il a protesté en mourant de son innocence;

« Que tous les autres accusés ont été élargis;

« Qu'il est physiquement impossible que Jean Calas le père, âgé de soixante-huit ans, ait pu seul pendre Marc-Antoine Calas son fils, âgé de vingthuit ans , qui était l'homme le plus robuste de la province ;

« Qu'aucun des indices trompeurs sur lesquels il a été jugé ne peut balancer cette impossibilité physique ;

« Que Pierre Calas, frère de l'exposant, accusé de cet assassinat aussi bien que son père, a été condamné au bannissement , ce qui est évidemment trop s'il est innocent, et trop peu s'il est coupable;

« Qu'on l'a fait sortir de la ville par une porte et rentrer par une autre ;

« Qu'on l'a mis dans un couvent de jacobins ;

^(Que tous les biens de la famille ont été dissipés ;

«Que l'exposant, qui pour lors était absent, est réduit à la dernière misère ;

« Que cette horrible aventure est, de part ou d'autre, l'effet du plus horrible fanatisme ;

a Qu'il importe à sa majesté de s'en faire rendre compte ;

« Que ledit exposant ne demande autre chose ,

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sinon que sa majesté se lasse représenter la procédure sur laquelle, tous les accusés étant ou également uuiocents ou également: coupables , on a roué le père, banni vi rappelé le (ils, ruiné la mère, mis Lavaisse hors de cour, et comment on a pu rendre des jugements si contradictoires.

c( Donat Calas ^ se borne à demander que la vérité soit connue, et quand elle le sera , il ne demande que justice. »

POST-SCRIPTUM A M. DAKGENTAL.

Je vous supplie, mon cher ange, de me faire passer votre avis sur ces deux pièces ; il m'importe infiniment de le connaître.

* M. de Richelieu , se trouvant un jour aux Délices devant une nombreuse assemblée, demanda à l'apôtre de la pliilosophie des détails sur cette malheureuse affaire. Voltaire , convaincu jusqu'au fond de l'ame de l'innocence de cette famille infortunée, lui raconta toute leur déplorable histoire avec une éloquence si entraînante et si pathétique , que le maréchal et tous les spectateurs fondirent en larmes. \ oltaire fit alors entrer ce jeuue Donat Calas qui était dans une chambre voisine; M. de Richelieu court au-devant du jeune homme, et lui dit : « Monsieur, je suis persuadé de rinnooence de « M. votre père ; vos malheurs m'ont vivement pénétré ; vous pou- « vez compter sur mcfh crédit et sur mou secours; puisque vous « n'avez plus de père , c'est à moi de vous en servir. »

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LETTRE XXXVIII

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