‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 187 sur 405 · A M. LE MARQUIS DE TfflBOUVILLE · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE TfflBOUVILLE

IS oeiobre.

Je profite, mon cher marquis, d'un moment de relâche que me donnent mes fluxions sur les yeux, pour vous dire que j'ai exécuté vos ordres pour M. Marsan e( pour les deux montres que M. d'Argental m*a recommandé d'envoyer à votre adresse, sous l'enveloppe de M. de Richebourg. Je doute que madame Denis vous réponde aussi régulièrement que moi; vous savez si elle est paresseuse 1 Sa mauvaise santé la rend plus paresseuse encore, et elle n'écrit point, quand elle n'a rien à mander. Quant au jeune homme que vous élevez à ]a brochette pour lui faire réciter une pièce grecque devant des comédiens qui sont rarement français, nous en parlerons au retour de Fontainebleau. Conservez-moi votre bonne volonté et celle de votre disciple.

Le temps n'est pas trop favorable pour les arts d'aucune espèce; nos beaux jours sont passés. Il sera beau à vous de faire naître un moment de crépuscule: plus la chose est difficile, plus elle vous fera honneur ; alors je viendrai vous embrasser.

Mon cher ange, il faut que je vous avoue qu'ayant été malade, et voulant mettre de l'ordre dans mes affaires, j*ai brûlé tous mes papiers pour avoir plus t6t fait. Votre lettre, dans celte expédition, a malheureusement suivi le sort de mes paperasses; mais je crois n^avoir pas tout à fait perdu la mémoire de vos * ordres.

N'y a-t-il pas cinq montres à vous envoyer? Parmi ces cinq montres, n'y en a-t-il pas deux à répétition , l'une qu'on veut payer dix-huit louis, et l'autre dix-sept? Elles ont été toutes deux commandées sur-le-champ ; celle de dix-sept ne vaudra pas l'autre. Vous aurez les trois montres sans répétition dans le même temps. J'adresserai le tout à M. d'Ogny, si vous le trouvez • bon ; il me fait de ces petits plaisirs-là quelquefois, et i*aurai le temps d'attendre vos instructions, que je ne brûlerai plus.

Je vous avais prié de vouloir bien dire un inot en faveur de notre pauvre colonie à M. le duc d'Aiguillon ; mais heureusement il a prévenu vos sollicitations par la lettre la plus obligeante. Ainsi, je ne vous supplierai que de lui parler de ma reconnaissance» quand l'occasion s'en présentera.

Je ne sais si vous êtes à Fontainebleau ou à Paris ; mais si tous voyez notre Lekain, ayez la bonté de lui dire que je suis aussi sensible à ses succès que luimême.

Les affaires d'Afrique et d'Argos* iront comme elles pourront.

Comme le traité a été fait il y a longtemps, il est bien difBcile d*y ajouter de nouTelles clauses. Ce sera pour le congrès qui ne se présentera pas si t6t« Il faut laisser passer Pierre le CruePy et ladame de Padilla^, ai tous ceux qui voudront passer. Mes jeunes candidats savent attendre, et le vieil ermite de Ferney sait vous aimer jusqu'à son dernier soupir.

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