A M. LE MARQUIS DE THIBOUVILLE
Ferney , 7 mars lyrH.
Mais, vraiment! vous parlez à un malade do quatre-vingt-trois ans, comme s'il était de votre espèce, comme s'il était toujours jeune, comme s'il vivait dans le grand monde, comme s'il pouvait vous amuser dans vos moments perdus , comme si la mort, cette coTnpagne si hideuse, ne l'avait pas déjà entraîné à moitié dans son tombeau ; enfin , comme si ce n'était pas de là qu'il vous écrit. Pensez-vous d'ailleurs que je sois grand -maître des postes ? J'avais envoyé, par M. de Sartines, à M. le comte d'Argental , les insipides rogatons dont vous me parlez, et M. d'Argental ne les a point reçus. On ne sait plus ni à quel ministre on peut s'adresser pour faire passer un livre, ni à quel saint il faut se vouer pour le faire. Trouvez-moi une adresse sûre, et je vous ferai tenir tout ce que vous me demanderez ; mais je ne vous enverrai rien de mieux que votre épitaphe de l'ami Fréron.
Savez -vous que j'ai reçu une lettre très- tendre d'une dame qui est sûrement parente de Fréron , si elle n'est pas de sa veuve. Elle m'avoue que ce