DE VOUAI II F
pauvre diable est mort banqueioiiticr, et elle nx* conjure de marier sa fille, par la raison, dit -elle, que j'ai marié la petite-fille de Corneille; elle me propose le curé de la Madeleine pour l'entremetteur de cette affaire; ces curés se fourrent partout. J'ai répondu que si Fréron a fait le Cùl et Cinna,]Q marierai sa fille sans difficulté.
M. d'Argental s'est bien donné de garde de m'avouer les dégoûts que le tripot vous a donnés à tous deux : c'est un ministre qui ne veut pas révéler la turpitude de sa cour. Vous êtes plus confiant, mon cher Baron*, et je n'y suis que plus sensible.
On dit que vous allez avoir Henri 11% à la comédie française, à l'italienne, et chez Nicolet: qu'on le fasse du moins parler comme il parlait.
Quoique je n'aie pas grande foi aux discours de Paris, voulez-vous bien cej^endant me mander ce qu'où pense dans cette babillarde ville, de l'affaire de M. le maréchal de Richelieu; mais surtout ditesmoi au juste en quel état est la santé de madame d'Argental.
Pour ma santé, mon cher marquis, vous saurez, au juste, que le vieux malade causait hier avec un apothicaire de Genève. Hélas ! il n'a que trop souvent de tels entretiens : A propos, dil le malade à l'apothicaire, de quoi guérit l'épine-vinette? De rien du tout, me dit-il, ainsi que la plupart des
Par allusion au célèbre acteur (Je ce nom, dont M. de Tliibou- YÎlIe remplissait souvent les rôles sur les thcAtres de société.
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lemèdes. Et où trouve-ton , lui dit le malade, des pastilles d epine-vinette ? On les fait à Dijon , répliqua-t-il : j'en ai chez moi par hasard une petite boîte. Envoyez-la moi tout-à-riieure, fit le malade; il l'envoya , et je vous l'envoie.
Envoyez-moi un cœur différent du mien si vous ne voulez plus être aimé , car j'aurai cette passion pour tout le temps qu'il me restera de vie.
Mes maladies me condamnent à vivre absolument dans la solitude ; mais si quelque voyageur passe vers ma caverne en allant à Paris , je vous enverrai par lui beaucoup de sottises. Pour madame Denis , elle ne vous enverra rien , car elle n'écrit à personne. Personne ne vous est plus attaché que moi, monsieur le marquis; c'est im bonheur que je sens et auquel je me livre.
Voltaire.
FIN DES LPTTRES INEDITES.