‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 198 sur 405 · A M. DIDEROT · texte numérisé non relu

A M. DIDEROT

17 mai.

Non, assurément, mon cher philosophe, je ne vous ai jamais soupçonné d'avoir eu la moindre part à ce libelle que M. Le Roy s'est diverti à faire contre moi. Il est très-permis sans doute de dire que je suis un plat auteur, un mauvais poète, un vieux radoteur; mais il n^est pas honnête de dire que je suis jaloux et ingrat; car, sur mon Dieu, je n*ai jamais été ni l'un ni l'autre.

Je suis charmé que la petite leçon que M. Le Roy m'a faite, m'ait valu une de vos lettres; vous n'écrivez que dans les grandes occasions : vous consolez vos amis, quand ils éprouvent des disgrâces. Je suis juste ; je n'en aime pas moins l'article Instinct de M. Le Roy

^ Loovet de Couvray , Journaliste, autear da Chevalier de Faublae,

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dans ce grand dictionnaire^ sur lequel je vous fais, de mon côté, mes compliments de condoléance. J'en dois aussi à notre pauvre Académie'; nous sommes tous sub gladio, et nous ne dirons pas :

Et spes et ratio studiorum in Caesare tantùm *.

Cela pourrait se dire à Florence, où le grand-duc donne une somme considérable pour Tédition àeV Encyclopédie^ malgré les notes qu'on y coud. Pour vous autres Welches, il faut bien que vous n'ayez aucun besoin des faveurs de la cour, car on ne vous les jette pas à la tête. Vous ressemblez au duc de Mazarin, à qui Louis XIY avait refusé un régiment: « Messieurs, il m'a trouvé tant d'agréments, qu'il m'a dit que je pouvais me passer de celui-là. y» Au surplus, vous savez que

Levius fit patientia Quidquid corrigere est nefas.

Jouissez, mon cher philosophe, de votre réputation que personne ne vous Atera; arrondissez votre fortune, mariez votre fille, vivez heureux, soyez plus indulgent que M. Le Roy; j'en ai besoin.

J'irai bientôt voir Damilaville; nous verrons qui, de lui ou de moi, avait raison. Je lui soutenais qu'il y avait dans la nature intelligence et matière; il me niait intelligence, et nous étions bons amis.

Faccla ognuno seconde il suo cervello.

1 VEncyclopédie était poursuivie; rAcadëmle n'avait pu élire Diderot. M. de Roquetaure, évéque de Senlis, l'avait emporté.

' Ce vers de Ju vénal s'adresse à Trajan, ou peut-être à Domition qui avait protégé les lettres au commencement de son règne.

Soyez sûr que ma cervelle et mon cœur sont à vous. Si vous aviez pu lire quelque chose des Questions^ vous auriez vu de quelle respectueuse estime le questionneur est pénétré pour vous.

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