‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 171 sur 405 · A MADAME DE SAINT-JULIEN · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAINT-JULIEN

Feraey, 1 juia.

Ma protectrice, je ne me sers point de la main de TamiWagnière, qui est absent; je ne me sers point de la mienne, qui ne peut plus écrire, le vous demande pardon de vous avoir remerciée si lard de m'avoîf appris l'aventure du nazillonneur De Brosses, que je suivrai bientôt. Tous les malheurs se sont accumulés

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sur notre colonie, depuis qu'elle a été privée de rbouneur de toire présence. M. rinleadasl fait bâtir une ville charmante à Yersoix, tandis que la nôtre, à peine commencée, tombe en ruines. On construit actuellement quatre portes magnifiques à la nouvelle ville de Yersoix, avec des pierres aussi belks que le marbre, qui avaient été destinées pour le port par M. le duc de Choiseul. On donne à cette ville des privilèges immenses : ce sera un lieu de franchise et un lieu d'agrément, tandis qu'on ne nous a pas accordé la moindre concession et le moindre privilège. Je me trouve ruiné de fond en comble, pour avoir donné de nouveaux sujets au roi; et que deviendra mon obélisque de marbre que j'avais déjà commandé au marbrier de Yevay? Le nom de M. le duc de Choiseul ne sera donc que sur des débris et ne sera vu que par des gueux.

Je me crois aussi malheureux dans la petite entreprise que j'avais faite sous vos yeux, avant que vous partissiez. Je n'étais pas plus propre à faire le métier de Pradon, à ïêige de quatre-vingts ans, qu'à faire le métier de Mansard. Je vous demande en grâce, pour que je meure moins désespéré, de mettre aux pieds de M. le duc de Choiseul ce pauvre Sot qui, entre le mont Jura et les grandes Alpes, ne sut jamais de quoi il s^agissait à Paris et à Versailles, et qui ne connut pas mieux la France que l'ancienne Grèce. 11 a été cruellement puni de son ignorance; mais il compte toujours sur vos bontés. Il vous sera attaché avec un bien tendre respect pour le peu de temps qu'il a encore à vivre sur les frontières de la Suisse , et dites

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bien, je vous en prie, à M. le duc de Choiseul qu'il mourra en le regardant comme celui qui fait toujours rhonneur de la France.

A vos genoux, votre fidèle sujet. Y.

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