A M. LE COMTE DE ROCHEFORT
f3 mai.
Je n'ai point vu mon cher Wagniëre depuis quinze jours ; je ne puis écrire de ma très-languissante main; et, quoique ma tête fasse des BégtL€ul€8^y mes trois doigts me refusent le service. Mon cœur est encore plus jeune que ma tête ; et madame Dix-Huit- Ans (qui sera toujours pour moi madame Dix-Huit-Ans) sera toujours dans ce cœur qui en a près de quatre-vingts, aussi bien que son très-aimable mari. Je m'intéresse même encore à notre pauvre Académie, comme si j'étais dans la force de Tâge. Je n'écris guère à M. d'Alembert, ne pouvant et même n*osant écrire à personne, parce que je sais qu'il y a des malins qui font des procès sur un mot : je me contente de faire des vœux pour le retour de la paix et du bon goût.
Si jamais, monsieur, vous allez faire un petit tour chez madame votre mère, j'espère avoir l'honneur de vous faire ma cour sur la route ; alors je parlerai autant que j'écris peu. Je crois vous avoir mandé que j'avais reçu la rescription; mais je crois vous avoir mandé aussi que je n'avais jamais reçu la lettre que vous annoncez pour moi à M. Christin, lettre dans laquelle vous vous trompiez en prédisant l'avenir.
> (Euv. eompl.f t. XIV.
Je ne connais que le présent ; encore ne le connais-je guère. Je ne réponds que des sentiments qui ni*atta* chent à vous deux.