‹ Lettres inédites de VoltaireChapitre 200 sur 405 · A M. D'OGNY · texte numérisé non relu

A M. D'OGNY

▲ F«nwy, S jaio.

On m'a fait Toir une lettre de M. Fabri, subdélégué de l'intendance à Gex» et votre fermier des postes à Versoix. Il se plaint que ma colonie ait envoyé des botles par la poste sans les faire taxer; mais sans doute il ignore, monsieur, les bontés dont vous m'honores ; et d'ailleurs il sait que le port d'aucun paquet n*est payé par celui qui le dépèche, mais par celui qui le reçoit.

De plus, ma colonie n'a jamais envoyé de petites caisses de montres qu'à vous, monsieur, qui avez dai* gné le souffrir, et à Lyon, selon la permission que lui avait donnée M. le duc de Choiseul, permission que vous n'aves jamais révoquée.

Sans ces bontés, il serait impossible à mes artistes d'envoyer leurs ouvrages en France et dans les pays étrangers; ils seraient forcés de déserter le lieu de leur établissement. Je leur ai prêté cent mille francs sans aucun intérêt, et je leur ai bâti des maisons pour cent quatre mille francs; ils ne peuvent me payer que par leur travail. Ce travail journalier est utile à VËtat, et c'est cette considération qui a principalement déterminé votre cœur bienfaisant à me favoriser.

Je n'ose vous adresser de nouveaux paquets sans votre permission; je me flatte que vous ne cesserez pas de proléger mon établissement, qui n'a subsisté que

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par les grftces de M. le duc de Gboiseul et par les vôtres. J*ai rhonneur d'être, avec la reconnaimance la plus inviolable et la plus respectueuse, votre, etc.

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Tenez, mes anges, comme cela ne m*a coûté qu'une matinée à faire, vous perdrei encore moins de temps à le lire ^ Mais la Crète est plus sérieuse; et tel cerveau qui peut faire une épltre en quatre ou cinq heures, ùe peut quelquefois corriger une scène en quatre ou cinq semaines : il y a des matières rebelles.

Daignez m'envoyer la Crète par M. Marin ; je la de» mande telle qu'elle est, raturée, biffée, tronquée, maa* sacrée. Je la renverrai toute musquée; il y a des choses absolument nécessaires que vous n'avei pas.

On parle d'une jeune Saint *VaP qui joue Zaïre mieux que mademoiselle Gaussin: cela est^il vraiîElie devrait bien jouer Olympie à Fontainebleau. J'ai be<t

1 VÉpîtrt au roi de Suède, t. XIH.

* Mademoiselle Saint -Val cadette venait en effet de )oaer avee bsaueonp de sufloèa Inèa de Gutru «t Zaïre* Poar obtenir du oomité Jaloiw l^dfoit àê débuter, elle déguiia, ditiK>n, lop talent à la rdpé» UUon. C'était déjà se montrer assex babUe comédienne. Mademoiaetle Saint-Val était médiocrement Jolie ; mais elle avait une voix toucbante, un maintien noble et des yeux expressifs. Andromaque, Aménalde et Monlme étalent ses meilleurs r6les. Elle ne maii<|uatt pes d'agrément dans la oomédie. C'est à elle qae Beaumarebais ooo* 0a la iM de la comtesse du Mariage de Figaro, Elle rc«ta quinse •na brouillée avec sa sœur aînée, actrice de beaucoup de mérite. Une allusion du parterre les réconcilia publiquement^ et cette scène imprévue ne fut pas la moins applaudie de la pièce qu'elles jouaient. Mademoiselle 8alnt-Val est morte en 1899, à plus de quatre-vingts ans.

soin que Ton me joue ; j 'ai encore plus besoin de vous voir, avant de mourir.

Ma colonie a reçu de Targent par M. Constant, et vous remercie.

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