‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 155 sur 405 · A M. LE COMTE DE SCHOMBERG · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SCHOMBERG

6 janvier.

Je suis très-abasourdi , monsieur, très-afÛigé et très-malade. Si quelque chose peut me consoler, c'est que vous n'êtes rien de tout cela. Vous devez être

DE VOLTAIRE (1771). SiSS

tranquille au milieu des orages; rien ne doit tous alarmer, parce que rien ne peut vous nuire. Vous conservez toujours vos places, et vous aurez pour vous la voix publique.

Je n*écris point au très-aimable commandant de la Bresse et du petit pays de Gei, où Ton meurt de faim et où le pain blanc coûte neuf sous la livre. On a été obligé de renvoyer un bataillon d*artillerie qui était àYersoix, parce qu'on n*avait pas de quoi le nourrir. Tout nourrit ma douleur, et il n*y a que cela de bien nourri dans mes déserts.

Je vous prie, monsieur, si vous voyez, comme je n*en doute pas, mon très-aimable comdiandant, d'avoir la bonté de l'assurer des inutiles sentiments du plus humble et du plus triste de vos serviteurs, qui vous sera attaché bien respectueusement tant qu'il vivra.

IlitBtier.

Ëb bien ! madame, vous aurez des marcassites mon* tées sur de l'argent avec crochet d'or. C'est sur cela qu'on attendait tos ordres pour travailler, parce qu'il faut que le metteur en œuvre travaille pour la montre : il y a longtemps qu'elle est commencée. Savez-vous bien qu'il faut cinquante paires de mains pour faire une montre, et que ce n'est pas une petite affaire d'avoir établi trois fabriques dans un village, en neuf mois de temps?

Je persiste toujours à croire qu'il est très-permis II. «&

2tt LETTRES INEDITES

d*écrire des balivernes à des dames qui sont, comme taoiy à la campagne aa moisde janvier.

A jH'opos de baliremes, j'en attends dnq, et même six, que je vous ai supplié de vouloir bien me rrâvoyer. Je vous avais bien dit qu*il fallait absolument vingtnieui jours à ce jeune homme ; il les a employés le mieux qu'il a pu pour plaire à mes anges* Cette plaisanterie devient très-sérieuse. 11 faudrait , avant que je mourusse, que j'enterrasse Crébillon, qui mV vait enterré. J'ai revu son Atrie; cela m'a paru le tombeau du sens commun, de la grammaire et de la poésie. On croirait que c'est l'ouvrage d'un Vandale qui a quelque génie, et qui a mal appris notre langue. Ce sera avons à voir s'il faudra mettre le duc de Doras dans la confidence.

Au reste, ne croyez pas que je fasse ces tours de force tous les six mois; j'ai baissé beaucoup depuis ce temps-là, et j'ai pensé mourir ces jours-ci.

Je vous supplie, quand vous écrirez à votre ami\ de vouloir bien lui dire qu'il y a un vieux sorcier, au milieu des neiges de la Suisse, qui lui est attaché pour le reste de sa vie.

Mille tendres respects à mes deux anges.

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