‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 16 sur 405 · A M. LE MARQUIS DE vnji-VIEnJLE · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE vnji-VIEnJLE

A Ferney, S 6 aTrll.

Je n'ai reçu qu'aujourd'hui, monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré* du 28 mars. J'étais trop malade pour jouir des talents de la personne que vous avez bien voulu m'annoncer. Je vous supplie de vouloir bien engager le libraire à m'envoyer trois exemplaires du livre de Fréret qu'il imprime. Il n'aurait qu'à les adresser au premier secrétaire de l'Intendance de Franche- Comté, avec un petit mot par lequel ce secrétaire serait supplié de me faire tenir le paquet incessamment. C'est

^ ii^ttdoixte, tragédie de Cbabaaon, qui n*apM été représentée.

DE VOLTAIRS (1T46). IS

un ouvrage que j'attends depuis longtemps arec la plus vive impatience. Il est bon qu'il en paraisse sou- Tant de cette nature : le monde est plein de pestiférés qui ont besoin de contre-poison^ et il y a des médecins qui d(ÂYent faire une collection de tous les remèdes. Il y a des apothicaires qui les distribuent, et, en qualité d'apothicaire, je saurai où placer mes trois exemplaires. Le libraire n'aura qu'à me mander comment il veut que je lui fasse tenir son argent, et il sera payé avec ponctualité.

Je vous demande bien pardon de la liberté que je prends; mais je vous crois bon médecin, et j'implore vos bontés pour l'apothicaire qui est votre très-humble et très-obéissant serviteur.

aOaTril.

Pendant que mon ex-jésuite se tue à forger des vers pour plaire à mes anges, je barbouille de la prose de mon côté.

Je fais une histoire des proscriptions, à commencer depuis celle des vingt-trois mille Juifs, que les Lévites égorgèrent pieusement du temps de Moïse, et à finir par celle des prophètes des Cévennes, qui faisaient une liste des impies que Dieu avait condamnés à mourir par leurs mains.

Ce petit ouvrage peut être curieux, et les notes sur l'histoire romaine seront assez intéressantes : une tragédie toute seule ne peut guère exciter la curiosité. Le public est las de tragédies, surtout depuis que mademoiselle Clairon a renoncé au théâtre '.

« U retraite de cette siaïkda aetrloe honore slnsoUènaionl ion

Mesangesnem'ontrienditde celte fatale catastrophe. La requête de Tavocat de la comédie n'a pas plus réussi que sa consultation sur Genèye; il est bien difficile de dèbarbariser le monde.

Je vous supplie, mes divins anges, de lire la pièce d'éloquence que je vous envoie, avec le petit mémoire qui raccompagne ; vous verrez que j'ai affaire à des fous et à des sots qui ne savent ni ce qu*ils font ni ce qu'ils veulent. Si vous croyez qu'il soit nécessaire de faire parvenir ce mémoire à M. le duc de Praslin, ou à M. le duc de Choiseul, je m'en remets à votre décision et à vos bontés.

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