AU MÊME
8 noTembre.
Mon cher ange, il y â des temps durs à passer dans la vie ; je suis dans une de ces époques, et mon royaume n a jamais été de ce monde. Je compte pourtant vous envoyer tout ce que vous avez bien voulu commander à notre fabrique. Je vous promets de ne point brûler la ' petite lettre du 2 novembre, contenant vos instructions.
Je ne puis vous envoyer le petit écrit que je fis, Tannée passée, en faveur des esclaves de Saint-Claude. Je n'en ai plus d'exemplaires. Je n'en retrouve plus ; c'était un petit préliminaire assez vague, et qui ne servirait de rien à celui qui voudrait rapporter l'affaire. C'était la voix qui criait dans le désert : Préparez les chemins pour Christ ou pour Christin.
Je sais que plusieurs personnes puissantes, qui ont des mainmortables , et qui craignent un règlement sur cet abus, sollicitent vivement contre nous. Ces
> Sophonisbe et les Pélapides.
> Tragédie de Debelloy, Jouée le 24 mai 1772. La cbate de celte pièce l'alfecla si \iveinent qu'elle hâta, dit-on, la fin de ses jours.
' Personnage de la tragédie.
DE VOLTAIRB (1771). 263
personnes ne savent pas qu*il y aurait à gagner pour elles, si on supprimait la mainmorte en France, comme elle est supprimée depuis peu en Savoie. Leur cupidité les trompe; d'ailleurs leur situation n'est point du tout celle de Saint-Claude. Ces seigneurs ont des titres, et les chanoines de Saint-Claude n'en ont point. Nous ne plaidons que contre des moines usurpateurs et des moines faussaires.
Je vais répondre à M. l'atbé Duvernet , qui daigne être mon historien \ Il est plaisant à la vérité qu*on< fasse l'histoire d'un homme de son vivant; mais je pense que je pourrai esquiver ce ridicule, et que je serai mort avant qu'il ait rassemblé ses matériaux^ car ma santé est horriblement délabrée. Cette mauvaist santé I lea neiges qui vont m'englontir, les fiuxioM ^ sur les yeux qui recommencent, et les embarras horribles qui sont des suites inévitables de la fondation de ma colonie, ont fait un pea de tort aux vers alexaiH drins du neveu de M. Laniin et de l'autre jeune homme. La poésie s'accorde mal avec les tribulations.
Vous me dires que j'ai pourtant toujours aimé ce maudit métier au milieu des épines. Cela est vrai) mais à la fin on succombe. Que ne puis-je succomber à la tentation de venir Voué emtAsser, et vous renouveler les plm tetidres sentiments dont un cœur ait jamais été pénétré I ^** Y.
P.^. M. Dupuits vous apportera le 6 et le 7^
^ Cette Vie de Voltaire ne parnt qu*en 1786. Davernet, recteur du collège de Vienne en Dauphiné, a écftt une Histoire des Jémitu asset eiitieuse. It est mort en 1797.
* Les tooMf VI H VU de» Qaution» mr (Bnc^félopéiiÊ.
t64 LETTRES INÉDITES