A CATHERINE U
ler octobre.
Comment se peut-il faire qu'il y ait encore chez nos Welches de prétendus raisonneurs et de prétendus po- Utiques qui osent dire que « Pierre le Grand a tout « épuisé pour former une armée , une flotte et un « port, et que ses successeurs achèveront de tout rui- « ner pour soutenir Tostentalion de ces vains établis- « sements ?» Ce sont les propres paroles de la page 204 d'un nouveau livre intitulé : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens aux Indes'^. Il y a d'ailleurs de très-bonnes choses dans ce livre; mais celte sottise est pillée de ce fou de Jean-Jacques Rousseau, qui s'est avisé déjuger sou\erainemenl tous les rois du haut de son grenier.
^ Aoteor du livre sur VÉnormité du duel. * De Raynal.
2d2 LETTRES INÉDITES
Il me semble que tous vos succès auraient dû apprendre à tous les législateurs à être un peu plus réservés dans leurs discours : quand on étonne tous les sages, on doit confondre tous les sots.
Que Votre Majesté Impériale daigne conserver ses bontés à son vieux malade de Ferney.
77i. — A MADAME DE SAlNTnlUUEN.
17 octobre.
Je ne sais où vous êtes actuellement, madame. Des députés de ma colonie m'apportent une petite boite pour vous. Je l'envoie à M. d'Ogny; c'est lui seul qui soutient cette colonie, approuvée et abandonnée par M. le contrôleur général '.
Nous vous demandons en grâce d'employer votre éloquence et votre art de persuader à nous conserver la bonne volonté de M. d'Ogny. Je suis honteux des peines que je lui donne tous les jours, et de la quantité énorme de bottes dont je charge ses courriers.
Nous vous supplions de vouloir bien lui parler de ses bienfaits et de notre reconnaissance, et de faire valoir auprès de lui-même le prix de toutes ses bontés. Femey est fort augmenté ; il s'accroît tous les jours : il devient une petite ville; mais il périra, si on ne le soutient. 11 est bien juste que ce soit la sœur de notre commandant qui nous protège. Cet établissement est bien supérieur à un opéra-comique.
Je souffre plus que jamais de l'opération par laquelle M. le contrôleur général débuta : il se saisit de la plus
> L'abbé Terray.
grande partie de moD bien, qui était en dép6t chez M. Magon. Il n'y a pas de jour où je ne sente cette privation ; elle arrête tous nos progrès qui, sans ce malheur, auraient été plus considérables et plus rapides. C'est le plus violent chagrin que j'essuie, après la douleur de voir que votre ami^, qui est à la campagne comme moi, s'imagine que je lui ai manqué : cette plaie est la plus cruelle, et elle saigne toujours.
Madame Denis vous présente ses très-humbles obéissances.
Racle n'a pas plus d'argent au mois d'octobre qu'il n'en a eu au mois de juillet.
On prit deux montres pour le roi dans notre colonie, au mariage de madame la dauphine; mais elles ne sont point payées, et l'impératrice de Russie paye les siennes, malgré sa guerre avec les Turcs.
Continuez vos bontés, madame ; elles me consolent de tout. Soyez heureuse, portez-vous bien. Daignez vous souvenir d'un petit coin du monde où vous êtes adorée. Le vieux malade de Femey.
16 octobre.
Je demande pardon à mon cher ange de l'importuner d'un petit scrupule qui est venu à notre jeune avocat.
M. de Thibouville lui a mandé : « J'ai porté sur la « dernière copie, approuvée par Marin, tous les change-
1 Le due de GboiseuL Voltaire approuvait la suppreBslon du parlemeoti priodpeie cause de la disgrâce de ce ministre.
t( ments de la dernière copie présentée à M. de Sartina « et approuvée par lui. »
Le scrupule de notre avocat consiste à ne pouvoir comprendre que M. deThibouvilie ait fait passer d'une copie à Vautre des actes entièrement bouleversés, comme s*il ne s'agissait que de trois ou quatre lignes d'écriture.
Vous avez dû vous apercevoir, mon cher ange, que le premier acte est entièrement altéré, de façon qai\ faut le recopier tout entier. Ce qui était la dernière scène de cet acte est devenu la première; et ce changement en a encore exigé d'autres. Ce bouleversement a paru nécessaire pourune raison que je trouvebien forte.
La première scène était d'un appareil pompeux et d'un intérêt aussi pressant que tragique ; la dernière était tout entière en raisonnements : c'était servir le rAti avant le potage.
On a donc, dans cette dernière leçon que je vous ai envoyée par Le Kain, remis les choses dans l'ordre où elles doivent être. Vous avei paru approuver ce nouvel ordre, et moi j'y tiens fortement. 11 me semble que le tout compose actuellement un édifice dont toutes les parties sont tellement liées, qu'il est impossible de les déranger, sans défigurer toute l'architecture.
Il se pourrait que M. de Thibouville n'eût pas examiné ce premier acte, qu'il eût cru que les changements n'étaient que dans les quatre autres, et en petite quantité, et qu'en conséquence il n'eût fait porter, sur sa première copie, que quelques vers de la vôtre.
Je vous écris donc pour vous dire que je m'en tiens absolument à cette dernière copie à vous envoyée, ie
DE VOLTAIRE (1772). SQtS
TOUS prie Irès-iastamment que ce soit la seule à laquelle on ait égard ; sans quoi , je courrais grand risque de perdre mon procès. Je crains qu on n*ait préféré Tancien premier acte au nouveau; cela serait désespérant. Je vous demande en grâce de me rassurer.
Ne pensez-vous pas qu'il sera convenable d'attendre le retour de Fontainebleau pour représenter nos Lois de Mmoêf On parle d'une pièce nouvelle, intitulée Adeline^. Je laisserai passer cette Adeline, très-volontiers. J'étais très-pressé l'année passée; je le suis un peu moins àprésent. Je sens cependant qu'il ne faut pas laisser trop refroidir l'enthousiasme où l'on est de la révolution de Suède^. Si les loisde la Pologne ontquelque rapport au deuxième acte, l'aventure de la Suède fait le cinquième presque tout entier; il n'y manque que de donner ie nom de baron de Rudbeck à Mérione,
Je finis, comme je finis toujours, en remettant tout entre vos mains, et en me recommandant à votre providence.